6 août Transfiguration (fête)

Première lecture Dn 7, 9-10.13-14 ou 2 P 1, 16-19

Psaume (Ps 96, 1-2, 4-5, 6.9)

Évangile (Mc 9, 2-10)

Première lecture Dn 7, 9-10.13-14 ou 2 P 1, 16-19

Dn 7, 9-10.13-14 : « La nuit, au cours d’une vision, moi, Daniel, je regardais : des trônes furent disposés, et un Vieillard prit place ; son habit était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête, comme de la laine immaculée ; son trône était fait de flammes de feu, avec des roues de feu ardent. Un fleuve de feu coulait, qui jaillissait devant lui. Des milliers de milliers le servaient, des myriades de myriades se tenaient devant lui. Le tribunal prit place et l’on ouvrit des livres. Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite ». – Parole du Seigneur.

En cette fête de la Transfiguration nous allons entendre la voix du Père à son Fils transfiguré : le Père, notre créateur qui dit à son Fils son amour. Et dans cette première lecture, nous entendons que notre histoire, l’histoire du monde, sans naïveté, finira bien : parce qu’elle est dans la main du Père, justement.

Vers l’an 150 avant Jésus-Christ, l’Empire grec séleucide s’étendait de la Syrie jusqu’à l’Iran oriental, tandis que la Grèce et l’Italie, étaient dominées par d’autres puissances hellénistiques. L’empereur séleucide Antiochus IV se fait appeler Épiphane, c’est-à-dire (Dieu) manifesté. À Jérusalem, il fait cesser le culte hébraïque et il érige dans le temple l’abomination de la désolation (Dn 9,27 ; 11,31 ; 12,11) pendant trois ans. Il s’agit d’un autel sur l’ancien (au-dessus) pour y offrir des sacrifices à une divinité non représentée, mais confondant Zeus avec le Dieu d’Abraham pour faire entrer les Juifs dans la religion universelle voulue par l’empereur (1M 1,54-59 ; 2M 6,7). Les meilleurs des Juifs s’opposent à tout cela et ils sont persécutés.

Jésus évoque le prophète Daniel en disant : « Et alors viendra la Fin. Lors donc que vous verrez l’Abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, installée dans le saint lieu… » (Mt 24,15). Jésus annonce alors des événements dramatiques en Judée, et « l’avènement du Fils de l’homme » (Mt 25,27). On pourrait en déduire que Jésus enseigne que le scénario de la fin commencera par une tentative humaine d’imposer une religion universelle fausse. De plus, lorsque Jésus se réfère au prophète Daniel, c’est à l’ensemble du scénario décrit par Daniel qu’il se réfère.

Le commencement du chapitre 7 du livre de Daniel peut se résumer ainsi : « Le visionnaire voit la succession des grands empires du monde dans l’image de quatre bêtes énormes sortant de la mer, venues d’en bas, elles représentent un pouvoir reposant avant tout sur la violence.               « Une quatrième bête, terrible, effrayante et forte extrêmement » (Dn 7,7) suggère un royaume, une civilisation différente des précédentes, par exemple par sa modernité, ou par son degré de perversité…

Vient ensuite la vision d’un jugement : « des trônes furent disposés, et un Vieillard prit place ; son habit était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête, comme de la laine immaculée […]. Des milliers de milliers le servaient, des myriades de myriades se tenaient devant lui. Le tribunal prit place et l’on ouvrit des livres. »

Une interprétation est ensuite donnée : « La quatrième bête sera un quatrième royaume sur la terre, […] un roi méditera de changer les temps et le droit [c’est-à-dire de changer les fêtes liturgiques et la loi], et les saints seront livrés entre ses mains pour un temps et des temps et un demi-temps. Mais le tribunal siégera et la domination lui sera ôtée, détruite et réduite à néant jusqu’à la fin. Et le royaume et l’empire et les grandeurs des royaumes sous tous les cieux seront donnés au peuple des saints du Très-Haut. Son empire est un empire éternel et tous les empires le serviront et lui obéiront » (Dn 7,23-27).

Saint Irénée cite précisément ce chapitre de Daniel (AH, V, 25, 3), et pour lui, la fin de la quatrième bête est la fin de l’Impie dont parle saint Paul (2Th 2,8-12), c’est-à-dire la fin de l’Antichrist (AH, V, 25, 3) : « C’est de cet Antéchrist que l’Apôtre dit dans sa deuxième épître aux Thessaloniciens : "Car il faut que vienne d’abord l’apostasie et que se révèle l’homme de péché, le fils de la perdition, l’Adversaire, celui qui s’élève au-dessus de tout ce qui s’appelle Dieu ou objet de culte, jusqu’à siéger en qualité de Dieu dans le Temple de Dieu, en se donnant lui-même comme Dieu" (2Th 2,3-4). » (AH, V, 25, 1).

Ce qui est intéressant à remarquer, c’est que pour saint Irénée comme pour le prophète Daniel, le jugement n’est pas synonyme de fin du monde, la fin des temps est un processus qui laisse place à un royaume des justes sur la terre, mais dans une transition vers l’éternité.

Daniel dit : « Et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au vieillard, et on le fit avancer vers lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite » (Dn 7,13-14).       Jésus-Christ s’est attribué l’appellation « Fils de l’homme », ce qui était assez inattendu. C’est lui le Fils de l’homme qui reviendra sur les nuées du Ciel pour juger la bête et l’Antichrist. Et lui seul peut opérer ce jugement, car il n’a pas versé le sang, il a au contraire donné sa vie.

En ce jour de la Transfiguration, la liturgie propose aussi de lire 2 P 1, 16-19 :

« Bien-aimés, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur. Car il a reçu de Dieu le Père l’honneur et la gloire quand, depuis la Gloire magnifique, lui parvint une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils, mon bien-aimé ; en lui j’ai toute ma joie. Cette voix venant du ciel, nous l’avons nous-mêmes entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. Et ainsi se confirme pour nous la parole prophétique ; vous faites bien de fixer votre attention sur elle, comme sur une lampe brillant dans un lieu obscur jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs ». – Parole du Seigneur.

Saint Pierre rappelle l’événement de la Transfiguration de Jésus dont il fut témoin avec Jacques et Jean. Saint Pierre vous exhorte à « fixer votre attention » sur « la parole prophétique », par exemple sur le livre de Daniel. Et il ajoute « jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs », c’est-à-dire de vivre dans l’amour du Père, vivifié par sa sainte volonté. Saint Jean Chrysostome explique que la lumière de la Transfiguration est un avant-goût de celle du retour du Christ dans la gloire, alors, « il viendra dans la propre gloire de son Père. Non plus seulement Moïse ou Élie, mais avec une armée innombrable d’anges » (Homélies sur saint Matthieu, n° 56,4). Aimons donc le Père, et ayons confiance en lui.

Psaume (Ps 96, 1-2, 4-5, 6.9)

Le Seigneur est roi ! Exulte la terre ! Joie pour les îles sans nombre ! Ténèbre et nuée l’entourent, justice et droit sont l’appui de son trône. Quand ses éclairs illuminèrent le monde, la terre le vit et s’affola ; les montagnes fondaient comme cire devant le Seigneur, devant le Maître de toute la terre. Les cieux ont proclamé sa justice, et tous les peuples ont vu sa gloire. Tu es, Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre, tu domines de haut tous les dieux.

Le psaume est une louange du Dieu vivant, et les chrétiens peuvent préciser : une louange en l’honneur de Dieu le Père.

v. 1 « Le Seigneur est roi ! Exulte la terre ! Joie pour les îles sans nombre ! » On peut entendre ce psaume comme un reflet de la foi du prophète Isaïe. Nous savions depuis les temps anciens, avec Samuel, que le peuple n’a pas d’autre roi que le Seigneur Dieu (1Sam 8). Mais ici, ce qui est nouveau avec Isaïe, c’est que le Dieu d’Israël est perçu comme le Roi de toute la terre. Le jour de sa vocation, dans le sanctuaire, Isaïe a vu le Seigneur « assis sur un trône grandiose et surélevé », et « des séraphins se tenaient au-dessus de lui, ayant chacun six ailes […] Ils se criaient l’un à l’autre ces paroles : "Saint, saint, saint est YHWH Sabaot, sa gloire emplit toute la terre" » (Isaïe 6,1-3). Autrement dit, Isaïe a vu le Seigneur comme étant le roi de toute la terre, le roi des rois… Bouleversé, il s’écrie : « Malheur à moi, je suis perdu ! car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au sein d’un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, Yahvé Sabaot.» (Isaïe 6,5)

La vocation d’Isaïe date de l’année de la mort du roi Ozias (Is 6,1), c’est-à-dire en l’an 740 avant notre ère. La prophétie d’Isaïe se prolonge au temps des roi Yotam, Achaz et Ezéchias. C’est une époque de syncrétisme religieux et de menace assyrienne. Comprendre que le Seigneur est roi de toute la terre, c’est apprendre à ne pas craindre l’Empire assyrien ni aucun autre royaume terrestre : Dieu est au-dessus, il est le souverain maître de la terre.

Dans l’Ancien Testament, il est beau de voir comment était célébrée la royauté du Seigneur. Et avec ferveur, on voit par exemple Mattathias refuser les sacrifices païens, les sacrifices aux idoles, parce que les idoles confondent le créé avec le Créateur, ce qui est limité avec ce qui est infini, ce qui est passager avec ce qui est éternel (1M 2). Plus tard, les chrétiens, alors qu’ils refusent de brûler de l’encens à l’empereur romain, brûlent de l’encens à Jésus, le Messie, le Fils de Dieu. Dans sa prière de profession, sœur Eugénia rend plus personnelle la prière du psaume en disant : « Tu es mon Amour, mon Père, mon Roi ».

v. 2. « Ténèbre et nuée l’entourent, justice et droit sont l’appui de son trône. » Dieu demeure mystère, et pourtant saint Jean affirme : « Nous l’avons vu… nous l’avons contemplé » (1 Jn 1,1). « Justice et droit sont l’appui de son trône » (Ps 96,2), et cette justice s’est manifestée dans une vie donnée : Jésus mort et ressuscité.

v. 4. « Quand ses éclairs illuminèrent le monde, la terre le vit et s’affola ». On peut illustrer ce verset avec le récit de Mère Eugénia : « la nuit qui précédait ma vêture, il y eut un orage déchaîné avec tonnerres, éclairs, vent » mais il s’agit seulement d’un événement qui accompagne une épreuve spirituelle et la profession religieuse. Le psaume 96,4 présente toute la création saisie d’effroi devant l’éclat de la venue du Seigneur ; Apocalypse 8,5 et 16,18 reprennent ce langage de tonnerres, d’éclairs et de terre ébranlée pour décrire l’irruption du jugement de Dieu dans l’histoire.

v. 5 « Les montagnes fondaient comme cire devant le Seigneur » (Ps 96,5). Quand le Verbe s’est approché, ont fondu la peur, l’ignorance de Dieu, la distance. La résistance du monde ancien s’efface devant la présence du Fils. La cire fond au contact du feu ; les barrières fondent au contact de la Vie.

Jésus est souvent appelé « Fils de David », cependant, après la multiplication des pains, Jésus refuse de recevoir des hommes l’onction royale (Jn 6,15), sa royauté messianique lui vient d’une onction mystérieuse : divine, celle qui a été manifestée quand l’Esprit est descendu sur lui comme une colombe, au Jourdain. Jésus est venu apporter le règne de Dieu, un règne de guérison, de vie, de communion avec Dieu, mais il a été rejeté. Sa royauté incomprise est rappelée sur l’écriteau placé sur la croix : sa royauté et sa majesté, parce qu’il faut vraiment être Dieu pour être capable d’aimer à ce point là et de mourir dans une telle offrande. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Saint Jean Chrysostome compare l’éclat de la Transfiguration à celle du retour du Christ : « Alors, par ménagement pour ses disciples, il ne leur découvrit sa gloire que dans une mesure proportionnée à leurs forces ; à la fin des siècles, il viendra dans la propre gloire de son Père. Non plus seulement avec Moïse ou Élie, mais avec une armée innombrable d’anges, avec les archanges, avec les chérubins, et avec les tribus des nombreux habitants des cieux ; alors ce n’est point une nuée, c’est le ciel tout entier qui se déroulera autour de sa tête » (Homélies sur saint Matthieu, n° 56,4). La transfiguration est une vision prophétique corrigeant les idées d’une venue du règne impliquant des forces de coercition politique ou militaire. Ce sera une venue dans la gloire et dans l’amour.

v. 6. « Les cieux ont proclamé sa justice, et tous les peuples ont vu sa gloire » (Ps 96,6) est proche de l’invocation de Mère Eugénia : « Père Divin, bonté infinie qui te répands sur tous les peuples, sois connu, honoré et aimé par tous les hommes ! » Et, en 1942, Mère Eugénia Ravasio, alors supérieure des religieuses de la congrégation Notre-Dame des Apôtres, porta le projet d’un village-modèle pour les personnes atteintes de la lèpre et leurs familles à Adzopé en Côte d’Ivoire. La léproserie fut fondée cette année-là par les religieuses de la congrégation.

Dans Ps 96,6, les cieux proclament la justice de Dieu et tous les peuples voient sa gloire ; dans l’Apocalypse, la justice divine devient manifeste, et « toutes les nations » viennent reconnaître la royauté de Dieu. Les vainqueurs chantent le cantique de Moïse et de l’Agneau : « Tes œuvres sont grandes et merveilleuses, Seigneur Dieu, Souverain de l’univers ; tes voies sont justes et vraies, Roi des nations. […] Toutes les nations viendront et se prosterneront devant toi, car tes jugements ont été manifestés. »

v. 9 « Tu es, Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre, tu domines de haut tous les dieux ».

Les autres dieux, ce sont les idoles. On dit souvent que l’argent est une idole, c’est comme un dieu. J’ai entendu quelqu’un dire « avec l’argent, on peut tout faire ». En réalité, non. On n’achète pas l’amitié. On n’achète pas la vie qui est pour toujours. On n’achète pas la grâce divine. Le Dieu vivant, notre Père du Ciel, domine de haut tous les dieux. Une autre idole, c’est l’ego : certains pensent que les autres sont comme des jouets que l’on peut prendre et jeter, ils ne voient pas qu’il y a un Dieu vivant devant lequel nous sommes tous égaux et qui leur demandera des comptes de ce qu’ils ont fait souffrir à leur prochain.

On peut aussi rapprocher le psaume d’Apocalypse 19,1-2 : « Alléluia ! Le salut, la gloire et la puissance sont à notre Dieu, car ses jugements sont vrais et justes.»

Évangile (Mc 9, 2-10)

Françoise Breynaert, L’évangile selon saint Marc, pour la proclamation orale. Traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. L’Harmattan 2026. 

Françoise Breynaert, L’évangile selon saint Marc, en lien avec le calendrier synagogal. Traduction depuis la Pshitta. Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, novembre 2026.

La qualité de ce récitatif se joue surtout dans le souffle pour transmettre la crainte devant la divinité (Mc 9,6), l’adoration du mystère, une retenue des apôtres, un souffle de silence méditatif à chaque étape du récit. C’est d’abord la révérence devant Jésus, le Fils bien-aimé du Père (Mc 9,7), et la prosternation. C’est ensuite le silence devant l’annonce de la mort de Jésus (Mc 9,9).

« 9,2      Et après six jours,

Jésus emmena Pierre, / Jacques et Jean,

et les fit monter une haute montagne, eux seuls, / et il se changea à leurs yeux.

3 Et son vêtement resplendit et devint très blanc, / comme de la neige –

comme les hommes, sur la terre, de blanchir ainsi / n’en sont pas capables.

4 Et se firent voir à eux Élie et Moïse, / en train de parler avec Jésus.

5            Et Pierre lui dit :

‘Rabbi,

il est beau, pour nous, / que nous soyons ici ;

faisons donc / trois tentes ;

une pour toi et une pour Moïse, / et une pour Élie !’

6 Or il ne savait pas / ce qu’il disait.

Ils étaient en effet / dans la crainte.

7 Et il y eut une nuée, / et elle les couvrait,

et une voix, depuis la nuée, / qui disait :

‘Celui-ci est mon Fils bien-aimé : / écoutez-le !’ 

8 Et soudain, / les disciples ayant regardé,

ne virent personne, / sinon Jésus, lui seul avec eux.

–––

9 Et, tandis qu’ils descendaient de la montagne, / il leur commandait

qu’à personne ils ne disent ce qu’ils avaient vu, / sinon lorsque le Fils de l’homme se serait relevé d’entre les morts.

10 Et ils retinrent la parole en eux-mêmes,

et ils cherchaient quelle était cette parole : / ‘lorsqu’il serait relevé d’entre les morts’.

–––

11 Et ils l’interrogeaient / en disant :

‘Pourquoi par conséquent les scribes disent-ils : / qu’Élie doit venir d’abord ?’

12          Il leur dit : / ‘Élie vient d’abord pour rétablir toute chose.

Et, au sujet du Fils de l’homme, / comme il est écrit, il souffrira beaucoup et sera banni.

13 Cependant, je vous le dis : / et même, Élie est venu,

et ils ont fait de lui tout ce qu’ils ont voulu / comme il est écrit à son sujet’. »

 – Acclamons la Parole de Dieu.

« Après six jours » (Mc 9,2) relie l’épisode au voyage à Césarée de Philippe, incluant la confession de Pierre et l’annonce par Jésus de sa mort à Jérusalem. Dans le prolongement de la mise en garde de Jésus à Pierre – « tu ne penses pas divinement mais humainement » (Mc 8,33) – voici que la blancheur du vêtement de Jésus n’est pas d’origine humaine – « comme les hommes, sur la terre, de blanchir ainsi / n’en sont pas capables » (Mc 9,3), une précision absente de la Vetus Syra (SyrS).

Les Juifs accusaient Jésus de ne pas respecter la Loi, or Moïse apparaît ici auprès de Jésus, il en est son témoin (v.4). Comment Moïse serait-il le témoin de Jésus, si Jésus était l’ennemi des commandements de Dieu ? De même, Élie n’aurait pas pu supporter d’être en présence de quelqu’un qui usurperait la gloire de Dieu.

Jésus a accepté une mort ignominieuse ; il va sans dire qu’une telle acceptation correspond à un amour incommensurable pour son Père et pour l’humanité. Jésus en devient incandescent.

Sur la montagne (au Sinaï), Moïse parlait avec Dieu ; de même Élie parlait avec Dieu (à l’Horeb). Ici, sur la montagne, les apôtres voient Moïse et Élie parler… avec Jésus ! 

La Transfiguration se situe après la première annonce de la Passion et de la résurrection (Mc 8,31-33) et l’appel aux disciples à porter leur croix (Mc 8,34). Après le péché du veau d’or, Moïse voulut donner sa vie à la place du peuple (Ex 32,32) et après l’épisode du mont Carmel, Élie fut poursuivi par la reine Jézabel (1R 19,1-2). Jésus veut inspirer aux apôtres la même sollicitude et le même zèle.

 

Pierre dit : « Rabbi, il est beau, pour nous, que nous soyons ici » (Mc 9,5)… Pierre, qui avait résisté frontalement à la perspective de la passion, tente de recommencer avec plus de diplomatie : si nous restons camper ici, nous n’irons plus à Jérusalem et Jésus ne sera pas mis à mort… Et Pierre va être corrigé avec tout autant de doigté. La voix céleste dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » (Mc 9,7). Par conséquent, s’il veut mourir sur la croix, ne vous y opposez pas. La Passion sera une épreuve redoutable où Jésus pourra sembler être rejeté par Dieu, la voix céleste prévient cette tentation : il est le Fils bien-aimé du Père. Dans son amour pour Jésus, Pierre aurait voulu que lui soit épargnée la passion, mais qui aime Jésus mieux que le Père ? Les velléités de Pierre doivent donc cesser.

« Écoutez-le ! » La Transfiguration et la voix céleste sont une éducation particulière pour préparer Pierre, Jacques et Jean, dont le rôle dans l’Église primitive sera majeur : « écoutez-le ! », ce qui implique une adhésion de l’intelligence et de la volonté. Plus généralement, ces mots expriment le juste rapport des hommes à Jésus.

Quand Jésus ordonne aux apôtres de ne rien dire de ce qu’ils ont vu (Mc 9,9), il n’y a rien d’ésotérique, il s’agit de prévenir la fièvre messianique et ses rêves superficiels : ils pourront en parler « lorsque le Fils de l’homme se serait relevé d’entre les morts ». Les apôtres ne comprennent pas et cherchent « quelle était cette parole » (Mc 9,10), c’est-à-dire quelle en est l’annonce dans les Écritures (de l’Ancien Testament).

L’évangile selon saint Marc est un lectionnaire liturgique en lien avec la lecture de la Torah à la synagogue. Pour le récit de la transfiguration selon saint Marc, nous sommes en lien avec le livre de la Genèse. Dans la Genèse, on trouve le récit de la ligature d’Isaac qui s’en sort finalement vivant (Gn 22). Cette typologie a été reprise par saint Éphrem (Hymnes sur l’Église 41, 7–8).

Les Juifs contestaient que Jésus soit le Messie parce qu’Élie devait venir d’abord (Ml 4,5)[1]. Élie devait venir mettre tout en ordre en Israël afin que la venue du Messie se fasse dans l’allégresse d’un peuple purifié, et « de peur que je ne vienne frapper le peuple d’interdit » (Ml 4,6). Jésus ne le conteste pas, mais il affirme que l’événement précurseur est déjà venu. Élie étant déjà venu et ayant été tué (Mc 9,13), le Messie vient au sein d’un peuple incapable de le reconnaître. Mais les disciples, eux qui ont déjà appris que le Messie souffrira, comprennent qu’Élie soit « venu » le préparer en la personne de Jean-Baptiste souffrant avant le Messie. 

Élie persécuté fut emporté dans un char de feu (2R 2,11). En suggérant qu’Élie est « venu » en la personne de Jean-Baptiste, Jésus suggère que le martyre de Jean-Baptiste est un char de feu qui l’a emporté dans la gloire, et la mort de Jésus aura une signification analogue. 

La Transfiguration est-elle une vision prophétique du « Royaume de Dieu venu avec puissance » (Mc 9,1) ? C’est l’avis de saint Jean Chrysostome – « alors ce n’est point une nuée, c’est le ciel tout entier qui se déroulera autour de sa tête »[2]. La Transfiguration est ainsi une vision prophétique de la venue glorieuse du Christ, rectifiant ou éloignant toute idée d’une venue du règne impliquant des forces de coercition politique ou militaire. C’est donc un message de paix, et d’espérance.


[1] Cf. Talmud de Babylone, Eduyot 8,7 et Baba Mesia 3,5.

Date de dernière mise à jour : 25/06/2026