- Accueil
- Préparer Dimanche
- Fêtes et Solennités
- 3 juillet fête de St Thomas apôtre
3 juillet fête de St Thomas apôtre

Podcast sur : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#
https://player.radio-esperance.fr/?webradio=direct
Première lecture (Ep 2, 19-22)
Première lecture (Ep 2, 19-22)
Frères, vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c’est le Christ Jésus lui-même. En lui, toute la construction s’élève harmonieusement pour devenir un temple saint dans le Seigneur. En lui, vous êtes, vous aussi, des éléments d’une même construction pour devenir une demeure de Dieu par l’Esprit Saint. - Parole du Seigneur.
Saint Paul s’adresse ici à des croyants issus pour beaucoup du paganisme. La question centrale est celle de leur place : sont-ils vraiment intégrés au peuple de Dieu, autrefois identifié à Israël ? Ce texte répond avec force à cette inquiétude en affirmant l’unité nouvelle réalisée dans le Christ, le Messie.
Au verset 19, « vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage », l’affirmation marque une rupture radicale avec l’ancienne condition des païens. Le vocabulaire souligne un changement de statut : de marginaux, ils deviennent « concitoyens des saints » et « membres de la famille de Dieu ». L’image politique et familiale exprime une appartenance pleine et entière, sans hiérarchie entre les croyants.
Le verset 20 développe ensuite une image architecturale : « vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les apôtres et les prophètes ». Les prophètes, c’est Moïse, Élie, Isaïe, c’est-à-dire l’histoire du salut et les Alliances bibliques. Les apôtres, ce sont des êtres humains pour la plupart encore vivants au moment où saint Paul écrit.
Papias, évêque de Hiérapolis en Phrygie vers l’an 110-130 considérait que la tradition orale venue des apôtres était plus importante qu’un livre écrit : « Si quelque part venait quelqu’un qui avait été dans la compagnie des presbytres, je m’informais des paroles des presbytres : ce qu’ont dit André ou Pierre, ou Philippe, ou Thomas, ou Jacques, ou Jean, ou Matthieu, ou quelque autre des disciples du Seigneur ; et ce que disent Aristion et le presbytre Jean, disciples du Seigneur. Je ne pensais pas que les choses qui proviennent des livres me fussent aussi utiles que ce qui vient d’une parole vivante et durable » (Eusèbe De Césarée, Histoire Ecclésiastique III, 39, 15-16).
Saint Paul décrit l’Église comme un édifice solide, enraciné dans le témoignage des apôtres et dans l’histoire du salut. Mais l’élément décisif est précisé immédiatement : « la pierre angulaire, c’est le Christ Jésus lui-même », le Messie.
Aux versets 21-22, l’image s’élargit et devient dynamique : « toute la construction s’élève harmonieusement pour devenir un temple saint dans le Seigneur ». Il ne s’agit pas d’un bâtiment figé, mais d’une réalité vivante en croissance. Paul ne parle pas d’un temple déjà achevé, mais d’un édifice en train de se bâtir. Cela signifie que chaque croyant a une responsabilité : s’ajuster aux autres dans la charité pour que l’ensemble reste solide. Dieu habite non pas dans des pierres matérielles, mais dans les âmes unies.
Il s’agit de « devenir une demeure de Dieu par l’Esprit Saint ». Dieu n’habite plus un lieu matériel unique, mais une communauté vivante. Dans la tradition orientale, l’accent est souvent mis sur cette dimension vivante et mystique : l’Église n’est pas seulement une institution, mais un organisme spirituel où Dieu habite réellement.
Parlons maintenant de saint Thomas.
Dans les listes des évangiles, il est placé à côté de Matthieu (cf. Mt 10,3 ; Mc 3,18; Lc 6,15), alors que dans les Actes, il se trouve près de Philippe (cf. Ac 1,13).
Lorsque Jésus, à un moment critique de sa vie, décida de se rendre à Béthanie pour ressusciter Lazare, s’approchant ainsi dangereusement de Jérusalem, Thomas dit à ses condisciples : "Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui !" (Jn 11,16). Sa détermination à suivre le Maître est véritablement exemplaire ; elle révèle la totale disponibilité à suivre Jésus, jusqu’à vouloir partager avec Lui l’épreuve suprême de la mort. En effet, le plus important est de ne jamais se détacher de Jésus.
Une deuxième intervention de Thomas apparaît lors de la Dernière Cène. À cette occasion, Jésus, prédisant son départ imminent, annonce qu’il va préparer une place à ses disciples pour qu’ils aillent eux aussi là où il se trouve; et il leur précise: "Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin" (Jn 14,4). C’est alors que Thomas intervient en disant : "Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ?" (Jn 14,5).
Sa question nous confère à nous aussi le droit, pour ainsi dire, de demander des explications à Jésus. Souvent, nous ne le comprenons pas. Ayons le courage de dire : je ne te comprends pas, Seigneur, écoute-moi, aide-moi à comprendre.
Sa question fournit à Jésus l’occasion de prononcer la célèbre définition : "Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie" (Jn 14, 6). Ce Chemin passe par la souffrance par laquelle Jésus témoigne de la Vérité, et la mort ne peut pas l’atteindre.
Selon l’évangile de Jean (Jn 20,19-25), le Christ apparaît aux apôtres réunis au cénacle, Thomas étant absent. Jésus leur donne la Paix [šlāmā], et leur montre ses mains et son côté et leur dit : « Recevez l’Esprit de sainteté. Si vous remettez les péchés à un homme, ils lui seront remis… ». Mais Thomas n’est pas là et il demande non pas tant de le voir, mais de mettre son doigt dans ses plaies. Thomas exprime sa conviction que Jésus est désormais reconnaissable non pas tant par son visage que par ses plaies, dans lesquelles se révèle jusqu’à quel point Il nous a aimés. En cela, l’Apôtre ne se trompe pas.
La mission de remettre les péchés est normalement celle du grand prêtre dans le Temple. L’entrée en fonction d’un Grand-Prêtre dure sept jours (Ex 29, 35 ; Lv 8, 33), ce qui permet à Thomas d’y être aussi présent et de devenir grand prêtre dans le grand sacerdoce du Christ.
Selon Origène, saint Thomas évangélisa tout d’abord la Syrie et la Perse (c’est ce que réfère déjà Origène, rapporté par Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique III, 1), et selon le récit apocryphe, il se rendit ensuite jusqu’en Inde occidentale (cf. Actes de Thomas 1-2 et 17sqq), d’où il atteignit également l’Inde méridionale. Il est réputé arrivé à la fin de l’année 52 à Cranganore au Kerala. Pierre Perrier montre qu’il serait aussi allé en Chine en 65-68 après que l’empereur, ayant eu un songe, appela un apôtre. Enfin, il serait mort martyr entre 70 et 72 à Mylapore en Inde.
Le christianisme primitif est loin d’être confiné à l’Empire gréco-romain. On l’oublie trop souvent. Ces régions lointaines ont été évangélisées en même temps que la Gaule et l’Espagne, et saint Thomas pourrait leur dire ce que saint Paul disait aux Éphésiens : « vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c’est le Christ Jésus lui-même » (Ep 2,19-20).
Psaume (Ps 116, 1, 2)
« Louez le Seigneur, tous les peuples ; fêtez-le, tous les pays ! Son amour envers nous s’est montré le plus fort ; éternelle est la fidélité du Seigneur ! »
Ce psaume convient très bien à la fête de saint Thomas, ce grand évangélisateur de l’Orient. Pierre Perrier a mené une double série de recherche, d’une part en tant qu’ingénieur à l’Académie des sciences, d’autre part son étude des langues anciennes lui a permis de suivre le parcours de saint Thomas en Inde du Sud et en Chine. Notamment grâce aux bas-reliefs sur la falaise de Kong Wang Shan près de Shanghai. Il s’agit, dans une montagne en granit, d’une frise de 17m de long, 4m de haut, avec une centaine de personnages.
Pierre Perrier a fait remarquer aux archéologues, sur place, puis à Pékin, que ce bas-relief ne représentait pas des réalités bouddhistes comme ils le disaient. En effet, pour plusieurs personnages importants, les coiffures et les vêtements ne correspondent ni à la culture chinoise ni au bouddhisme. Les archéologues ont accepté que ce bas-relief représente quelque chose d’antérieur à l’arrivée du bouddhisme. Bien sûr, ils n’ont pas les références chrétiennes et sont gênés de parler de la venue d’un apôtre. Ils ont cependant confirmé les datations d’événements remontant aux années 65-68.
On peut prouver que le sculpteur est venu de Persépolis probablement en même temps que Thomas : il n’y a pas de bas-relief de ce style avant lui en Chine, et il n’y en a pas non plus après.
Il faut lire la frise de la droite vers la gauche, comme quand on lit en Hébreu ou en araméen, de droite à gauche.
À droite, on voit l’empereur Mingdi allongé sur son lit. Il a une vision du Christ lumineux portant un rouleau. Il n’y a pas de rouleau d’Écritures à cette époque en Chine. Il y a des archives chinoises qui décrivent les événements représentés sur cette frise et l’on sait que saint Thomas rencontre l’empereur au moment de la remise des traductions des Écritures saintes sur la route qui vient du port (au nord de Shanghai), en un lieu connu où l’on fait mémoire de ces apports de documents sur un cheval blanc, celui du frère de l’empereur, le prince Ying.
Sur la frise, dans une évolution régulière vers la gauche, on voit les conseillers qui entourent l’empereur et tentent avec lui d’interpréter le songe.
On voit le prince Ying, frère de l’empereur Mingdi, écouter saint Thomas. Le prince Ying est représenté un lis à la main, symbole d’union et de crédit en Chine – c’est lui qui reçut l’apôtre et, dit encore la Chronique, « commença à avoir foi en sa voie ».
Des mandarins qui tournent le dos à Ying semblent parler de lui et obtiendront sa condamnation...
La frise représente aussi un rassemblement de prière, sans doute, une liturgie de vénération de la Passion du Christ un Vendredi saint.
Au centre, la Vierge, Mère de Dieu et image de l’Église, pratiquement au milieu du panneau et nettement surélevée, a son regard tourné vers Thomas...
La Vierge porte une coiffure de princesse, une coiffe plate avec une bande dorée, qui n’est plus dorée, et qui est caractéristique soit des grands prêtres soit des rois et des héritiers de la maison de David.
Enfin, à l’extrême gauche de la frise, on voit, en grande taille, la représentation des saints Mystères présidés par saint Thomas, qui se tient debout devant un autel, il tient une croix. Saint Thomas apparaît comme chef des prêtres avec la plaque ou bande dorée sur le front.
À son côté se tient son diacre qui atteste sa traduction du rouleau des Écritures, avec la main levée, dans le geste typique du témoin dans les procès en Mésopotamie.
Il y a aussi un X qui est le Tav de la fin des temps : on célèbre l’Eucharistie dans la bienheureuse espérance du second avènement du Christ.
La frise va choquer l’entourage de l’empereur du fait que la mère de Jésus est représentée plus haut que l’empereur qui est couché sur son lit.
Le prince Ying sera durement persécuté et va mourir martyr. Une représentation du prince « au ciel » a été ajoutée à la frise peu après son martyre.
On peut donc affirmer que l’évangélisation de la Chine a commencé en l’an 65 et l’on connaît par ailleurs les quatre premiers évêques.
On peut ensuite observer que certains éléments du « Grand véhicule » viennent de cette première évangélisation. Le mot « soutra » étant dérivé du mot « souartâ » qui signifie en araméen la Bonne Nouvelle.
Savez-vous que Guanyin, déesse bouddhiste de la miséricorde, est représentée dans la même position que la Mère de Jésus sur la falaise de Kong Wang Shan, c’est-à-dire dans la position assise de l’enfantement en Mésopotamie ? Cette position, jugée inconvenante dans la culture chinoise, est décalquée de la représentation de Marie dans le mystère de la Nativité de Jésus sur la falaise. D’ailleurs, Marie est appelée « mère de miséricorde » en Orient.
Ainsi, tout en rejetant le christianisme apporté par saint Thomas, la culture chinoise en a retenu certains aspects.
Pierre Perrier écrit dans l’introduction de son ouvrage L’apôtre Thomas et le prince Ying, éditions le Jubilé 2012 : « Une nouvelle interprétation des événements religieux en Chine, au 1er siècle suivant la naissance de Jésus à Bethléem, s’imposait, après l’identification de l’origine chrétienne de trois figures en demi bosse de ce même 1er siècle. Ces figures font partie des bas-reliefs de Kong Wang Shan ; elles ont été sculptées sur une paroi rocheuse proche du port de Lianyungang, aux abords de la route antique menant aux capitales successives des Han. Elles sont identifiables comme représentant l’apôtre Thomas, son diacre interprète, et la Vierge Mère et l’Enfant. Elles partagent le pan rocheux avec une centaine de personnages plus petits, lesquels racontent (c’est notoire) l’histoire, rapportée par la Chronique des Hans postérieurs, du songe qu’eut en 64 l’empereur Mingdi des Han. Il « lui fit voir un homme blond, grand et dont le sommet de la tête était auréolé », à la suite de quoi l’empereur « dépêcha un envoyé au pays de Tianzhu (l’Inde orientale) qui s’informa des préceptes de l’illuminé » ; s’ensuivit l’introduction en Chine de « la vraie doctrine ». Mingdi endormi (première figure importante, à droite) face à une silhouette auréolée, est à quelques mètres de Thomas (image dominante, à gauche) ».
Autrement dit, à l’époque où Jérusalem tombe dans le chaos, l’Église de Chine est en train d’être constituée pour la première fois. Pour sûr, ces recherches vont jouer un rôle important et les Chinois seront intrigués par l’idée de retrouver leur passé oublié... !
« Louez le Seigneur, tous les peuples ; fêtez-le, tous les pays ! Son amour envers nous s’est montré le plus fort ; éternelle est la fidélité du Seigneur ! »
Cf. Cette vidéo d’interview : https://www.youtube.com/watch?v=epCJbfpjSUQ
« 24 Or Thomas, l’un des Douze, / celui qui est dit le jumeau,
il n’était pas là, avec eux, / lorsque vint Jésus.
25 Les disciples lui disaient : / ‘Nous avons vu Notre Seigneur !’
Or, lui, / il leur dit :
‘Si je ne vois dans ses mains les endroits des clous, / et ne jette en eux mes doigts[1],
et n’étends ma main dans son côté, / je ne croirai pas !’
26 Et, après huit jours,
de nouveau, les disciples étaient à l’intérieur, / et Thomas avec eux.
Et Jésus vint, tandis que les portes étaient maintenues fermées, / et se tint debout au milieu,
et il leur dit : / ‘la paix [plénitude] soit avec vous !’
27 Et il dit à Thomas :
‘Fais venir ton doigt ici même / et vois mes mains !
Et fais venir ta main / et étends[-la] dans mon côté !
Et ne sois pas incroyant, / mais croyant.’
28 Et Thomas répondit / et lui dit :
‘Mon Seigneur / et mon Dieu !’
29 Et Jésus lui disait :
‘Maintenant que tu m’as vu, / tu as cru !
Bienheureux sont-ils, / ceux qui ne m’ont pas vu et qui ont cru !’ »[2]
Thomas n’était pas présent lors de l’apparition du Ressuscité le soir de Pâques, à cette occasion, Jésus donna aux apôtres la Paix [šlāmā], il leur montra ses mains et son côté et il leur dit : « Recevez l’Esprit de sainteté. Si vous remettez les péchés à un homme, ils lui seront remis… » (Jn 20,23), ce qui est la prérogative d’un grand prêtre. L’entrée en fonction d’un grand prêtre dure sept jours (Ex 29,35 ; Lv 8,33). La mention des « huit jours après » (Jn 20,26) clôture la semaine d’investiture des apôtres comme grands prêtres. Thomas avait demandé de voir et de toucher les plaies de Jésus pour croire et donc pour pouvoir être témoin et apôtre. Sa demande, qui était juste, est exaucée.
Huit jours après, Jésus invite Thomas à plonger sa main dans son côté (en suivant le mouvement de la lance), le Christ lui fait toucher son Cœur vivant à travers la plaie de son côté.
« 28 Et Thomas répondit / et lui dit :
‘Mon Seigneur / et mon Dieu !’
29 Et Jésus lui disait :
‘Maintenant que tu m’as vu, / tu as cru !
Bienheureux sont-ils, / ceux qui ne m’ont pas vu et qui ont cru !’ »
La Béatitude donnée par Jésus concerne l’Église, qui, elle, devra croire sans voir, mais en s’appuyant sur la parole des apôtres.
Dans sa rencontre avec le Ressuscité, Thomas retrouve confiance en Jésus. Il retrouve aussi confiance en lui-même du fait même que Jésus l’appelle à reprendre contact ; Jésus respecte le souhait de Thomas de le toucher, il l’autorise. Ce qui est une manière de dire à Thomas : je t’accepte, tu es toujours mon ami, mon apôtre. Thomas peut donc appuyer sa fidélité sur la fidélité de Jésus.
La racine araméenne du mot qūrbānā signifie au sens premier le fait de « s’approcher » (Mt 8,5 ; Lc 9,41-42 ; donc être proche, Mt 4,17 ; Lc 10,11) ou même le fait de « toucher » (Lc 7,39). Ce qui est offert à Dieu est donc touché par Lui, d’où le mot qorbân qui est même resté dans le texte grec de Mc 7,11 pour désigner une offrande destinée au Temple.
Quel mot pourrait désigner mieux que qūrbānā le fait de toucher et d’être touché par Dieu dans la célébration des « saints Mystères » ? C’est par ce mot magnifique, que l’on pourrait rendre par Rencontre, que l’Orient syro-araméen a désigné ce que l’Occident a appelé « la Messe » : « qūrbānā » évoque une rencontre vivante avec une présence « réelle » : pour un oriental, il est évident que dans le culte eucharistique, il faille un contact corporel, un contact qui change quelque chose en soi, comme quand un converti dit : « J’ai rencontré Jésus ».
Saint Thomas a touché son Dieu ! Désormais, Thomas aura la vitalité d’aller très loin sur les routes de la mission, et il portera beaucoup de fruits. Comme on l’a dit, les huit jours signifient le temps de l’investiture sacerdotale : être prêtre signifie donc être spécialiste de la rencontre de l’homme avec Dieu (qūrbānā) !
Il n’y a pas de mot pour le dire en grec ou en latin ; le mot rencontre est un mot récent, que ce soit en français[3] ou dans les autres langues européennes.
En grec, on a traduit « qūrbānā » par « Eucharistein », c’est-à-dire « bien rendre grâce » : on s’est ainsi éloigné du sens premier, en insistant sur un aspect particulier de la Rencontre.
En latin, l’usage populaire a imposé le mot « Messe », un mot simplement tiré de la formule latine finale : « ite missa est » (« ainsi [l’assemblée] est envoyée »).
Juste après cet épisode de saint Thomas rencontrant le Ressuscité, les onze apôtres ayant reçu le sacerdoce du Christ, l’évangile a une conclusion (Jn 20,30-31). J’explique dans mon livre « Jean, l’évangile en filet »[4] qu’il s’agit de la conclusion du protofilet : par la suite, l’évangéliste n’a pas seulement complété par Jn 21 mais il a agrandi le « filet d’oralité », donc aussi, notamment deux fils verticaux.
L’épisode, à partir de « huit jours après », se trouve dans le fil « D » qui commence par la purification du temple où Jésus chasse les vendeurs et répond aux Juifs qui l’interrogent : « Abattez ce Temple-ci, et, en trois jours, moi, je le relève ! » (Jn 2,10). Et c’est bien ce qui se passe ici avec l’investiture sacerdotale des apôtres. Ce n’est plus un temple de pierre, c’est un temple vivant, partout où les apôtres iront (Ep 2,20).
Par ailleurs, dans ce même fil vertical, Jésus répète trois fois : « je vous ai choisis ». « N’est-ce pas moi qui vous ai choisis ? » (Jn 6,70 perle 3D). « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis » (Jn 15,16 perle 6D). Et « Je vous ai choisis du monde » (Jn 15,19 perle 6D).
Jésus aurait-il une vision binaire du monde (les choisis / les non-choisis) ? Pas du tout. « Être choisi » par le Christ n’a rien à voir avec une quelconque prédestination vis-à-vis du jugement (thème situé dans le Fil E). L’humanité n’est pas divisée entre les choisis et les non-choisis (ce qui est la vision musulmane). Tout un chacun est évidemment « choisi » au sens d’être appelé au salut.
Alors, que veut dire Jésus ? C’est que l’Église se reçoit d’une mystérieuse élection divine, elle ne pourra jamais « faire » des prêtres comme un État s’organise pour former le nombre souhaité de médecins ou d’instituteurs. La Lettre aux Hébreux résume cette idée : « Nul ne s’arroge à soi-même cet honneur, on y est appelé par Dieu, absolument comme Aaron. De même ce n’est pas le Christ qui s’est attribué à soi-même la gloire de devenir Grand-Prêtre, mais il l’a reçue » (Hé 5, 4-5).
[1] « mon doigt » SyrS et Harkléenne.
[2] La traduction, depuis le texte araméen de la Pshitta est extraite de : Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Jean, traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. L’Harmattan 2026.
[3] En 1234, on trouve ce mot, au masculin, au sens de « action de combattre » (Huon de Méry, Antéchrist, 927 ds T.-L.), En 1580 on trouve l’expression par rencontre « par hasard » (Montaigne, Essais, I, 25, p. 140), etc.
[4] Françoise BREYNAERT, Jean, l’évangile en filet. L’oralité d’un texte à vivre. (Préface Mgr Mirkis – Irak) Éditions Parole et Silence. Paris, 8 décembre 2020. 477 pages. On pourra utiliser aussi : Françoise BREYNAERT, Le témoignage primitif de Pierre et Jean. Imprimatur Paris. Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2023.
Date de dernière mise à jour : 04/05/2026