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29 septembre archanges Michel, Gabriel et Raphaël

Podcast sur : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#
Radio Ecclesia & Radio Fidélité Mayenne
Saint Michel, Saint Gabriel et Saint Raphaël, Archanges Fête
Première lecture : Dn 7, 9-10.13-14 ou Ap 12, 7-12a
Psaume (Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 4-5)
Première lecture : Dn 7, 9-10.13-14 ou Ap 12, 7-12a
Dn 7, 9-10.13-14 :
« La nuit, au cours d’une vision, moi, Daniel, je regardais : des trônes furent disposés, et un Vieillard prit place ; son habit était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête, comme de la laine immaculée ; son trône était fait de flammes de feu, avec des roues de feu ardent. Un fleuve de feu coulait, qui jaillissait devant lui. Des milliers de milliers le servaient, des myriades de myriades se tenaient devant lui. Le tribunal prit place et l’on ouvrit des livres.
Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. – Parole du Seigneur. »
Dans les Évangiles, le nom du prophète Daniel est associé à la fin des temps : « Et alors viendra la Fin. Lors donc que vous verrez l’Abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, installée dans le saint lieu… » (Mt 24, 15). Vers l’an 150 avant Jésus-Christ, l’abomination de la désolation a un sens bien précis : Antiochus Épiphane fit cesser le culte hébraïque et il érigea dans le temple l’abomination de la désolation (Dn 9, 27 ; 11, 31 ; 12, 11) pendant trois ans (une demi « semaine » d’années). Il s’agit d’un autel sur l’ancien (au-dessus) pour y offrir des sacrifices à une divinité non représentée, mais confondant Zeus avec le Dieu d’Abraham pour faire entrer les Juifs dans la religion universelle (1M 1, 54-59 ; 2M 6, 7). On pourrait en déduire que Jésus enseigne que le scénario de la fin commencera par une tentative humaine d’imposer une religion universelle fausse.
De plus, lorsque Jésus annonce alors de dramatiques événements en Judée, et « l’avènement du Fils de l’homme » (Mt 25, 27), il se réfère sans doute à l’ensemble du « scénario » décrit par Daniel avec la manifestation de quatre bêtes qui sont des empires ainsi que leur jugement, un jugement qui n’est pas synonyme de fin du monde, la fin des temps est un processus qui laisse place à un royaume des justes sur la terre, mais dans une transition vers l’éternité.
L’ensemble du livre de l’Apocalypse constitue une interprétation du chapitre 7 de Daniel. En effet, les derniers chapitres décrivent un jugement du monde, un jugement qui met fin à l’oppression du faux prophète et de la « bête », et ce jugement ne constitue pas l’ultime fin, mais le processus de la fin, laissant place à un mystérieux millénium un royaume des justes sur la terre dans une transition vers l’éternité, ce qui correspond bien à la vision de Daniel.
La liturgie de ce jour propose aussi, comme première lecture, ce passage du livre de l’Apocalypse qui fait partie de ce que l’appelle le « noyau » de l’Apocalypse, à partir duquel le récit bascule dans le temps du jugement eschatologique.
Il est possible de donner d’Ap 12, 7-12a une traduction littérale à partir de l’araméen.
Récitatif :
« 7 Et ce fut la guerre dans les Cieux : / Michel et ses anges firent la guerre avec le dragon !
Et le dragon et ses anges firent la guerre, / 8 et ils ne prévalurent pas.
Et aucun lieu ne leur fut trouvé dans les Cieux, / 9 et il fut précipité, le grand dragon, lui, le serpent de l’[En]-tête[1],
lui qui est appelé Accusateur et Satan, / lui qui a trompé toute la Terre ;
et il fut précipité sur la Terre, / et ses anges avec lui furent précipités.
10 Et j’entendis une grande voix, depuis les Cieux, qui dit :
‘Voici, c’est la délivrance, / et la puissance et le règne de notre Dieu !
Car il est précipité, le calomniateur de nos frères, / qui les calomniait, nuit et jour, devant notre Dieu !
11 Et eux, ils ont vaincu par le sang de l’Agneau / et par la main de la Parole de Son témoignage,
et ils n’ont pas aimé leur propre vie / jusqu’à la mort !
12 À cause de cela, Cieux, jubilez, / et ceux qui y résident ! »
(Ap 12, 7-12a) Parole du Seigneur
Les anges sont des êtres spirituels. Une première révolte des anges eut lieu avant la création de l’humanité, puisque Satan, l’ange déchu, a tenté les premiers hommes. La chute des anges qui va nous être ici relatée suit la résurrection de Jésus, le Fils de la femme, le Messie élevé au Ciel (Ap 12, 5). La vision de l’Apocalypse révèle le combat spirituel postérieur au Christ. Satan n’a pas pu s’opposer au mystère de l’Ascension de Notre Seigneur, mais il va chercher à s’opposer au mystère de l’Assomption de l’humanité et de toute la création, c’est-à-dire à l’accomplissement du dessein du Créateur, le but de la création. L’Apocalypse nous parle ainsi d’une révolte des anges contre le fait qu’en Jésus notre humanité puisse être élevée dans la gloire divine. Le combat se joue aux cieux avant de se jouer sur la terre.
Le nom de Michel (Ap 12, 7) est supposé connu. De tout l’Ancien Testament et du Nouveau, seul le livre de Daniel en a parlé. Daniel voit le Fils de l’homme lui expliquant que Michel l’aide à combattre l’Empire perse, puis l’Empire grec (Dn 10, 13.21). L’Empire perse prétendait rassembler tous les peuples dans sa lumière qui était une sagesse humaine, scientifique, politique, philosophique. D’une certaine manière, l’Empire grec aussi. « Michel » en hébreu, Mi-ka-El, signifie « Qui est comme Dieu ? ». On peut aimer un idéal humaniste, mais cet idéal ne nous aime pas. Le peuple hébreu a résisté à cette séduction, et il est resté fidèle au Seigneur Dieu. « Écoute, Israël, le Seigneur est l’unique ». Il n’est pas une idée, il nous aime ! Saint Michel est celui qui nous fait souvenir de l’amour de Dieu. Qui est comme Dieu, le Maître de la vie ? Qui est comme Dieu, l’ami des hommes ?
Par ailleurs, le chapitre 12 du livre de Daniel commence par ces mots : « En ce temps se lèvera Michel, le grand Prince qui se tient auprès des enfants de ton peuple. […] Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle. » (Dn 12, 1-2) C’est pourquoi on dit que saint Michel est celui qui pèsera les âmes au jugement dernier et il les conduira sur l’autre rive, le ciel ou l’enfer.
Ensuite un ange demande à Daniel de serrer ces paroles dans un livre qui doit rester scellé (Dn 12, 4). Et c’est justement un livre scellé dont on parle l’Apocalypse, avec Jésus qui en ouvre les sept sceaux (Ap 5, 1-7). Dès l’ouverture de la série des sept sceaux, résonne la prière du « Sanctus ! » (Ap 4, 8), c’est-à-dire la prière d’adoration des chérubins dans le Sanctuaire (Is 6, 3). Le vaste combat qui s’ensuit implique les anges. La présence de saint Michel, dont le nom signifie « Qui est comme Dieu ? » est implicite dans la question « qui peut tenir au Jour de sa colère ? » (Cf. Ap 6, 7 – 6e sceau), et de la proclamation des vainqueurs : « le salut à notre Dieu ! » (Ap 7, 10 – 7e sceau).
Satan est l’Accusateur (cf. Jb 9-11 ; 2, 4-5). N’ayant pu entraîner Jésus dans la spirale du mal, il avait concentré contre lui tout le mal du monde, et Jésus était resté innocent. À la suite de Jésus, et en communion avec Lui, les chrétiens, lavés par son sang et participants de son destin, ne pourront plus être accusés.
Psaume (Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 4-5)
De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce : tu as entendu les paroles de ma bouche. Je te chante en présence des anges, vers ton temple sacré, je me prosterne. Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité, car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole. Le jour où tu répondis à mon appel, tu fis grandir en mon âme la force. Tous les rois de la terre te rendent grâce quand ils entendent les paroles de ta bouche. Ils chantent les chemins du Seigneur : « Qu’elle est grande, la gloire du Seigneur ! »
Nous sommes dans la dernière grande partie du Psautier, celle qui conduit vers la louange universelle et qui culminera dans les grands « Alléluia » des psaumes 146 à 150. Il y a derrière ce psaume une expérience personnelle de détresse ou de demande. Le croyant a crié vers Dieu, Dieu lui a répondu, et maintenant il revient vers lui dire merci. Il ne dit pas simplement : « Tu as supprimé mon problème. » Il dit : « tu fis grandir en mon âme la force ». Le croyant a été transformé.
Il y a deux semaines, nous fêtions la croix glorieuse. Parfois la vie quotidienne ressemble à une succession de coups, en contemplant la passion de Jésus, les coups qu’il a reçus et la douleur qu’il a souffert, nous percevons aussi son amour immense et Jésus fait grandir en notre âme la force. « Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité ».
Le psalmiste ne connaît pas encore Jésus, mais il se découvre en présence des anges, il entre en quelque sorte dans la liturgie du ciel. Et, finalement son action de grâce s’élargit aux rois de la terre : « Tous les rois de la terre te rendent grâce. » La Parole du Seigneur leur fait connaître « les chemins du Seigneur » et ces chemins sont des chemins de vie, ce qui est très actuel.
Les trois archanges peuvent être contemplés à partir de cette dynamique.
Saint Michel, dont le nom signifie « Qui est comme Dieu ? » est celui qui, dans le combat spirituel, rappelle la souveraineté absolue de Dieu.
Saint Gabriel, dont le nom signifie « Dieu est ma force », vient transmettre aux hommes une parole qui vient de Dieu. Il fait passer la Parole du ciel à la terre.
Saint Raphaël, dont le nom signifie « Dieu guérit », accompagne Tobie sur son chemin. Il le protège, guide et conduit vers la guérison son père.
À la messe, lorsque nous chantons le Sanctus, nous pouvons réellement entendre cette phrase du psaume : « Je te chante en présence des anges. »
Quelques mots sur le culte de saint Michel et les prières qu’on lui adresse.
Dès le IVe siècle, le culte de saint Michel est largement répandu en Orient.
L’Église byzantine a dédié ce tropaire à saint Michel archange :
Grand chef des milices célestes,
Nous te prions indignes que nous sommes,
De nous protéger par tes prières
Et de nous garder à l’ombre des ailes de ton immatérielle gloire,
Nous qui à genoux instamment t’implorons,
Délivre-nous des dangers,
Grand prince des puissances d’en-haut.
En Occident, le premier sanctuaire dédié à saint Michel, à Monte Sant’Angelo dans le massif du Gargano en Italie, date de l’an 492. Puis, comme saint Michel protégea Rome de la peste en l’an 590, sa statue s’élève sur le château Saint-Ange à Rome.
Vers l’an mil, de nombreuses chapelles et édifices lui ont été dédiés. Ils sont généralement édifiés dans des lieux élevés pour rappeler que saint Michel est le chef des anges. Un des plus célèbres est le Mont-Saint-Michel en Normandie.
Évoquant le récit de la bataille dont parle l’Apocalypse, que nous avons entendue en première lecture, Jean-Paul II déclara : « Le pape Léon XIII avait certainement cette scène bien présente à l’esprit lorsqu’il a introduit, [à la fin du XIXe siècle], dans toute l’Église une prière spéciale à saint Michel : Saint Michel Archange, défends-nous dans la bataille contre les maux et les embûches du malin ; sois notre refuge… Même si, aujourd’hui, cette prière n’est plus récitée à la fin de la célébration eucharistique, j’invite chacun à ne pas l’oublier, mais à la réciter pour obtenir de l’aide dans la bataille contre les forces des ténèbres et contre l’esprit de ce monde. » (Regina Caeli, 24 Avril 1994).
Il s’agit de la prière : « Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat. Soyez notre protection contre la malice et les pièges du démon. Que Dieu le repousse, nous vous en supplions humblement ; et vous, Prince des armées célestes, par votre puissance divine, précipitez en enfer Satan et tous les esprits mauvais qui rôdent dans le monde pour la perte des âmes. Amen. »
L’ange Raphaël est l’un des « sept qui se tiennent et entrent devant la gloire du Seigneur » (Tb 12, 15). Le nom « Raphaël » signifie Dieu guérit.
Seul le livre de Tobit en parle, mais le livre de l’Apocalypse fait aussi allusion à ces sept anges (Ap 8, 2). Tobie habite Ninive, c’est un homme juste mais devenu pauvre depuis qu’il a perdu la vue ; Gabaël lui doit de l’argent, mais il habite loin et Tobie hésite à y envoyer son fils ; l’ange Raphaël se présente et lui propose d’accompagner le jeune homme. En chemin, l’ange Raphaël l’invite à s’arrêter chez Ragouël qui a une fille qui souffre des maléfices du démon Asmodée qui a tué sept fois son conjoint le soir même des noces. Le remède conseillé par l’ange Raphaël (brûler le cœur et le foie d’un certain poisson ; se lever et prier la nuit des noces avant de s’unir) permet à Tobit le fils un mariage heureux (Tobie 6).
Avec le jeune homme, Raphaël ramène non seulement l’argent dû par Gabaël mais Gabaël lui-même, invité aux noces (Tobie 9). Au retour à Ninive, sur le conseil de l’ange, on guérit les yeux de Tobit avec le fiel du même poisson (Tobie 11). Le miracle illumine le cœur du pieux vieillard qui chante alors les louanges de Dieu et la splendeur de la Jérusalem à venir (Tobie 13). Et Raphaël remonte vers Celui qui l’a envoyé.
Aujourd’hui, de nombreux hôpitaux lui sont dédiés, en particulier ceux fondés par saint Jean de Dieu. Son culte liturgique a commencé au XI° siècle (fête le 24 octobre), mais après le concile Vatican II ce culte fut regroupé avec le culte de saint Michel et de saint Gabriel, le 29 septembre.
Quelques invocations inspirées du livre de Tobie :
Saint Raphaël, compagnon fidèle, priez pour nous.
Saint Raphaël, ami de la jeunesse, priez pour nous.
Saint Raphaël, sage conseiller, priez pour nous.
Saint Raphaël, dont le nom est interprété la médecine de Dieu, priez pour nous.
Saint Raphaël, vainqueur d’Asmodée, l’esprit impur, délivrez-nous des attaques du démon.
Saint Raphaël, à qui a été confié le soin de secourir les malades, priez pour nous.
Saint Raphaël, guérissez nos âmes de l’aveuglement spirituel.
Saint Raphaël, préservez-nous de tout mal spirituel et corporel.
Saint Raphaël, dirigez au sortir de la vie notre âme vers le ciel.
Évangile (Jn 1, 47-51)
Un petit livre, qui donne la traduction annotée. Françoise Breynaert, L’évangile selon saint Jean, pour la proclamation orale. Traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. L’Harmattan 2026.
Un gros livre, qui donne le commentaire : Jean, L’évangile en filet. L’oralité d’un texte à vivre. (Préface Mgr Mirkis – Irak) Editions Parole et Silence. 8 décembre 2020.
Pour comprendre le contexte, il est plus facile de commencer au verset 45.
« 45 Et Philippe trouva / Nathanaël.
Et il lui dit :
‘Celui au sujet duquel Moïse a écrit / dans la Loi et dans les Prophètes,
nous l’avons trouvé : / c’est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth !’
46 Nathanaël lui dit :
‘De Nazareth ? / Trouve-t-on quelque chose qui [y] soit bon ?’
Philippe lui dit :
‘Viens, / et tu verras !’
47 Et Jésus vit Nathanaël, tandis qu’il venait auprès de lui, et dit à son sujet :
‘Voici vraiment un fils d’Israël, / en qui il n’y a pas de fausseté !’
48 Nathanaël lui dit : / ‘D’où me connais-tu ?’
Jésus lui dit :
‘Avant que ne t’appelle Philippe, / tandis que tu étais sous le figuier[2], je t’ai vu !’
49 Nathanaël répondit / et lui dit :
‘Mon Rabbi !
C’est toi le Fils de Dieu ! / C’est toi le roi d’Israël !’
50 Jésus lui dit :
‘Parce que je t’ai dit / que je t’avais vu sous le figuier,
tu crois ?... / Tu verras de plus grandes choses que celles-ci !’
51 Il lui dit :
‘Amen, Amen, / je vous [le] dis :
À partir de maintenant, / vous verrez les Cieux ouverts,
et les anges de Dieu montant / et descendant auprès du Fils de l’homme !’ »
Acclamons la parole de Dieu.
Nathanaël sera surnommé Bar Thoumaï (Bartholomée), fils de la jarre, que l’on pourrait dire « fils de la bibliothèque » puisque les jarres servaient à conserver les manuscrits. Il lit les Écritures, surtout ce qui concerne l’attente du Messie. Comme beaucoup de ses contemporains, il pensait que le Messie était imminent. Jadis, l’ange Gabriel avait expliqué au prophète Daniel la prophétie des 70 semaines (Dn 9), concernant l’accomplissement des temps messianiques, 70 semaines, c’est-à-dire 70 septénaires, sans dire de quoi. Une période clé à partir de la dédicace en l’an -515 du Temple reconstruit par Zorobabel au retour de Babylone[3] : 70 semaines [d’années] c’est-à-dire 490 ans avec une fourchette de 70 ans, puis 7 semaines c’est-à-dire 7 x 7 = 49 ans avec une fourchette de 7 ans (Dn 9, 24). Ces calculs indiquent une période allant de la restauration du Temple par Hérode le grand et de la naissance de Marie, jusqu’à la mort - assomption de celle-ci. Durant toutes ces années, l’attente messianique des lecteurs du livre de Daniel était à son paroxysme.
Or Joseph de Nazareth, descendant légitime de la tribu de David, n’avait pas restauré la royauté. Les mots de Nathanaël reflètent l’attente déçue : « de Nazareth ? Trouve-t-on quelque chose qui y soit bon ? » (Jn 1, 46). Puis son espoir royaliste renaît avec enthousiasme : « C’est toi le Fils de Dieu ! C’est toi le roi d’Israël !’» (Jn 1, 49). Ici l’expression « Fils de Dieu » s’entend comme pour les rois d’Israël. Jésus ne le contredit pas, mais il le fait passer à une attente plus élevée, Nathanaël verra « des plus grandes choses que celles-ci ! »
« Amen, Amen, / je vous [le] dis :
À partir de maintenant, / vous verrez les Cieux ouverts
et les anges de Dieu montant / et descendant auprès du Fils de l’homme ! » (Jn 1, 51).
Jésus fait allusion à la vision de Jacob, ─ « Voilà qu’une échelle était dressée sur la terre et que son sommet atteignait le ciel, et des anges de Dieu y montaient et descendaient ! ». Après cette vision, le patriarche Jacob comprit que le lieu, où il était, était « une maison de Dieu et la porte du ciel ! » (Gn 28, 17). Au minimum, Jésus veut dire ici qu’il est comme Jacob, en présence de Dieu. Il nous fera ensuite comprendre plus explicitement qu’il est, lui, maison de Dieu, Saint des Saints, Temple non fait de main d’homme, capable de relever le Temple en sa personne.
L’ange Gabriel qui parla jadis au prophète Daniel est le même qui apporta l’annonce à Zacharie de la naissance de Jean-Baptiste et qui demanda à la Vierge Marie son consentement pour la conception de Jésus.
Le nom de Gabriel vient de l’hébreu Gavri’el et signifie généralement « Dieu est ma force » ou « Ma force est Dieu ». Ce sens est particulièrement beau dans le récit de l’Annonciation : l’ange qui vient auprès de Marie porte précisément un nom qui annonce que, pour accomplir ce qui lui est demandé, sa force ne viendra pas d’elle-même, mais de Dieu.
Marie reçoit en effet une mission humainement vertigineuse. Elle doit accueillir dans son sein le Fils de Dieu, devenir sa mère, accepter une maternité qu’elle n’a pas cherchée, affronter l’incompréhension possible de Joseph et de son entourage, puis accompagner Jésus jusqu’à la Croix. Son « oui » de l’Annonciation n’est donc pas un consentement facile ou sentimental. C’est un acte de foi qui engage toute son existence.
Et c’est justement là que le nom de Gabriel prend toute sa profondeur. L’ange ne vient pas seulement annoncer une mission à Marie ; il vient lui rappeler, par son propre nom, que Dieu donnera la force nécessaire pour la vivre. Lorsque Gabriel lui dit : « Sois sans crainte, Marie », puis lui annonce que « l’Esprit Saint viendra sur toi », la réponse à la difficulté de sa mission est déjà donnée : Marie ne portera pas seule ce qui lui est confié.
On pourrait même dire que toute la vie de Marie est contenue dans cette vérité : « Dieu est ma force. » À Bethléem, dans l’exil en Égypte, à Nazareth, au cours de la vie publique de Jésus et finalement au Calvaire, Marie avance non parce qu’elle est naturellement invulnérable, mais parce qu’elle demeure disponible à la grâce. Sa force est une force reçue.
Il y a ainsi une très belle correspondance entre le nom de l’ange et le « Fiat » de Marie.
Et la liturgie orthodoxe, aux premières vêpres de l’annonciation, chante :
« Unissons donc nos voix à celle de Gabriel et crions à la Vierge :
Réjouis-toi, Pleine de grâce de qui nous vient le Salut, le Christ notre Dieu, car il a pris notre nature pour l’élever jusqu’à lui.
Intercède auprès de lui pour qu’il sauve nos âmes. » [4]
Jésus est le Sauveur, mais le salut qu’il offre doit être reçu. Le temps présent est donc marqué par une tension entre l’annonce de l’Évangile et les résistances qui lui sont opposées. Le refus du Christ n’est pas un simple retour au temps pré-chrétien, car quelque chose de diabolique est intervenu, produisant des contrefaçons et des parodies du salut offert en Jésus-Christ, jusqu’à la manifestation de l’Antichrist (2Th 2,8) ou de la « bête » (Ap 13). C’est seulement lors de la Parousie, seconde venue du Christ, que le mal est jugé, et que la création est libérée de ce qui la corrompt. La phase de régénération qui commence à ce moment ouvre elle-même sur l’accomplissement ultime, lorsque toute réalité est assumée dans la gloire de Dieu.
Les trois archanges nous montrent chacun un aspect de ce que nous avons à vivre : Michel nous apprend à nous tenir du côté de Dieu, Gabriel à accueillir sa Parole et à la garder, Raphaël à nous laisser accompagner par la grâce divine. Puissions-nous être de ceux qui se joignent à la voix des anges et qui chantent, avec les élus du livre de l’Apocalypse : « Amen ! Louange, gloire, sagesse,
action de grâces, honneur, puissance et force
à notre Dieu pour les siècles des siècles ! Amen ! » (Ap 7, 12).
[1] Traduction littérale du premier mot de la Genèse qui lui a donné son titre : (Be)Reshit.
[2] On se met sous le figuier pour étudier la Torah, le geste est celui d’ouvrir des rouleaux et de lire.
[3] Selon la Bible de Jérusalem édition 1998
[4] Guillaume DENIS, Le Spoutnik : Nouveau Synecdimos, Diaconie Apostolique, Parme 1997 ; Paris 2001, p. 922
Date de dernière mise à jour : 03/09/2026