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29 août Martyre de St Jean-Baptiste

Podcast sur : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#
Première lecture (1 Co 1, 1-9)
Psaume (Ps 144 (145), 2-3, 4-5, 6-7)
Première lecture (1 Co 1, 1-9)
Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, et Sosthène notre frère, à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre. À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus ; en lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la parole et de la connaissance de Dieu. Car le témoignage rendu au Christ s’est établi fermement parmi vous. Ainsi, aucun don de grâce ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ. C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout, et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ. Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur. – Parole du Seigneur.
Verset 1 : « Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, et Sosthène notre frère » Dès le début, Paul inscrit son enseignement dans une autorité reçue de Dieu et dans une démarche fraternelle. Jean Baptiste est lui aussi un homme appelé par Dieu, il a même été appelé dès avant sa naissance (Lc 1,13-17). Tous deux ne s'appartiennent plus : leur vie est entièrement orientée vers la mission reçue de Dieu. Tous ne sont pas apôtre comme saint Paul, ni prophète appelé à parler à un roi comme Jean-Baptiste, il s’agit d’appel sde Dieu.
Verset 2 : « À l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre. » Corinthe est une grande ville commerciale de la Grèce. La communauté chrétienne y connaît de nombreuses difficultés : divisions, rivalités, questions morales et liturgiques. Pourtant, saint Paul commence par rappeler leur véritable identité : ils appartiennent à Dieu, ils ont été sanctifiés par le Christ et sont appelés à vivre dans la sainteté. Il souligne également que cette Église locale fait partie de l'Église universelle, unie à tous ceux qui invoquent le Christ.
Verset 3 : « À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. » Avant d'aborder les problèmes de la communauté, saint Paul rappelle le don fondamental de Dieu : sa grâce qui sauve et sa paix qui réconcilie.
Verset 4 : « Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus. » Malgré les difficultés qui seront évoquées dans la suite de la lettre, saint Paul commence par une action de grâce. Il choisit de regarder d'abord l'œuvre de Dieu dans cette communauté. Cette reconnaissance montre que les dons de Dieu précèdent toujours les fragilités humaines.
Verset 5 : « En lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la parole et de la connaissance de Dieu. » Les Corinthiens apprécient particulièrement les qualités intellectuelles, l'éloquence et la sagesse. Ces dons sont une richesse accordée par Dieu. Dans la suite de la lettre, saint Paul montrera qu'ils ne prennent tout leur sens que s'ils sont exercés dans l'humilité et au service de l'édification de toute la communauté. En 1 Co 1,18-31 saint Paul oppose la sagesse humaine à la sagesse de la croix. Les Corinthiens accordent une grande valeur à l'éloquence et à la philosophie, mais saint Paul affirme que la vraie sagesse est le Christ crucifié. En 1 Co 12,4-7, saint Paul écrit : « Il y a diversité de dons de la grâce, mais c'est le même Esprit... À chacun est donnée la manifestation de l'Esprit en vue du bien. » Les dons spirituels ne sont jamais donnés pour la promotion personnelle, mais pour l'édification de toute l'Église. Saint Jean Baptiste a reçu comme don d’être la voix qui prépare le chemin du Seigneur (Jn 1,23). Il ne garde jamais ce don pour lui ; il s'efface devant le Christ : « Il faut qu'il grandisse et que moi, je diminue » (Jn 3,30).
Verset 6 « Car le témoignage rendu au Christ s’est établi fermement parmi vous. » Le message de l'Évangile a porté du fruit à Corinthe. La foi de cette communauté est bien réelle. Paul rappelle que leur existence comme Église est le signe que l'annonce du Christ a été accueillie et qu'elle continue de produire ses effets. Ce verset 6 est particulièrement proche de la figure de saint Jean-Baptiste : « Le témoignage rendu au Christ s'est établi fermement parmi vous. » Dans l'Évangile selon saint Jean, le Baptiste est précisément défini comme le témoin : « Il vint comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière » (Jn 1,7 le Prologue). Le mot grec martyria signifie « témoignage ». C'est de ce mot que vient le terme martyr. Le martyre de Jean est donc l'accomplissement ultime de sa mission de témoin.
Verset 7 « Ainsi, aucun don de grâce ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ. » Les chrétiens vivent dans l'attente du retour du Christ. En araméen nous avons le mot gelyānā qui veut dire révélation. En grec nous avons le mot « apokalypsis », qui ne veut pas dire « destruction » mais dévoilement, donc révélation. Lors de sa première venue, beaucoup ont vu Jésus sans reconnaître sa divinité. Lors de son retour, sa gloire sera manifeste pour tous. La « révélation » attendue est donc la manifestation universelle de ce qui est déjà vrai depuis Pâques : Jésus est Seigneur. Et, comme le dit saint Paul : « Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face » (1Co 13, 12). Ce qui changera, c'est le mode de connaissance.
Verset 8 « C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout, et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus-Christ. » Le jour du Seigneur Jésus, c’est sa Parousie, sa venue glorieuse. La persévérance des croyants ne repose pas uniquement sur leurs propres forces. C'est le Christ lui-même qui soutient ses disciples jusqu'à la fin. Paul invite ainsi les Corinthiens à placer leur confiance dans la fidélité de Dieu plutôt que dans leurs seules capacités. Ces paroles prennent un relief particulier lorsqu'on célèbre un martyr. Jean-Baptiste a tenu « jusqu'au bout » non par sa seule force, mais parce que Dieu est fidèle à celui qu'il appelle.
Verset 9 « Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur. » Les croyants sont appelés à vivre une communion profonde avec Jésus-Christ, mais aussi entre eux. Cette affirmation prépare le thème principal de la lettre : restaurer l'unité d'une communauté divisée en revenant à celui qui est la source de toute communion.
Psaume (Ps 144 (145), 2-3, 4-5, 6-7)
Chaque jour je te bénirai, je louerai ton nom toujours et à jamais. Il est grand, le Seigneur, hautement loué ; à sa grandeur, il n’est pas de limite. D’âge en âge, on vantera tes œuvres, on proclamera tes exploits. Je redirai le récit de tes merveilles, ton éclat, ta gloire et ta splendeur. On dira ta force redoutable ; je raconterai ta grandeur. On rappellera tes immenses bontés ; tous acclameront ta justice.
Dans le calendrier romain, il s’agit de l’unique saint dont on célèbre tant la naissance, le 24 juin, que la mort survenue par le martyre.
Le corps de Jean Baptiste est traditionnellement associé à Sébaste (aujourd'hui en Cisjordanie ou Samarie), la tête est vénérée en plusieurs endroits : à Sébaste bien sûr, mais aussi dans l’église Saint-Sylvestre in Capite à Rome, à Damas, et dans la cathédrale d'Amiens depuis le XIIIᵉ siècle.
En outre, de très nombreuses églises lui sont dédiées. La plus célèbre est l'Archibasilique du Latran, cathédrale de l'évêque de Rome, dont le titre complet est : Archibasilique du Très-Saint-Sauveur et des Saints Jean Baptiste et Jean l'Évangéliste.
« Les Évangiles mettent très bien en évidence son rôle en référence à Jésus. En particulier, saint Luc raconte sa naissance, sa vie dans le désert, sa prédication, et saint Marc nous parle de sa mort dramatique dans l’Évangile d’aujourd’hui. Jean-Baptiste commence sa prédication sous le règne de l’empereur Tibère, en 27-28 après Jésus Christ, et la claire invitation qu’il adresse à la foule venue l’écouter est celle de préparer le chemin pour accueillir le Seigneur, de rendre droits les sentiers tortueux de sa vie à travers une conversion radicale du cœur (cf. Lc 3, 4). Mais Jean-Baptiste ne se limite pas à prêcher la pénitence, la conversion, mais, en reconnaissant Jésus comme « l’Agneau de Dieu » venu ôter le péché du monde (Jn 1, 29), il a l’humilité profonde de montrer en Jésus le véritable Envoyé de Dieu, se mettant de côté afin que le Christ puisse grandir, être accueilli et suivi. Comme dernier acte, Jean-Baptiste témoigne par le sang de sa fidélité aux commandements de Dieu, sans céder ni faire marche arrière, en accomplissant jusqu’au bout sa mission. Saint Bède, moine du ixe siècle, dit dans ses homélies : « Saint Jean donna sa vie pour [le Christ], même si l’on ne lui ordonna pas de renier Jésus Christ, on lui ordonna uniquement de taire la vérité » (cf. Hom. 23 : ccl 122, 354). Et il ne taisait pas la vérité et ainsi, il mourut pour le Christ qui est la Vérité. Précisément pour l’amour de la vérité , il ne fit pas de compromis et n’eut pas peur d’adresser des paroles fortes à ceux qui avaient égaré la voie de Dieu.
Nous voyons cette grande figure, cette force dans la passion, dans la résistance contre les puissants. Nous nous demandons : d’où naît cette vie, cette intériorité si forte, si droite, si cohérente, consacrée de façon si totale à Dieu et à préparer la voie pour Jésus ? La réponse est simple : de la relation avec Dieu, de la prière, qui est le fil conducteur de toute son existence. Jean est le don divin longuement invoqué par ses parents, Zacharie et Elisabeth (cf. Lc 1, 13) ; un don grand, humainement impensable, car tous deux avaient un certain âge et Élisabeth était stérile (cf. Lc 1, 7) ; mais rien n’est impossible à Dieu (cf. Lc 1, 36). L’annonce de cette naissance a lieu précisément dans le lieu de la prière, au temple de Jérusalem, elle a même lieu lorsque Zacharie reçoit le grand privilège d’entrer dans le lieu le plus sacré du temple pour faire l’offrande de l’encens au Seigneur (cf. Lc 1, 8-20). La naissance de Jean-Baptiste est marquée elle aussi par la prière : le chant de joie, de louange et d’action de grâce que Zacharie élève au Seigneur et que nous récitons chaque matin dans les Laudes, le Benedictus, exalte l’action de Dieu dans l’histoire et indique de façon prophétique la mission du fils Jean : précéder le Fils de Dieu qui s’est fait chair pour lui préparer les routes (cf. Lc 1, 67-79). L’existence tout entière du Précurseur de Jésus est nourrie par la relation avec Dieu, en particulier la période passée dans des régions désertes (cf. Lc 1, 80) ; les régions désertes qui sont le lieu de la tentation, mais également le lieu où l’homme sent sa pauvreté car privé d’appuis et de sécurités matérielles, et comprend que l’unique point de référence solide demeure Dieu lui-même. Mais Jean-Baptiste n’est pas seulement un homme de prière, du contact permanent avec Dieu, mais également un guide pour cette relation. L’évangéliste Luc, en rapportant la prière que Jésus enseigne aux disciples, le « Notre Père », souligne que la demande est formulée par les disciples à travers ces paroles : ‘Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples » (cf. Lc 11, 1)’. » (Benoît XVI, Audience générale, 29 août 2012).
Le psaume 144 (145) est un hymne de louange qui prend un relief particulier pour la mémoire du martyre de saint Jean-Baptiste.
Le psalmiste commence par une décision personnelle : « Chaque jour je te bénirai » (v. 2). La louange n'est pas un élan passager mais un engagement quotidien. Jean-Baptiste a vécu cette fidélité sans compromis. Par sa prédication, son appel à la conversion et son témoignage jusqu'à la mort, il a béni le Seigneur chaque jour de son existence. Son martyre apparaît comme l'ultime acte de cette louange.
Le verset 3 proclame : « Il est grand, le Seigneur, hautement loué ; à sa grandeur, il n'est pas de limite. » Toute la mission de Jean consiste précisément à détourner les regards de lui-même pour les fixer sur Celui qui vient. « Il faut qu'il grandisse, et que moi, je diminue » (Jn 3,30) est l'écho vivant de ce verset. Le prophète ne cherche jamais sa propre gloire ; il renvoie sans cesse à la grandeur infinie de Dieu.
Les versets 4 et 5 insistent sur la transmission de la foi : « D'âge en âge, on vantera tes œuvres » (v. 4) et « Je redirai le récit de tes merveilles » (v. 5). La foi se transmet par le témoignage. Jean-Baptiste appartient à cette longue chaîne de croyants qui annoncent les œuvres de Dieu. Son ministère prépare le peuple à reconnaître Jésus comme l'Agneau de Dieu.
Enfin, les versets 6 et 7 célèbrent la puissance, la bonté et la justice de Dieu : « Je raconterai ta grandeur » (v. 6) et « On rappellera tes immenses bontés ; tous acclameront ta justice » (v. 7). Le martyre de Jean Baptiste manifeste que la justice de Dieu est plus forte que les calculs des puissants. Face à Hérode, Jean refuse de taire la vérité, convaincu que la fidélité à Dieu vaut plus que la sécurité personnelle. Son témoignage rappelle que la véritable grandeur réside dans l'obéissance à Dieu et dans la confiance en sa justice.
Ainsi, ce psaume nous invite à faire de toute notre vie une louange. Louer Dieu chaque jour, transmettre ses merveilles, annoncer sa grandeur et demeurer fidèles à sa justice, même lorsque cela exige du courage. L’exemple de saint Jean Baptiste « nous invite à ne pas faire de compromis dans notre vie avec l’amour du Christ, avec sa Parole et avec sa Vérité. Nous devons avoir le courage de laisser grandir Dieu en nous afin qu’il puisse orienter nos pensées et nos actions. Seule une vie de prière fidèle, constante et confiante nous en rendra capables ! » (Benoît XVI, Audience générale, 29 août 2012).
Évangile (Mc 6, 17-29)
« 17 Lui, en effet, Hérode, avait envoyé arrêter Jean, / et l’avait enchaîné parmi les prisonniers,
à cause d’Hérodiade, la femme de Philippe son frère, / qu’il avait prise.
18 Jean disait, en effet, / à Hérode :
‘Il ne t’est pas autorisé / de prendre la femme de ton frère !’
19 Or, elle Hérodiade, / elle le menaçait ;
elle voulait le tuer, / mais n’en était pas capable.
20 Hérode, en effet, / avait de la crainte pour Jean ;
parce qu’il savait que c’était un homme juste / et saint.
Et il le gardait / et, en beaucoup de choses, il l’écoutait ;
et il [les] mettait en pratique / et volontiers, il l’écoutait.
21 Et c’était un jour particulier, / Hérode, à l’anniversaire de sa naissance,
avait fait un festin pour ses grands, / les chiliarques[1] et les chefs de la Galilée.
22 Et la fille d’Hérodiade entra / et dansa,
et elle plut à Hérode, / ainsi qu’à ceux qui étaient attablés avec lui.
Et Hérode dit à la jeune fille :
‘Demande-moi ce que tu veux, / je te le donnerai !’
23 Et il lui jura : ‘Ce que tu demandes, / je te le donnerai !
Jusqu’à la moitié de mon royaume !’
24 Or, elle, / elle sortit,
en disant à sa mère : / ‘Que demanderai-je ?’
Et elle lui disait : / ‘La tête de Jean-Baptiste !’
25 Et, aussitôt, / elle entra, en hâte, auprès du roi.
Et elle lui disait : / ‘Je veux que, en cette heure-ci,
tu me donnes, sur un plat, / la tête de Jean-Baptiste !’
26 Et cela attrista beaucoup le roi.
Mais à cause des serments / et à cause des convives,
il ne voulut pas lui refuser.
27 Mais plutôt, aussitôt, le roi envoya un speculator[2], / et ordonna de faire venir la tête de Jean.
Et il y alla, / et coupa la tête de Jean en prison.
28 Et il la lui fit parvenir, dans un plat, / et il la donna à la jeune fille.
Et, elle, la jeune fille, / elle la donna à sa mère.
29 Et ses disciples entendirent [cela] / et ils vinrent prendre son cadavre
et le déposèrent / dans une chambre funéraire. » – Acclamons la Parole de Dieu.
Françoise Breynaert, L’évangile selon saint Marc, en lien avec le calendrier synagogal. Traduction depuis la Pshitta. Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2026.
Françoise Breynaert, L’évangile selon saint Marc, pour la proclamation orale. Traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. L’Harmattan 2026.
La mort de Jean-Baptiste
Le roi Hérode (en réalité un tétrarque) avait pris pour femme Hérodiade, la femme de son demi-frère. La Loi condamne « l’homme qui prend pour épouse la femme de son frère : c’est une souillure » (Lv 20,21). Et c’est cette loi que Jean-Baptiste rappelle (v.18). Le récit va ensuite mettre en scène plusieurs lois qui s’opposent : la loi de Dieu rappelée par Jean-Baptiste, le serment du roi ayant force de loi, et finalement la loi qu’imposent les passions humaines et la dynamique de groupe.
Marc attribue à Hérodiade la volonté de tuer Jean-Baptiste (v.19) : Hérodiade imagine qu’avec la mort du porte-parole, le commandement divin disparaîtrait, mais ce n’est là que l’œuvre de son imaginaire à elle.
Certes, en « gardant » Jean-Baptiste (v.20), Hérode le protège d’Hérodiade, mais c’est dans une prison qu’Hérode le garde (v.27). La parole du roi devrait se référer à la Parole de Dieu révélée dans les Écritures ou transmise par les prophètes. Or, alors même qu’il « avait de la crainte pour Jean » (v.20), Hérode le tient ligoté et enfermé. Bien qu’il sache que Jean-Baptiste est juste [zaddīqā] (v.20), il le tient en prison. Bien qu’il sache aussi que Jean-Baptiste est saint [qaddīšā] (v.20), c’est-à-dire participant de la sainteté de Dieu (qaddīšā est le mot actuellement utilisé dans la liturgie orientale pour le Sanctus), il le prive d’audience. La situation pourrait encore durer longtemps, mais l’arrivée des convives pour l’anniversaire d’Hérode va déclencher le dénouement.
Au banquet, la fille d’Hérodiade danse. Elle a plu à Hérode et aux aristocrates invités (v.22). En récompense, Hérode lui fait un serment à la fois vide et démesuré. Vide, car c’est à la fille d’Hérodiade de préciser l’objet du serment (v.22). Démesuré, car Hérode propose même « la moitié du royaume », comme si ce royaume était un objet en sa possession (v.23). Ce comportement est extrêmement grave parce que le serment du roi a force de loi. Hérode engage par la loi royale un désir qu’il ne maîtrise ni ne définit lui-même, celui de la fille d’Hérodiade.
L’offre d’Hérode, par son énormité, n’aide pas la jeune fille à préciser son désir. Elle en réfère à sa mère. Son désir procède donc par imitation de celui de sa mère, et, comme le dit René Girard, « l’imitateur s’enflamme du désir même qu’il emprunte, il le pousse à bout »[3]. La mère désire « la tête de Jean-Baptiste », la fille déclare : « Je veux que, en cette heure-ci, tu me donnes, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste ! » (v.25). Et c’est aussitôt, sans dialogue avec sa mère, qu’elle entre chez le roi (v.25). Et c’est encore « aussitôt » que « le roi ordonna de faire venir la tête de Jean » (v.27). Il y a un emballement et on n’a pas le temps de mettre le serment dans la perspective d’une loi supérieure ; aucun dialogue n’est possible. Entre Hérodiade et sa fille ou entre Hérode et les convives, la parole est déjà morte. D’un côté l’emprise d’une mère dominatrice, de l’autre l’emprise d’une dynamique de groupe – un groupe quasiment envoûté par une danseuse. Certes, Hérode a été « attristé » et il a pris sa décision à contrecœur, mais cette situation est le fruit d’un comportement général.
Bien que le contexte soit celui d’un repas, la tête de Jean n’est pas présentée comme un plat au menu : sur le plat, la tête est donnée à la fille qui la transmet à sa mère.
Bien que le corps soit décapité, les disciples de Jean procèdent aux funérailles (v.29).
Les modalités de la mise à mort de Jean-Baptiste sont un mauvais présage. À la loi divine a été substituée la loi des bas instincts, la dynamique de groupe et l’abus de pouvoir. Le temps de la réflexion et du dialogue a été court-circuité. On a tranché la tête de Jean parce que sa parole dérangeait, la parole de celui que l’on savait pourtant juste et saint.
Hérode « savait » que Jean-Baptiste était « juste et saint » (v.20). Il « le gardait », et le récit souligne en répétant deux fois : « il l’écoutait » (v.20), cependant, il suffit qu’une danseuse lui ait « plu » (v.22) pour qu’Hérode accepte de le mettre à mort : Hérode ne « l’écoutait » qu’à la mesure de ce qui lui plaisait ! Et rien n’indique un changement. On peut donc penser qu’Hérode garde cette disposition vis-à-vis de Jésus : il l’écouterait bien volontiers, mais seulement à la mesure de son propre contentement.
La mort de Jean marque un tournant dramatique qui vise aussi Jésus. Après le refus de la ville de Jésus (Mc 6,1-6), Nazareth, c’est désormais le refus de la Galilée en la personne de son prince.
Comme Jean a été arrêté, Jésus le sera aussi (verbe eḥad : Mc 6,17 et 14,1.44.46.49). Comme Jean a été enchaîné, Jésus le sera aussi (verbe esar : 6,17 et 15,1). Comme le projet de tuer Jean-Baptiste est retardé par Hérode qui l’écoutait volontiers (6,20), le projet de tuer Jésus sera retardé par crainte de la foule (14,2). Et comme Hérode s’est senti lié par les convives (6,26), Pilate, voulant saisir l’occasion de la coutume pour libérer Jésus, va se lier à la foule (15,15).
Que tous ces éléments nous faissent méditer et faire un bon examen de conscience.
Date de dernière mise à jour : 27/07/2026