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25 juillet St Jacques

Première lecture (2 Co 4, 7-15)
Psaume (Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6)
Première lecture (2 Co 4, 7-15)
Frères, nous portons un trésor comme dans des vases d’argile ; ainsi, on voit bien que cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et ne vient pas de nous. En toutes circonstances, nous sommes dans la détresse, mais sans être angoissés ; nous sommes déconcertés, mais non désemparés ; nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés ; terrassés, mais non pas anéantis. Toujours nous portons, dans notre corps, la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre corps. En effet, nous, les vivants, nous sommes continuellement livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre condition charnelle vouée à la mort. Ainsi la mort fait son œuvre en nous, et la vie en vous. L’Écriture dit : J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé. Et nous aussi, qui avons le même esprit de foi, nous croyons, et c’est pourquoi nous parlons. Car, nous le savons, celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus, et il nous placera près de lui avec vous. Et tout cela, c’est pour vous, afin que la grâce, plus largement répandue dans un plus grand nombre, fasse abonder l’action de grâce pour la gloire de Dieu. – Parole du Seigneur.
Quand Jésus est né, les mages sont allés à Jérusalem parler de l’astre qu’ils avaient vu, mais ni le roi Hérode, ni les scribes ne sont venus adorer Jésus à Bethléem. Plus tard, ce sont des gens simples qui sont devenus ses apôtres. Jésus les a isolés de leur famille, il les a libérés de tout attachement aux richesses, il les a remplis des trésors de sa grâce et les a rendus capables de gouverner l’Église et de guider les gens.
Nous fêtons aujourd’hui saint Jacques le majeur. Il fut appelé par Jésus au bord du lac de Galilée. Il fait partie des trois disciples qui contemplent la gloire du Christ à la Transfiguration, et qui tentent de veiller avec lui lors de son agonie à Gethsémani. « Dans un cas, dit Benoit XVI, Jacques avec les deux Apôtres fait l’expérience de la gloire du Seigneur. Il le voit, en conversation avec Moïse et Élie, il voit transparaître la splendeur divine en Jésus ; dans l’autre, il se trouve face à la souffrance et à l’humiliation, il voit de ses propres yeux comment le Fils de Dieu s’humilie, en obéissant jusqu’à la mort. La deuxième expérience constitua certainement pour lui l’occasion d’une maturation dans la foi, pour corriger l’interprétation unilatérale, triomphaliste de la première : il dut entrevoir que le Messie, attendu par le peuple juif comme un triomphateur, n’était en réalité pas seulement entouré d’honneur et de gloire, mais également de souffrances et de faiblesse. La gloire du Christ se réalise précisément dans la Croix, dans la participation à nos souffrances.
Cette maturation de la foi fut menée à bien par l’Esprit Saint lors de la Pentecôte, si bien que Jacques, lorsque vint le moment du témoignage suprême, ne recula pas. Au début des années 40 du 1er siècle, le roi Hérode Agrippa, neveu d’Hérode le Grand, comme nous l’apprend Luc, "se mit à maltraiter certains membres de l’Église. Il supprima Jacques, frère de Jean, en le faisant décapiter" (Ac 12,1-2). La concision de la nouvelle, privée de tout détail narratif, révèle, d’une part, combien il était normal pour les chrétiens de témoigner du Seigneur par leur propre vie et, de l’autre, à quel point Jacques possédait une position importante dans l’Église de Jérusalem, également en raison du rôle joué au cours de l’existence terrestre de Jésus. » (Audience générale du 21 juin 2006)
Après la mort de Jésus et sa résurrection, saint Jacques évangélise en Judée jusqu’à la dispersion provoquée par le martyre de saint Étienne, généralement situé vers 34-35, il est plausible de penser que Jacques soit alors parti en Hispanie entre 35 et 41 ou 42, obéissant à l’ordre missionnaire donné par le Christ : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,19). L’ancienne tradition espagnole place l’apôtre à Caesaraugusta, l’actuelle Saragosse, vers l’an 40. Jacques y aurait connu peu de succès apparents et aurait même traversé une période de découragement. On retrouve ici l’expérience décrite par saint Paul : « déconcertés, mais non désemparés ». Jacques est un « vase d’argile » : un apôtre choisi par le Christ, mais humainement confronté à l’échec apparent de sa mission. La tradition du Pilier présente précisément l’apôtre dans un moment de faiblesse, avant que Dieu ne lui redonne courage. Jacques découvre que l’œuvre de Dieu ne se mesure pas d’abord au nombre des conversions, mais à la fidélité du témoin.
« Frères, nous portons un trésor comme dans des vases d’argile ; ainsi, on voit bien que cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et ne vient pas de nous. » (2Co 4,7). « Nous portons un trésor », le trésor, c’est Jésus, le Christ, c’est vraiment un trésor, très précieux. Et peu après, saint Paul écrit : « Toujours nous portons, dans notre corps, la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre corps. »
La Passion de Jésus est un trésor : elle a, premièrement, procuré gloire, louange, honneur, action de grâce et réparation à la Divinité. Elle a, deuxièmement, apporté la vivification des âmes et toutes les grâces nécessaires pour atteindre la vie nouvelle.
Il est possible de participer aux souffrances de la Passion du Christ, avec les mêmes intentions que Jésus, et en épousant la forme de l’Humanité de Jésus. Et comme l’Humanité de Jésus est unie à sa Divinité, l’âme qui participe aux souffrances de Jésus est, elle aussi, en contact avec sa Divinité. Ses souffrances sont comme des clés pour ouvrir les trésors divins.
Et saint Paul écrit : « En effet, nous, les vivants, nous sommes continuellement livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre condition charnelle vouée à la mort. Ainsi la mort fait son œuvre en nous, et la vie en vous. L’Écriture dit : J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé. Et nous aussi, qui avons le même esprit de foi, nous croyons, et c’est pourquoi nous parlons.» (2Co 4,13). Saint Jacques a cru ; c’est pourquoi il a annoncé l’Évangile. Il a cru ; c’est pourquoi il a accepté de donner sa vie. Son témoignage continue encore aujourd’hui d’attirer les pèlerins vers Compostelle, signe de la fécondité d’une existence entièrement offerte au Christ.
Pour tous ceux qui ont souffert avec le Christ, une gloire particulière est réservée dans le Ciel, une gloire provenant de l’Humanité et de la Divinité du Christ, une participation à sa propre lumière et à sa propre gloire. Comme dit saint Paul : « Car, nous le savons, celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus, et il nous placera près de lui avec vous. » (v. 14).
Dieu le Père nous comble de gloire, Dieu le Saint Esprit nous comble d’amour, Dieu le Fils nous comble de ses grâces. Dieu attend des âmes qui prennent les trésors d’amour. Il veut donner, encore et encore.
« Et tout cela, c’est pour vous, afin que la grâce, plus largement répandue dans un plus grand nombre, fasse abonder l’action de grâce pour la gloire de Dieu. » (v. 15). Le fait que nous recevions beaucoup de grâce rend gloire à Dieu. Dieu est un bon Père qui se réjouit de voir ses enfants riches, beaux et en bonne santé, surtout du point du vue de la vie éternelle : riches en dons du Saint Esprit, beaux de la grâce divine et en bonne santé spirituelle.
Psaume (Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6)
« Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve ! Alors notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie. Alors on disait parmi les nations : « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! » Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête ! Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert. Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie : il s’en va, il s’en va en pleurant, il jette la semence ; il s’en vient, il s’en vient dans la joie, il rapporte les gerbes. »
Dans l’Ancien Testament, les larmes sont celles de l’exil. En 587 av. J.-C., Jérusalem est détruite, le Temple incendié et le peuple est déporté à Babylone. Puis vient le temps du retour : en 538, l’édit de Cyrus autorise les exilés à rentrer au pays. Malgré les ruines, les difficultés et les oppositions rencontrées, la reconstruction de Jérusalem et du Temple commence peu à peu. Le retour est déjà une joie : « Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve ! » Mais les gerbes rapportées ne sont pas seulement celles de la terre retrouvée ; elles sont surtout celles de la foi mûrie dans l’épreuve. L’exil a purifié Israël et approfondi sa connaissance de Dieu. Dans la précarité et le silence, le peuple a appris à s’abandonner davantage au Seigneur et à témoigner de son unicité. Comme l’annonce Isaïe : « Voici que je vais faire une chose nouvelle » (Is 43,19).
On peut ensuite mettre ce psaume sur les lèvres de Jésus au retour de mission des disciples, quand il « exulta[1] dans l’Esprit Saint » (Lc 10,21) parce que les disciples reviennent en disant que les démons leur sont soumis. Jésus y reconnaît une œuvre du Père et sa joie naît de sa communion profonde avec le Père, dans la docilité à l’Esprit Saint. « Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête ! Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert ! »
La joie de Jésus est toujours traversée par le mystère de la semence : « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul » (Jn 12,24). Jésus se sait lui-même semeur et semence, celui qui « s’en va en pleurant, portant la semence », lorsqu’il monte vers Jérusalem en sachant ce qui l’attend. « Vous aurez de la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie » (Jn 16,20). La Croix est le moment où le Christ « s’en va en pleurant », mais la Résurrection est le matin où il « s’en vient dans la joie, rapportant les gerbes », comme le dit Paul : « Christ ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis » (1 Co 15,20). La joie de Jésus n’est pas l’absence de souffrance, mais la présence du Père au cœur même de la souffrance. C’est pourquoi Jésus peut être à la fois « l’homme de douleurs » (Is 53,3) et celui qui dit : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11). « nous a été donnée l’espérance, une espérance fiable, en vertu de laquelle nous pouvons affronter notre présent » dit Benoit XVI (Spe Salvi 1). Nous pouvons nous appliquer aussi ces versets en y voyant les œuvres de miséricorde : « Ne nous lassons pas de faire le bien; en son temps viendra la récolte, si nous ne nous relâchons pas » (Ga 6,9).
On peut ainsi imaginer saint Jacques sur les routes d’Espagne en train de dire ce psaume : « Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie : il s’en va, il s’en va en pleurant, il jette la semence ; il s’en vient, il s’en vient dans la joie, il rapporte les gerbes. » En effet, Benoît XVI dit qu’une « tradition, remontant au moins à Isidore de Séville, raconte un séjour qu’il aurait fait en Espagne, pour évangéliser cette importante région de l’Empire romain. Selon une autre tradition, ce serait en revanche son corps qui aurait été transporté en Espagne, dans la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle. Comme nous le savons tous, ce lieu devint l’objet d’une grande vénération et il est encore actuellement le but de nombreux pèlerinages, non seulement en Europe, mais du monde entier. C’est ainsi que s’explique la représentation iconographique de saint Jacques tenant à la main le bâton de pèlerin et le rouleau de l’Evangile, caractéristiques de l’apôtre itinérant et consacré à l’annonce de la "bonne nouvelle" » (audience générale du 21 juin 2006)
En Espagne, on se souvient aussi de l’apôtre à Saragosse, dans la basilique El Pilar. Le « Pilar » est une colonne d’albâtre sur lequel la Vierge Marie aurait posé le pied lors d’une apparition à saint Jacques en l’an 40, c’est donc une bilocation de la mère de Jésus, venue pour réconforter Jacques et l’encourager dans une mission aride où le succès se faisait attendre. Le récit de cette apparition date du XIII° siècle, c’est assez tardif, mais les traditions orales ne sont pas négligeables, et les miracles qui ont marqué l’histoire de ce sanctuaire semblent confirmer l’origine extraordinaire de ce sanctuaire.
En 1640, un jeune homme, Miguel-Juan Pellicer di Calandra a un accident assez grave. Il doit être amputé tout près de la rotule. Il va prier avant l’intervention, et une nouvelle fois après, pour remercier d’être encore en vie. Puis, ne pouvant plus travailler, il devient mendiant… Il met sur sa cicatrice de l’huile des lampes du sanctuaire, et rentre chez lui. Deux années et cinq mois après l’amputation, après avoir prié comme à son habitude Notre Dame du Pilar, il s’endort, et le lendemain matin, il se réveille avec deux jambes ! Une enquête fut réalisée et la nouvelle du miracle se répandit[2].
Et voici un autre miracle, tout aussi étonnant : Pendant la guerre civile espagnole qui dura du 18 juillet 1936 au 1er avril 1939, la ville de Saragosse eut beaucoup à souffrir. En particulier, les communistes qui souhaitaient particulièrement détruire la basilique del Pilar envoyèrent à plusieurs reprises des bombes sur elle. Très curieusement, ces obus n’explosèrent jamais ; on peut encore les voir intacts, placés en hauteur sur les colonnes intérieures de la basilique, comme un défi, perdu d’avance, des hommes devant la puissance de Dieu.[3]
Nous pouvons alors reprendre le psaume : « Alors on disait parmi les nations : ‘Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur !’ » La joie de l’évangélisation du monde. La joie de voir l’évangile annoncé parmi toutes les nations. Les cris de joie devant les témoignages des convertis…
Enfin, le verset du psaume « Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve ! » revêt aussi un sens eschatologique, c’est-à-dire futur, quand, au temps de la Venue glorieuse du Christ, nous serons récompensés de nos efforts, comme on lit dans l’Apocalypse : « J’entendis alors une voix clamer, du trône : "Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. 4 Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé." 5 Alors, Celui qui siège sur le trône déclara: "Voici, je fais l’univers nouveau." » (Ap 21,3-5).
Évangile (Mt 20, 20-28)
- L’évangile selon saint Matthieu, pour la proclamation orale. Traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. L’Harmattan 2026.
- L’évangile selon saint Matthieu, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Traduction depuis la Pshitta. Préface Mgr Mirkis (Irak) ; Mgr Dufour (France) et Mgr Kazadi (Congo RDC). Parole et Silence, juin 2026.
20 Alors s’approcha de lui la mère des fils de Zébédée, / elle avec ses fils,
et elle se prosterna devant lui, / et lui demandait quelque chose.
21 Or, lui, il lui dit / : ‘Que veux-tu ?
Elle lui dit : / ‘Dis que siègent ces deux-ci, mes fils :
l’un à ta droite / et l’autre à ta gauche dans ton royaume !’
22 Jésus répondit / et dit :
‘Vous ne savez pas ce que vous demandez.
‘Êtes-vous capables de boire / la coupe que je vais boire ?
Ou bien d’être immergé de l’immersion / dont je suis sur le point d’être baptisé ?
Ils lui disaient : / ‘Nous en sommes capables !’
23 Il leur dit :
‘Ma coupe, / vous la boirez ;
et le baptême dont je serai baptisé, / vous en serez baptisés.
Que vous siégez à ma droite / et à ma gauche,
ce n’est pas à moi de le donner / sauf à ceux pour qui cela a été préparé par mon Père.
–––––
24 Or lorsque les dix entendirent / ils se fâchèrent contre ces deux frères-là.
25 Et Jésus les appela / et leur dit :
‘Vous le savez, les chefs des nations / sont leurs maîtres,
et leurs élites / sont dominatrices sur elles.
26 Qu’il n’en soit pas ainsi au milieu de vous,
mais qui veut, parmi vous, / être grand,
qu’il soit, pour vous, / le servant ;
27 et qui veut, parmi vous, / être le premier,
qu’il soit, pour vous, / le serviteur ;
28 de même que le Fils de l’homme / est venu
non pour être servi, / mais pour servir,
et donner sa vie en Rédemption pour beaucoup. »
Ces versets font suite à la troisième annonce de la Passion et de la Résurrection.
Mt 20,20-23. La formulation de la demande de la mère des fils de Zébédée indique qu’elle pense que ce qu’elle veut, Jésus le voudra aussi. En effet, il était normal, pour un Juif de ce temps, de désirer être associé, fût-ce dans la souffrance, à la gloire du Messie attendu. Les Juifs du temps de Jésus et les premiers chrétiens savaient mourir pour leur foi. Dans le désir de siéger à sa gauche et à sa droite, il y a l’idée que le royaume de Jésus sera institué par l’établissement de son autorité, avec des autorités qui lui seront associées et qui siègeront à ses côtés. Peut-être aussi y a-t-il l’idée de participer avec lui au jugement eschatologique, d’autant plus qu’en annonçant sa Passion, Jésus s’est présenté comme « le Fils de l’homme » (v. 18), ce qui signifie le juge eschatologique qui viendra sur les nuées du Ciel (Dn 7,13). Cependant, cette demande a quelque chose d’incongru. Comme si cette mère n’avait pas pris en compte toute la souffrance que vient d’annoncer Jésus.
Jésus calme l’ardeur de ses disciples sans les écraser. L’image de la coupe, fréquente dans l’A.T., désignait tantôt la destinée générale d’un homme, tantôt telle souffrance ou telle joie. L’image du baptême, littéralement de l’immersion, ne désignait pas non plus explicitement sa mort. Ces métaphores sont l’occasion d’apprivoiser ce qui est sur le point d’advenir. Aussi bien pour la coupe que pour le baptême, Jésus passe en premier. Et les deux frères suivront. Quant à siéger avec lui, Jésus dit que c’est un don, et on a vu que Jésus monte à Jérusalem en renonçant à prendre de lui-même ce siège d’autorité royale, il le recevra de son Père le moment venu, quand ce sera le moment de la venue glorieuse du Fils de l’homme (Dn 7,13). Et il en sera de même pour les deux frères, « ce n’est pas à moi de le donner, sauf à ceux pour qui cela a été préparé par mon Père » (Mt 20,23).
En attendant, avant d’être glorifié, Jésus sera crucifié, et à sa droite et à sa gauche, les places sont préparées pour deux bandits (Mt 27,38).
Mt 20,24-28. Les dix autres s’indignent à l’égard de Jacques et Jean (v. 24), montrant ainsi qu’ils sont, eux aussi, préoccupés des sièges, bien davantage que de comprendre l’enseignement que Jésus vient de donner.
« Qui veut, parmi vous, être grand ». Il ne s’agit pas d’une position actuelle qui devrait être abandonnée, mais d’une valeur qui est désirée. Jésus ne dit pas que les serviteurs doivent présider et commander, il dit que, quelle que soit la répartition des charges, la position dans l’organisation concrète, il s’agit d’avoir un esprit de service (v. 26-27).
Et quand, aussitôt, Jésus dit qu’il est venu pour servir (v. 28), il assume la figure du Serviteur, et du Serviteur souffrant (Is 53). Avec le titre « le Fils de l’homme » les disciples peuvent penser au juge eschatologique revenant glorieusement sur les nuées du Ciel (Dn 7,13), mais ils doivent d’abord apprendre la signification des mots de Jésus : donner sa vie « en Rédemption pour beaucoup [pūrqānā ḥlāp saggīe] » (Mt 20,28).
Le mot pūrqānā signifie rançon, rédemption. Dans le livre de l’Exode, le mot pūrqānā a le sens de rançon (Ex 21,29-30 ; Ex 30,12-13), et nous retrouvons le verbe praq, de même racine, dans le sens de sauver, délivrer : « Moïse dit au peuple : Ne craignez pas ! Tenez ferme et vous verrez ce que le Seigneur va faire pour vous sauver [praq] aujourd’hui » (Ex 14,13).
La référence au livre de l’Exode évite de donner à cette expression le sens d’une substitution qui serait extérieure et sans consistance. À Moïse qui se propose d’être effacé du livre de vie à la place de son peuple (Ex 32,32), Dieu répond : « Celui qui a péché contre moi, c’est lui que j’effacerai de mon livre » (Ex 32,33). Comme Moïse, Jésus est intervenu à notre place, mais il ne nous sauve pas sans nous. Il veut notre bonne volonté. Il n’y a pas de substitution ; l’intercession de Moïse compte, mais elle n’est pas suffisante. De même, la Rédemption de Jésus est une œuvre décisive, mais il faut la recevoir par une certaine participation à sa vie.
L’expression « pour beaucoup [ḥlāp saggīe] » (Mt 20,28) mérite aussi attention. L’Ancien Testament donnait l’image du Serviteur souffrant qui prend sur lui la faute des multitudes les rendant ainsi justes (cf. Is 53,11). On ne doit cependant pas aller dans le sens d’une substitution qui reste sans consistance : le salut ne peut se réaliser d’une manière extérieure et donc impersonnelle.
Jésus ne correspond pas au rêve trop humain d’un salut par simple substitution : Jésus est intervenu à notre place, pour nous, mais il ne nous sauve pas sans nous. Il veut notre bonne volonté. Par sa mort et par sa résurrection, une lumière descend dans les cœurs, il donne aux cœurs ouverts la paix de Dieu qui les rend féconds, la force de faire le bien et de revenir au Père. Jésus « intervient » à notre place (il intercède, souffre, pardonne, prie) mais il ne « répond » pas à notre place. Matthieu avait écrit de Jésus : « Lui, il prendra [futur du verbe nsaḇ prendre ou recevoir] nos blessures [kīḇā blessure, infirmité] et il se chargera[4] de nos maladies [kūrhānā faiblesse, maladie] » (Mt 8,17). Jésus est capable de nous prendre en lui et, en nous libérant, de nous conduire vers le salut, la Viequi est pour toujours.
Dans la dernière phrase, « le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir » (Mt 20,28), le verbe servir [šammeš] attend un complément, ce complément ne peut pas être « pour beaucoup ḥlāp saggīe », il est donc sous-entendu, c’est « mon Père », dont Jésus a parlé au v. 23. Jésus est le Rédempteur, en servant le Père, et le verbe a souvent une connotation liturgique. Le Christ entre dans sa Passion pour servir le Père, et que, sans esquiver la Passion où elle s’exprime, l’obéissance doit être vécue pour la plus grande gloire de Dieu.
Date de dernière mise à jour : 23/06/2026