24 août Saint Barthélémy (Nathanaël)

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Radio Ecclesia & Radio Fidélité Mayenne

Première lecture (Ap 21, 9b-14)

Psaume (Ps 144 (145), 10-11, 12-13ab, 17-18)

Évangile (Jn 1, 45-51)

 

Première lecture (Ap 21, 9b-14)

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui me disait : « Viens, je te montrerai la Femme, l’Épouse de l’Agneau. » En esprit, il m’emporta sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu : elle avait en elle la gloire de Dieu ; son éclat était celui d’une pierre très précieuse, comme le jaspe cristallin. Elle avait une grande et haute muraille, avec douze portes et, sur ces portes, douze anges ; des noms y étaient inscrits : ceux des douze tribus des fils d’Israël. Il y avait trois portes à l’orient, trois au nord, trois au midi, et trois à l’occident. La muraille de la ville reposait sur douze fondations portant les douze noms des douze Apôtres de l’Agneau. – Parole du Seigneur.

Saint Barthélemy, nous dit BENOÎT XVI dans son audience générale du mercredi 4 octobre 2006, « est traditionnellement identifié avec Nathanaël : un nom qui signifie "Dieu a donné". Ce Nathanaël provenait de Cana (cf. Jn 21, 2) et il est donc possible qu'il ait été témoin du grand "signe" accompli par Jésus en ce lieu (cf. Jn 2, 1-11).

L'identification des deux personnages est probablement motivée par le fait que ce Nathanaël, dans la scène de vocation rapportée par l'Évangile de Jean, est placé à côté de Philippe, c'est-à-dire à la place qu'occupe Barthélemy dans les listes des Apôtres rapportées par les autres Évangiles. Philippe avait dit à ce Nathanaël qu'il avait trouvé "Celui dont parle la loi de Moïse et les Prophètes [...] c'est Jésus fils de Joseph, de Nazareth" (Jn 1, 45). […] Nous savons qu'en réalité, Jésus n'était pas exclusivement "de Nazareth", mais qu'il était né à Bethléem (cf. Mt 2, 1; Lc 2, 4), et qu'en définitive, il venait du ciel, du Père qui est aux cieux.

Selon une information rapportée par l'historien Eusèbe au IV siècle, un certain Pantenus aurait trouvé jusqu'en Inde les signes d'une présence de Barthélemy (cf. Hist. eccl. V, 10, 3). Dans la tradition postérieure, à partir du Moyen Age, s'imposa le récit de sa mort par écorchement, qui devint ensuite très populaire.

Ses reliques sont vénérées à Rome, dans l'église qui lui est consacrée sur l'Ile Tibérine, où elles furent apportées par l'empereur allemand Otton III en l'an 983 ».

La lecture de ce passage de l’Apocalypse avec les Douze portes de la Cité sainte convient bien pour la fête de saint Barthélemy : la Cité rassemble tous ceux que les douze Apôtres ont évangélisés, assistés par les anges. Leur mission et celle de leurs successeurs ont atteint toute la terre, dans les quatre directions cardinales.

L’invitation « Viens que je te montre l’épouse ! » (Ap 21, 9), répond au chant de nombreuses foules, disant : « Réjouissons-nous et exultons, rendons-Lui gloire ! Parce que sont venues les noces de l’Agneau, et Son épouse s’est préparée ! » (Ap 19, 7 – 3e jugement ou vivification).

On peut être étonné qu’une annonce aussi belle que « Viens, je te montre la mariée, l’épouse de l’Agneau ! » (Ap 21, 9), soit prononcée par un des anges portant les sept fléaux. On est moins étonné si l’on se souvient d’une parabole de Jésus : « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils » (Mt 22, 1)… Les serviteurs disent aux invités : tout est prêt : venez à la noce. Mais les invités « n’en tinrent aucun compte » ou « ils n’y appliquèrent pas leur cœur » (Mt 22, 5), ce sont des tièdes, tout comme l’Église de Laodicée est tiède ! Certains invités vont tuer les serviteurs. Alors le roi « fit périr ces meurtriers et incendia leur ville » (Mt 22, 7), ce à quoi fait écho l’Apocalypse, quand, après s’être réjoui de la mort des deux témoins, « le dixième de la ville croula » (Ap 11, 13 – 7e trompette), ou encore, « la Grande Cité se scinda en trois parties » (Ap 16, 19 – 7e calice). Quelles sont les trois parties ? Si l’on suit la parabole, la première partie est formée des invités qui viennent aux noces, la seconde de ceux que le roi fait périr, et la troisième partie de ceux qui viennent sans avoir le vêtement des noces, ils sont jetés dans les ténèbres où il y aura des grincements de dents (Mt 22, 13), c’est-à-dire des remords (C’est ce que nous appellerions le purgatoire).

Dans mon étude Françoise BREYNAERT, L’Apocalypse revisitée. Une composition orale en filet. Imprimatur. Parole et Silence, 2022. 377 pages, je montre que la méditation en fil vertical nous évite tout contresens sur « La Cité Sainte, Jérusalem » (Ap 21, 10) : il ne s’agit pas d’une métamorphose de la capitale de l’Israël historique, il s’agit du monde. En effet, dans la perle de la 7e trompette, les cadavres des deux témoins sont exposés « sur les marchés de la grande Cité, laquelle est appelée spirituellement Sodome et Égypte, là où le Seigneur a été crucifié » (Ap 11,7-8). Dans l’Apocalypse, la grande Cité, c’est toujours Babel la grande (Ap 16, 19 ; 17, 18 ; 18, 10), or Jérusalem, « où le Seigneur a été crucifié » se superpose à elle. Autrement dit, dans l’Apocalypse, Jérusalem est le monde, de même que Babel la grande est la terre entière.

Bien qu’il y ait des milliards de chrétiens, les noms des Douze apôtres (Matthias ayant remplacé Judas) sont gardés à la mémoire et dans la Cité sainte, chacun aura un nom. Le nom implique une responsabilité, alors que l'anonymat permet au pouvoir de demeurer invisible. Le droit traditionnel rattache le pouvoir à une personne identifiable, responsable devant le bien commun. Une rupture est intervenue avec la société anonyme, née au XVIIᵉ siècle : elle a fait disparaître le véritable détenteur du pouvoir derrière des titres de propriété. L'anonymat est alors devenu le principe organisateur de l'économie, des banques centrales, et l’on peut se demander jusqu’à quel point les dirigeants politiques seraient réduits à être les représentants visibles d'intérêts anonymes, tandis que les décideurs réels demeureraient hors d'atteinte. Au contraire, dans la Cité Sainte, « la muraille de la ville reposait sur douze fondations portant les douze noms des douze Apôtres de l’Agneau »… Et il est permis de lire qu’à travers les mentions de leurs noms, ce sont les valeurs de la responsabilité dans le bien commun…

L’évangile nous présentera la première rencontre de Jésus avec Nathanaël, surnommé Barthélemy ; c’est un bon israélite « sous le figuier », c’est-à-dire circoncis et nourri de la loi de Moïse, mais il est encore limité à une espérance royaliste et nationale. Jésus lui dit :

 « À partir de maintenant, / vous verrez les Cieux ouverts,
et les anges de Dieu montant / et descendant auprès du Fils de l’homme !’» (Jn 1, 51).

Ce Fils de l’homme, c’est celui dont le prophète Daniel a prophétisé la venue sur les nuées du Ciel, afin de juger les empires (représentés par des bêtes) et d’instaurer son règne éternel (Dn 7,13). L’espérance n’est plus simplement royaliste nationale, mais mondiale, il s’agit de l’établissement du règne de Dieu sur la terre comme au ciel, avant l’Assomption dans l’éternité.

Comme saint Barthélemy, tout en aimant le pays de nos pères, ce qui est demandé par le commandement « honore ton père et ta mère » (Ex 20,12), que notre rencontre avec Jésus nous apprenne à considérer des choses plus grandes encore : Jésus est le Fils de l’homme venu apporter le salut pour tous les hommes et son règne doit s’étendre à toute la terre.

Psaume (Ps 144 (145), 10-11, 12-13ab, 17-18) 

« Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce et que tes fidèles te bénissent ! Ils diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits. Ils annonceront aux hommes tes exploits, la gloire et l'éclat de ton règne : ton règne, un règne éternel, ton empire, pour les âges des âges.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu'il fait. Il est proche de ceux qui l'invoquent, de tous ceux qui l'invoquent en vérité ».

Ce psaume est intitulé « Louange de David » et son sens historique se lit par exemple quand David adressa à Dieu un cantique pour le bénir de l’avoir délivré de tous ses ennemis (2Samuel 22).

Dans le psautier, il se situe juste avant le dernier groupe formé par les psaumes 145 à 150, souvent appelé le « Hallel final », qui célèbre la royauté universelle de Dieu et s’achève par une louange sans réserve : « Que tout être vivant chante la louange du Seigneur » (Ps 150).

Ce psaume joue ainsi un rôle de charnière : il ne regarde plus seulement l’histoire personnelle du roi ou ses combats, mais élargit la perspective à la grandeur éternelle de Dieu et à son règne sur toute la création. Dans l’organisation du Psautier, il se situe donc au moment où l’attente d’un roi humain, très présente dans les psaumes davidiques, est dépassée par la proclamation de Dieu lui-même comme Roi définitif. En la fête de saint Barthélemy, ce psaume trouve une résonance particulière, l'Apôtre dut précisément passer de l’attente d’un Messie « roi d’Israël » à la découverte de Jésus, le Fils de l’homme, dont la mission embrasse tout l’univers.

Le psalmiste commence par une louange personnelle (« Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi »), puis il élargit progressivement la louange à toutes les générations et à toutes les œuvres de Dieu. Le thème central est celui de la royauté divine : Dieu est un roi dont le règne est éternel, juste, miséricordieux et proche de ceux qui l’invoquent.

Le psaume comporte une bénédiction générale pour toutes les œuvres du Seigneur, le soleil, les étoiles, les océans, les plantes, les animaux, l’être humain. « Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce et que tes fidèles te bénissent ! »

La première vocation des apôtres est de devenir eux-mêmes une œuvre de Dieu. Saint Barthélemy, traditionnellement identifié à Nathanaël, est présenté dans l'Évangile comme « un véritable israélite, en qui il n'y a pas de ruse » (Jn 1,47). Son cœur droit devient le terrain où la grâce peut agir. Avant même que Barthélemy parle de Dieu, c'est Dieu qui parle de lui. Toute évangélisation naît de cette initiative divine : on ne témoigne vraiment du Christ que parce qu'on s'est d'abord laissé regarder et aimer par lui.

« Ils diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits. » Ces paroles décrivent admirablement la mission apostolique. Après la Pentecôte, Barthélemy devient, selon la tradition, un infatigable missionnaire, annonçant le Christ jusqu'en Orient, notamment en Arménie, où il subit le martyre. Il ne proclame pas sa propre sagesse ni ses propres succès ; il raconte les « exploits » de Dieu, c'est-à-dire les merveilles du salut accomplies dans la mort et la résurrection du Christ. Comme le rappelle Benoît XVI dans sa catéchèse consacrée à saint Barthélemy, l'apôtre est celui qui passe d'une première profession de foi – « Rabbi, tu es le Fils de Dieu » – à une découverte toujours plus profonde du mystère du Christ, car le Seigneur lui promet : « Tu verras des choses plus grandes encore. » La foi grandit à mesure que le disciple se laisse conduire vers une intelligence plus profonde de l'Évangile.

V. 13 « ton règne, un règne éternel, ton empire, pour les âges des âges » (Ps 144, 13). Le psaume célèbre la souveraineté de Dieu, mais une souveraineté qui ne s'impose pas par la force : elle rayonne par la justice, la fidélité et la proximité. En la fête de saint Barthélemy, ce psaume trouve une résonance particulière, car la mission de l'Apôtre fut précisément de faire connaître « la gloire et l'éclat » du règne de Dieu jusqu'aux confins du monde.

Nous travaillons dès maintenant au règne du Christ. Et la gloire du règne du Christ sera manifestée lors de la Parousie. La prière du Notre Père « Que ton règne vienne sur la terre comme au ciel » est une promesse.

Dans mon étude Françoise BREYNAERT, L’Apocalypse revisitée. Une composition orale en filet. Imprimatur. Parole et Silence, 2022. 377 pages. réédité en 2024 Je montre que le sixième fil vertical du filet de l’Apocalypse (c’est-à-dire une lecture transversale avec la lettre à la 6e église, 6e sceau, 6e trompette, etc.) nous conduit justement, à travers la confrontation décisive avec « le dragon, la bête et le faux prophète », à l’accomplissement du dessein Créateur représenté par la « Cité Sainte ». La parole importante est ici : « Voici, Je fais tout nouveau ! […] et le vainqueur héritera de ces [choses]-là ! Et Je serai pour lui Dieu, et il sera pour Moi fils ! » (Ap 21, 5-6)

v. 17 « Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu'il fait. » Cette fidélité de Dieu trouve un écho dans la fidélité de Barthélemy. La tradition rapporte qu'il demeura fidèle jusqu'au martyre. L'Église voit dans ce témoignage l'accomplissement des paroles du psaume : le Dieu fidèle soutient ceux qui lui demeurent fidèles jusque dans l'épreuve. La victoire du Royaume ne se mesure pas aux succès visibles, mais à la persévérance dans l'amour.

 v. 18 « Le Seigneur est proche de ceux qui l'invoquent, de tous ceux qui l'invoquent en vérité. » Jésus reconnaît précisément cette qualité chez Nathanaël. Son absence de duplicité lui permet de reconnaître rapidement le Messie. Saint Barthélemy nous rappelle ainsi que la proximité de Dieu est promise à ceux qui le cherchent avec sincérité.

Le verset 18 ne promet pas que l’épreuve disparaîtra immédiatement. Il affirme quelque chose de plus profond : dans la faillite, la maladie, le deuil, l’angoisse ou l’humiliation, Dieu n’est pas loin. Il est proche de celui qui l’invoque. Cette proximité peut être difficile à sentir lorsque tout s’effondre, mais elle ne dépend pas de notre réussite, de notre force ni même de notre capacité à bien prier. Elle commence là où une personne ose dire, avec vérité : « Seigneur, je n’en peux plus », « Aide-moi », « Je ne comprends pas », « Reste avec moi ».

« L’invoquer en vérité » ne signifie pas réciter des paroles parfaites ni avoir une foi sans faille. C’est se présenter devant Dieu sans masque. Dans l’épreuve financière, par exemple, il peut y avoir de la honte, de la colère, la peur de l’avenir, le sentiment d’avoir échoué ou d’être abandonné. Le psaume autorise à porter tout cela devant Dieu. La prière vraie n’efface pas ces sentiments : elle les dépose dans les mains de Celui qui les connaît déjà. Dieu est proche non pas seulement de la personne qui tient debout, mais aussi de celle qui tombe et qui appelle.

 « Il est proche de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité » Et l’Apocalypse transmet cette promesse finale : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux » (Ap 21,3).

Évangile (Jn 1, 45-51)

Traduction depuis l’araméen du texte liturgique de la Pshitta (imprimatur de la conférence des évêques de France) :

« 45 Et Philippe trouva / Nathanaël.
Et il lui dit :

‘Celui au sujet duquel Moïse a écrit / dans la Loi et dans les Prophètes,
nous l’avons trouvé : / c’est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth !’

46 Nathanaël lui dit : 
‘De Nazareth ? / Trouve-t-on quelque chose qui [y] soit bon ?’

Philippe lui dit :
‘Viens, / et tu verras !’

47 Et Jésus vit Nathanaël, tandis qu’il venait auprès de lui, et dit à son sujet :
‘Voici vraiment un fils d’Israël, / en qui il n’y a pas de fausseté !’

48 Nathanaël lui dit : / ‘D’où me connais-tu ?’

Jésus lui dit :
‘Avant que ne t’appelle Philippe, / tandis que tu étais sous le figuier, je t’ai vu !’

49 Nathanaël répondit / et lui dit :
‘Mon Rabbi !
C’est toi le Fils de Dieu ! / C’est toi le roi d’Israël !’

50 Jésus lui dit :
‘Parce que je t’ai dit / que je t’avais vu sous le figuier,
tu crois ?... / Tu verras de plus grandes choses que celles-ci !’ 

              51 Il lui dit :

‘Amen, Amen, / je vous [le] dis :
À partir de maintenant, / vous verrez les Cieux ouverts,
et les anges de Dieu montant / et descendant auprès du Fils de l’homme !’ »

– Acclamons la Parole de Dieu.

On se met sous le figuier pour étudier la Torah, le premier geste dans la récitation orale mime Nathanaël qui ouvre les rouleaux de la Torah pour lire. Nathanaël sera surnommé bar-tūlmay (Bartholomée, Barthélemy), que l’on pourrait dire « fils de la bibliothèque » – ṭūlmā désigne une jarre ou plutôt un grand récipient, un coffre, et, dans un usage plus tardif, le cylindre destiné à conserver des rouleaux ou des manuscrits.

Barthélemy connaît les Écritures. Par exemple, la prophétie de Daniel, au chapitre 9, annonce 70 semaines, sans dire de quoi ; 70 x 7 = 490 ans à partir de l’année de la reconstruction du Temple en 515 avant J.-C., avec une fourchette de 70 ans, nous sommes en pleine période où le Messie devrait se manifester. Or Joseph de Nazareth, descendant légitime de la tribu de David, n’avait pas restauré la royauté. Les mots de Nathanaël reflètent l’attente déçue : « De Nazareth ? Trouve-t-on quelque chose qui [y] soit bon ? » (Jn 1, 46). Puis son espoir royaliste renaît avec enthousiasme : « Mon Rabbi ! C’est toi le Fils de Dieu ! C’est toi le roi d’Israël !’» (Jn 1, 49).

Ici l’expression « Fils de Dieu » s’entend comme pour les rois d’Israël. Jésus ne le contredit pas, mais il le fait passer à une attente plus élevée, Nathanaël verra « de plus grandes choses que celles-ci ! » (Jn 1, 50).

Jésus s’identifie à Jacob lors du songe qu’il eut à Béthel. Jacob « prit une des pierres du lieu, la mit sous sa tête et dormit en ce lieu. Il eut un songe : Voilà qu’une échelle était dressée sur la terre et que son sommet atteignait le ciel, et des anges de Dieu y montaient et descendaient ! » (Gn 28, 11-12). Au minimum, Jésus veut dire ici qu’il est comme Jacob, en présence de Dieu ; et, comme un nouveau Jacob, Jésus refonde les douze tribus avec les douze apôtres qui évangéliseront les chefs-lieux puis les routes commerciales tenues par la diaspora des douze tribus. De plus, la vision de Jacob était accompagnée d’une promesse du Seigneur : « Ta descendance deviendra nombreuse comme la poussière du sol, tu déborderas à l’Occident et à l’Orient, au Septentrion et au Midi, et tous les clans de la terre se béniront par toi et par ta descendance » (Gn 28, 12-15). La descendance de Jésus, ce sera ses disciples, l’Église.

Jésus s’identifie surtout au « Fils de l’homme » que le prophète Daniel a vu venant sur les nuées du Ciel (Dn 7, 12-14). Nous voyons Jésus appeler à la conversion, et il peut paraître doux et bien peu puissant, pourtant, c’est lui le « Fils de l’homme » qui reviendra sur les nuées pour juger les empires. Oui, vraiment, c’est beaucoup plus grand que la succession dynastique attendue par Nathanaël.

Ces versets font très probablement partie du Témoignage primitif de Pierre et Jean sous les colonnades de Salomon, 6 mois après la Pentecôte et que l’on peut mettre en évidence en croisant les évangiles de Marc (Pierre) et de Jean. Il est naturel que les apôtres témoignent de la manière dont ils ont été appelés à suivre Jésus.

Les colonnades de Salomon accueillaient les circoncis et leur famille. Parmi eux, certains espèrent la restauration de la royauté en Israël, car ils n’avaient pas accepté la royauté illégitime d’Hérode. D’autres rêvent de chasser les Romains… Jésus, désormais ressuscité, les regarde et il les appelle. Vont-ils suivre Jésus comme l’avait fait Nathanaël ?

Dans l’état définitif de l’évangile de Jean, cet épisode est suivi par les noces de Cana ; et comme l’évangile est un filet d’oralité, il est possible de faire une méditation transversale, le 2e fil vertical. Nous sommes ici dans la première « perle » et le fil enseigne la grandeur de la vocation du disciple du Christ.

Jésus enseigne que la volonté du Père est une nourriture : « Ma nourriture, à moi, c’est que je fasse la volonté de celui qui m’a envoyé et que j’accomplisse son œuvre. » (Jn 4, 34, 2e perle), ce qui est aussi une leçon pour les disciples.

Dans la 4e perle, il est dit que le disciple de Jésus « trouvera la lumière de la vie » (Jn 8, 12) et deviendra un fils libre, littéralement, un fils de la liberté (Jn 8, 36).

À la Cène, Jésus dit à Philippe « Qui me voit a vu le Père ! » (Jn 14, 9 » et :

« Qui croit en moi, / ces œuvres que, moi, je fais,
lui aussi, / il [les] fera,
et de plus grandes que celles-ci, / il [en] fera –
parce que, moi, / je vais auprès du Père » (Jn 14, 12).

Ensuite, alors que Marc et Matthieu nous apprennent que, durant le procès nocturne chez Caïphe, Jésus déclare : « Et vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite de la Puissance et venant avec les nuées du ciel. Alors le grand prêtre déchira ses tuniques » (Mc 14, 62-64, cf. Mt 26, 64-66), l’évangéliste Jean suppose cet épisode déjà connu et il peut donc l’omettre, d’autant plus qu’il a déjà fait entendre cette parole de Jésus à Nathanaël :

« Amen, Amen, / je vous [le] dis :
À partir de maintenant, / vous verrez les Cieux ouverts,
et les anges de Dieu montant / et descendant auprès du Fils de l’homme !» (Jn 1, 51).

Ce Fils de l’homme, c’est celui dont le prophète Daniel a prophétisé la venue sur les nuées du Ciel, afin de juger les empires et d’instaurer son règne éternel (Dn 7,13).

Et dans la 8e perle, le Ressuscité dit à Marie Madeleine :

« Va donc auprès de mes frères / et dis-leur :
Je monte auprès de mon Père / et votre Père,
et de mon Dieu / et votre Dieu ! » (Jn 20,17). 

Puissions-nous, avec Nathanaël Barthélemy nous appuyer sur l’Écriture pour tenir ferme dans l’espérance. L’espérance parce que nous avons un Père dans les Cieux et que ce Père tient dans sa main le monde en général, et chacun de nous en particulier. Amen.

Françoise Breynaert,

L’évangile selon saint Jean, pour la proclamation orale. Traduction depuis la Pshitta.Imprimatur de la conférence des évêques de France. L’Harmattan 2026. 

 Jean, L’évangile en filet. L’oralité d’un texte à vivre. (Préface Mgr Mirkis – Irak) Editions Parole et Silence. 8 décembre 2020.

Le témoignage primitif de Pierre et Jean, Imprimatur, Préface Mgr Mirkis (Irak) Parole et Silence, Paris 2023. Ouvrage simple qui retrouve, à partir de l’exégèse d’oralité, le contenu du témoignage complémentaire de Pierre et Jean. Cet ouvrage peut renouveler la catéchèse, avec une méthode basée sur la mémorisation et les jeux d’échos.

Date de dernière mise à jour : 25/07/2026