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22 juillet Ste Marie Madeleine
Première lecture Ct 3, 1-4a OU BIEN 2 Co 5, 14-17
« Paroles de la bien-aimée. Sur mon lit, la nuit, j’ai cherché celui que mon âme désire ; je l’ai cherché ; je ne l’ai pas trouvé. Oui, je me lèverai, je tournerai dans la ville, par les rues et les places : je chercherai celui que mon âme désire ; je l’ai cherché ; je ne l’ai pas trouvé. Ils m’ont trouvée, les gardes, eux qui tournent dans la ville : « Celui que mon âme désire, l’auriez-vous vu ? » À peine les avais-je dépassés, j’ai trouvé celui que mon âme désire : je l’ai saisi et ne le lâcherai pas. » (Ct 3, 1-4a) – Parole du Seigneur.
« Frères, l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux. Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. » (2 Co 5, 14-17) – Parole du Seigneur.
Après sa conversion, comme la bien-aimée du Cantique des cantiques, Marie Madeleine cherche inlassablement celui que son âme désire : elle écoute Jésus en Galilée et, avec d’autres femmes, elle soutient Jésus et le groupe apostolique de ses ressources (Lc 8,2-3), et, courageusement, elle suit Jésus au calvaire avec la mère de Jésus et la sœur de celle-ci (Jn 19,25), et elle ne trouve la paix qu’en retrouvant le Ressuscité.
Saint Paul révèle ensuite le secret de cette quête : l’amour du Christ l’a saisie et transformée. La femme marquée par son passé devient une créature nouvelle, entièrement tournée vers son Seigneur. Sa vie n’est plus centrée sur elle-même, mais sur Jésus.
Que sainte Marie-Madeleine nous aide à situer l’amour au juste niveau : l’amour est de Dieu et il est pour Dieu.
Pour approfondir ce mystère de l’amour, la tradition spirituelle a souvent vu en Marie-Madeleine la femme des larmes (d’où l’expression : pleurer comme une Madeleine). Ses larmes sont d’abord celles du repentir, puis elles deviennent l’expression d’un amour toujours plus pur et plus ardent pour le Seigneur.
Dans son Dialogue, sainte Catherine de Sienne décrit cette progression à travers cinq sortes de larmes, jusqu’aux « larmes de feu », où l’âme, consumée par la charité, ne pleure plus tant sur son péché que sur son désir de Dieu et sur le salut des âmes.
Les premières larmes ne sont pas le signe d’une conversion. Dieu le Père explique à sainte Catherine : « Les premières sont les larmes de ceux qui se trouvent en état de mort, par le péché mortel. » (§ 90, p. 314). « Le mondain en est réduit à ces larmes de colère et de révolte, qui dessèchent l’âme et la tuent en lui ôtant la vie de la grâce, qui dessèchent aussi et consument le corps, qui aveuglent spirituellement et corporellement. » (§ 94, p. 333)[1].
« Les secondes appartiennent à ceux qui commencent à prendre conscience de leurs maux » (§ 90, p. 314). Ce sont les larmes de la conversion.
« Les troisièmes larmes sont le fait de ceux qui, délivrés de la crainte sont parvenus à l’amour et à l’espérance, en goûtant ma divine miséricorde, par l’expérience qu’ils ont de mes faveurs et des consolations spirituelles. » (§ 90, p. 315). « Oui, après que l’âme a fini de traverser la crainte pour arriver à l’amour de la vertu, elle se met à table, elle est parvenue aux troisièmes larmes. Dans son cœur, veux-je dire, elle dresse la table de la très sainte Croix, et elle y trouve servi l’aliment qui fut la nourriture de mon doux Verbe d’amour : mon honneur à moi le Père, et votre salut. Car c’est pour mon honneur et pour votre salut que le corps de mon Fils unique a été ouvert, et qu’il s’est donné pour vous en nourriture. L’âme se met donc à se nourrir de mon honneur et du salut des âmes, avec, comme condiment, la haine et la détestation du péché. » (§ 95 p. 340) « Cette peine est en même temps pour elle une cause de joie, parce qu’elle lui fournit la preuve indiscutable de son union avec Moi par la grâce. » (§ 95 p. 342)
« C’est alors qu’elle verse, tout à la fois, des larmes, d’amour pour l’union qu’elle sent en elle, et de douleur, pour mon offense et la perte du prochain. Ce sont les quatrièmes larmes ». (§ 90 p. 316). « L’âme se repose sur le sein de ma divine charité, et applique les lèvres du saint désir, sur la chair du Christ crucifié, je veux dire qu’elle s’attache à suivre ses traces et sa doctrine » (§ 96, p. 344).
« Cet état est étroitement uni au cinquième, qui est l’ultime perfection, où l’âme s’unit actuellement à Moi, en vérité, et sent croître l’ardeur du saint désir. » (§ 90, p. 316). « Ceux-là, oui, ont des larmes de feu, que pleure l’Esprit-Saint devant Moi, pour eux et pour leur prochain. Je dis [C’est Dieu le Père qui parle à sainte Catherine] que ma Charité, avec sa flamme, embrase le cœur qui offre, en ma présence, des désirs ardents, sans une larme dans les yeux. Je dis que ce sont là des larmes de feu, et je répète que ces larmes, c’est l’Esprit-Saint qui les pleure. Ceux-là, ne pouvant pleurer des yeux, m’offrent les désirs que la volonté a formés pour l’amour de moi. […] N’est-ce pas ce que voulait faire entendre le glorieux apôtre Paul, quand il disait que l’Esprit-Saint m’implorait moi le Père, pour vous, par des gémissements inénarrables (Rm 8,26) ?
Tu le vois donc bien, le fruit des larmes de feu n’est pas moindre que celui des larmes d’eau. Souvent même il est plus grand, suivant la mesure de l’amour. L’âme ne doit donc pas avoir l’esprit troublé, ni craindre d’être privée de ma présence, parce que les larmes qu’elle désire, elle ne les peut avoir de la manière qu’elle voudrait. […] Parfois, je ne consens pas à lui accorder ces larmes corporelles pour qu’elle se tienne sans cesse devant moi, en humilité et en continuelle prière avec le désir de me goûter, moi. Obtenir ce qu’elle demande ne lui serait pas d’une si grande utilité qu’elle le pense. Elle se tiendrait pour satisfaite de posséder ce qu’elle a désiré, et elle se relâcherait du sentiment et du désir qui le lui faisaient demander.
Cette privation n’est pas pour elle un amoindrissement : c’est pour son avancement, que je m’impose à moi-même, de ne pas la favoriser de ces larmes extérieures que ses yeux voudraient verser. Je lui accorde seulement les larmes intérieures, que répand un cœur tout embrasé du feu de ma divine charité. C’est moi le médecin, vous êtes les malades. C’est à moi de vous distribuer à chacun, suivant vos besoins, ce qui est nécessaire à votre salut et à l’accroissement de la perfection dans vos âmes. » (§ 91, p. 319-321).
Psaume (Ps 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 8-9)
Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres ! Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom. Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange. Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes. Mon âme s’attache à toi, ta main droite me soutient.
Dans les sources provençales, l’accent est d’abord mis sur l’ancrage historique et local de l’histoire de sainte Marie Madeleine : départ de Terre Sainte, arrivée en Provence, évangélisation, puis retrait dans la grotte de la Sainte-Baume, à environ 45 km à l’est d’Aix-en-Provence.
La grotte de la sainte Baume est maintenant un sanctuaire catholique dans une falaise à environ 950 mètres d’altitude. Depuis l’Hostellerie de la Sainte-Baume, un chemin forestier monte pendant environ 45 minutes à 1 heure jusqu’à la grotte. À quelques dizaines de kilomètres se trouve la basilique de Saint-Maximin qui conserve, selon la tradition, les reliques de sainte Marie Madeleine.
C’est Jacques de Voragine qui opère une synthèse dans la Légende dorée, en élaborant une narration continue : la traversée de la mer, la retraite dans la montagne, la vie dans la grotte, et la montée au ciel portée par les anges. La tradition locale devient un modèle universel de vie contemplative.
Dans la tradition provençale, les larmes sont liées au chemin pénitentiel initial et à la séparation du monde, puis elles s’effacent progressivement dans la contemplation silencieuse. Dans la Légende dorée, les larmes restent centrales jusqu’au bout, mais elles changent de nature : elles deviennent presque un état permanent de désir amoureux de Dieu. En commentant la 1ère lecture, nous avons découvert les 5 sortes de larmes décrites dans le Dialogue de sainte Catherine de Sienne.
Venons-en au psaume 62 (63).
Le verset 2 ouvre sur la soif fondamentale : « je te cherche dès l’aube » (v.2). L’âme est décrite comme une terre aride, image qui sera reprise par toute la tradition chrétienne pour dire l’état de l’homme séparé de Dieu. « Après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau ».
Si nous sommes tombés, puissions-nous goûter le réconfort du sacrement de la réconciliation, car la Rédemption de nos existences est toujours possible. N’ayez pas peur !
Dans la tradition provençale de la Sainte-Baume, cette soif devient concrète : Marie Madeleine est souvent décrite comme entrant dans le “désert” de la grotte comme dans l’accomplissement visible de ce verset, une terre aride devenue lieu de rencontre intérieure avec Dieu.
Le verset 3 marque un tournant : « Je t’ai contemplé au sanctuaire ». La soif devient vision. Le sanctuaire n’est pas seulement un lieu extérieur, mais c’est la présence même du Christ.
« Ton amour vaut mieux que la vie ! » (v. 4). Le psaume exprime un dépassement de la vie biologique, le passage du désir vital au désir théologal. Chez sainte Catherine de Sienne, dans les chapitres du Dialogue sur les larmes (en particulier autour des chapitres 88–93 : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Dialogue_(Hurtaud)/88), les larmes passent de la peur du châtiment à une charité brûlante et deviennent une consommation intérieure de l’âme par l’amour divin.
« Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom.» (v.5) décrit une stabilité nouvelle. Dans la Légende dorée de Jacques de Voragine, ce passage correspond symboliquement à la vie retirée de Marie Madeleine à la Sainte-Baume, où l’existence entière devient louange continue, sans interruption La grotte y est décrite comme un lieu où la vie se simplifie jusqu’à ne plus être qu’un acte de contemplation et de louange.
https://fr.wikisource.org/wiki/La_L%C3%A9gende_dor%C3%A9e/Sainte_Marie-Madeleine
« Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange. Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes. Mon âme s’attache à toi, ta main droite me soutient » (v. 6-8). Jacques de Voragine écrit : « Sainte Marie-Madeleine, désireuse de contempler les choses célestes, se retira dans une grotte de la montagne, que lui avait préparée la main des anges, et pendant trente ans elle y resta à l’insu de tous. Il n’y avait là ni cours d’eau, ni herbe, ni arbre ; ce qui signifiait que Jésus voulait nourrir la sainte des seuls mets célestes, sans lui accorder aucun des plaisirs terrestres. Mais, tous les jours, les anges relevaient dans les airs, où, pendant une heure, elle entendait leur musique ; après quoi, rassasiée de ce repas délicieux, elle redescendait dans sa grotte, sans avoir le moindre besoin d’aliments corporels ». C’est une légende ! La Légende dorée (1261-1266), Traduction par T. de Wyzewa, Perrin et Cie, 1910 p. 343.
La Sainte Baume n’est pas l’unique lieu de mémoire de sainte Marie Madeleine, il y a aussi Vézelay. La tradition de Vézelay naît très simplement d’un enjeu concret : donner à l’abbaye une origine apostolique et une grande relique capable d’attirer les pèlerins. À partir du XIe siècle, les moines diffusent un récit qui explique qu’un moine nommé Badilon aurait reçu les reliques de sainte Marie Madeleine en Provence, puis les aurait transportées jusqu’en Bourgogne pour les mettre à l’abri. Les chartes et les textes liturgiques de Vézelay insistent sur la présence du corps de la sainte dans la basilique et sur les miracles liés au sanctuaire. Cependant, au XIIIe siècle, surtout après la “découverte” des reliques en 1279 sous Charles II d’Anjou, les autorités provençales affirment que les vraies reliques de Marie Madeleine sont en Provence.
Vézelay et la Provence utilisent les mêmes éléments bibliques — la pécheresse qui pleure auprès de Jésus (Luc 7,37-38 : « Et voici une femme… se tenant derrière lui à ses pieds, en pleurs…»), celle qui annonce la résurrection aux apôtres (Jean 20,17-18 : « Marie de Magdala va annoncer aux disciples : “J’ai vu le Seigneur” »).
La Provence insiste sur un itinéraire concret : arrivée en bateau, évangélisation de Marseille, puis retraite dans la grotte de la Sainte-Baume.
À Vézelay, Marie Madeleine représente la conversion du monde entier et justifie un grand sanctuaire de pèlerinage, sur la route vers Compostelle, un grand centre spirituel tourné vers l’Europe entière.
Le message central de toutes ces traditions est que le péché est dépassé non pas par l’oubli, mais par une intensification de l’amour. Marie-Madeleine n’est plus définie par son passé, mais par la persévérance de sa recherche du Christ.
Qu’il en soit ainsi pour chacun.
Évangile (Jn 20, 1.11-18)
La traduction est tirée de : F. Breynaert, L’évangile selon saint Jean, pour la proclamation orale. Traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. L’Harmattan 2026.
1 Au premier [jour] de la semaine, donc,
Marie la Magdalène vint, au matin encore sombre, / à la chambre sépulcrale ;
et elle vit la pierre / qui était enlevée de [devant] le sépulcre.
[Ici, la liturgie interrompt le récit et ne raconte pas qu’elle « courut, vint auprès de Simon Pierre, et auprès de cet autre disciple que Jésus aimait » pour les avertir (v. 2) ; Pierre et Jean courent au tombeau et découvrent qu’il est vide, les linges étant posés, chaque chose à sa place. La liturgie reprend au verset 11 où l’on retrouve Marie Madeleine qui est donc revenue.]
11 Or Marie se tenait près du sépulcre / et pleurait.
Et, tout en pleurant, elle observa le sépulcre / 12 et vit deux anges, en blanc, qui étaient assis :
un à son chevet / et un à ses pieds,
là où avait été déposé / le corps de Jésus.
13 Et ils lui dirent :
‘Femme ! / Pourquoi pleures-tu ?’
Elle leur dit :
‘Car ils ont emporté mon Seigneur ! / Et je ne sais pas où ils l’ont déposé !’
14 Elle dit cela / et tourna sa face en arrière d’elle,
et elle vit Jésus qui se tenait debout, / et elle ne savait pas que c’était Jésus.
15 Jésus lui dit : / ‘Femme !
Pourquoi pleures-tu ? / Et qui cherches-tu ?’
Or, elle, elle s’imagina / que c’était le jardinier,
et elle lui dit : / ‘Mon Seigneur !
Si c’est toi qui l’as emporté, / dis-moi où tu l’as déposé, que j’aille l’emporter !’
16 Jésus lui dit : / ‘Marie !’
Elle fit face et lui dit en hébreu : / ‘Rabbouli !’
C’est-à-dire : / ‘Docteur !’
17 Jésus lui dit :
‘Ne t’approche pas de moi ! / Je ne suis pas encore monté auprès de mon Père !
Va donc auprès de mes frères / et dis-leur :
Je monte auprès de mon Père / et votre Père,
et de mon Dieu / et votre Dieu !’[2]
&
18 Alors, / Marie la Magdalène vint,
et elle annonça aux disciples qu’elle avait vu notre Seigneur / et qu’il lui avait dit ces choses-là. » – Acclamons la Parole de Dieu.
Commençons par un commentaire simple, extrait de : Françoise Breynaert, Le témoignage primitif de Pierre et Jean. Imprimatur (Paris). (Préface Mgr Mirkis – Irak) Parole et Silence, Paris 2023.
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin. Or le tombeau est ouvert, la pierre a été roulée. Marie Madeleine court : la profanation du corps de Jésus serait épouvantable ! Elle va prévenir « Simon-Pierre » : il est le chef qui doit prendre des mesures pour retrouver le corps de Jésus. Elle prévient en même temps l’autre disciple (Jean) qui est appelé le disciple bien-aimé et qui devrait mieux comprendre.
Une femme seule n’aurait pas pu rouler la pierre d’une tonne, ni même ouvrir les scellés (de chaux ou de mortier) qui avaient été posés. Que, parmi les disciples, la découverte du tombeau ouvert ait été faite par une femme seule est un argument juridique pour Pierre et Jean témoignant sous les colonnades de Salomon (avant leur premier procès !).
Puis Marie Madeleine revient au tombeau.
1] Jn 20,11-15 Elle continue d’imaginer que le corps de Jésus aurait été enlevé, et elle craint que dans l’intervalle le corps ne soit profané. Elle devrait pourtant savoir par Pierre et Jean que le linceul est posé, à sa place : le corps de Jésus n’a donc pas été enlevé, et il ne va pas non plus revivre à la manière de son frère Lazare. Elle ne se montre pas très rationnelle. Cependant, elle va pouvoir accéder à la foi parce que son esprit est éveillé.Tout en pleurant, elle observa le sépulcre et vit deux anges, en blanc, qui étaient assis :
« Un à son chevet / et un à ses pieds,
là où avait été déposé / le corps de Jésus » (Jn 20,12).
Ces deux anges peuvent rappeler les deux chérubins sur le propitiatoire de l’arche d’Alliance. L’arche d’Alliance contenait la manne, on pense alors au Pain de Vie, l’Eucharistie, qui n’aurait aucun sens si Jésus n’était pas ressuscité, vivant.
De plus, au Yom Kippour, le Grand-Prêtre pénétrait dans le Saint des Saints et obtenait au peuple le pardon de ses péchés en aspergeant le propitiatoire avec le sang du sacrifice : chargé des péchés du peuple, ce sang « touchait » en quelque sorte la divinité présente entre les ailes des deux chérubins. Ce rite est accompli par le Christ qui verse son propre sang et dont la Résurrection offre le pardon, quand Jésus Ressuscité dit aux apôtres :
« Recevez / l’Esprit Saint !
Si vous remettez les péchés à quelqu’un, / ils lui seront remis.
Si vous retenez [ceux] de quelqu’un, / ils sont retenus » (Jn 20,22-23).
2] Jn 20,16-17. Marie Madeleine tourne sa face en arrière, sans doute en suivant le regard souriant des anges. Pour elle, Jésus est à contre-jour, et elle ne le reconnaît pas tout de suite, mais seulement quand elle entend sa voix.
Elle est appelée ‘Femme’, comme l’épouse du Cantique des Cantiques qui cherche le Bien-aimé (rappelons-nous la première lecture). Elle habite spirituellement le Saint des Saints, l’intérieur de l’intérieur où l’être humain peut entendre Dieu, et où Dieu peut instaurer une nouveauté : les deux anges (Jn 20,12) évoquent les deux chérubins sur le propitiatoire de l’arche d’Alliance, dans le Saint des Saints. Lorsque le Seigneur avait demandé à Moïse de construire l’arche d’Alliance, il avait précisé : « Tu feras aussi un propitiatoire [le couvercle] d’or pur, […] Tu feras deux chérubins d’or repoussé, tu les feras aux deux extrémités du propitiatoire. […] C’est de sur le propitiatoire, d’entre les deux chérubins qui sont sur l’arche du Témoignage, que je te donnerai mes ordres pour les Israélites » (Ex 25,17-22). C’est donc le lieu où l’on parle avec Dieu le Créateur, notre Père.
Marie Madeleine dit alors : « Rabbouli ! » Mgr Mirkis explique dans sa préface de Françoise Breynaert, Jean, L’évangile en filet. L’oralité d’un texte à vivre, Parole et Silence. 8 décembre 2020, que c’est une expression affectueuse, « mon maître chéri ». Elle veut retenir Jésus, peut-être désire-t-elle l’amener rassurer la Vierge Marie. Jésus refuse. Il explique : « Je ne suis pas encore monté auprès de mon Père ! ». Et il l’envoie annoncer aux disciples : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ».
La parole de Jésus donne un premier enseignement. La résurrection renverse le jugement qui avait été fait contre Jésus. Non, il n’a pas blasphémé et ne méritait pas la mort pour avoir blasphémé. Il ne s’est pas fait Dieu à la manière des païens, il est le Fils de Dieu envoyé du Père et il remonte vers le Père. Il ne conduit pas à l’idolâtrie, mais à l’adoration de Dieu.
3] Jn 20,18 : Marie Madeleine annonce aux disciples son apparition : c’est elle l’apôtre de la résurrection !
L’évangile selon saint Jean est aussi un filet d’oralité, c’est-à-dire que l’on peut méditer cet épisode, appelons la perle 8 du fil transversal B en lien avec la perle 4B : Jn 8,12-59 où Jésus déclare qu’il est la lumière du monde. Grâce à cette lumière, l’homme est vraiment libre parce qu’il pose des choix éclairés. Aux Juifs qui crurent en lui, Jésus dit : « la vérité vous libérera » (Jn 8,32). Et il révèle aux disciples la source de l’aliénation : c’est le diable, le père du mensonge (Jn 8,44), l’archétype de l’autoréférence, et il est nécessaire que Jésus en libère : « Si, par conséquent, lui qui est le Fils, vous libère, vous serez vraiment des fils de la liberté ! » (Jn 8,36).
Dans l’épisode que nous avons entendu, le Ressuscité libère Marie-Madeleine de sa tristesse. Puis il désigne son Père comme étant aussi le Père des disciples : les disciples sont donc devenus les fils libres comme Jésus l’avait annoncé (Jn 8,36) ! Désormais l’œuvre de libération du monde pourra être remise entre leurs mains.
Françoise Breynaert
[1] Le Dialogue de Sainte Catherine de Sienne, Traduction par Hurtaud.
Lethielleux, 1913 https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Dialogue_(Hurtaud)/90
[2] Geste de la main droite, la paume vers le haut.
Date de dernière mise à jour : 22/06/2026