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2 novembre Les Défunts

Podcast sur : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#
Première lecture (Sg 3, 1-6.9)
Psaume (26 (27), 1, 4, 7-9a, 13-14)
Deuxième lecture (1 Co 15, 51-57)
Première lecture (Sg 3, 1-6.9)
Les âmes des justes sont dans la main de Dieu ; aucun tourment n’a de prise sur eux. Aux yeux de l’insensé, ils ont paru mourir ; leur départ est compris comme un malheur, et leur éloignement, comme une fin : mais ils sont dans la paix. Au regard des hommes, ils ont subi un châtiment, mais l’espérance de l’immortalité les comblait. Après de faibles peines, de grands bienfaits les attendent, car Dieu les a mis à l’épreuve et trouvés dignes de lui. Comme l’or au creuset, il les a éprouvés ; comme une offrande parfaite, il les accueille. Au temps de sa visite, ils resplendiront : comme l’étincelle qui court sur la paille, ils avancent. Ils jugeront les nations, ils auront pouvoir sur les peuples, et le Seigneur régnera sur eux pour les siècles. Qui met en lui sa foi comprendra la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront, dans l’amour, près de lui. Pour ses amis, grâce et miséricorde : il visitera ses élus. – Parole du Seigneur.
Le livre de la Sagesse oppose le discours du sage et les raisonnements pervers des méchants (Sg 2,1-20) qui « appellent la mort du geste et de la voix » (Sg 1,16), parce que - ayant conclu un pacte avec la mort (Sg 1,16) - au lieu d’orienter le désir vers l’immortalité promise par Dieu (Sg 2,22-23), ils veulent entraîner les hommes dans l’ivresse éphémère du plaisir dissolu (Sg 2,5-9).
Les impies - qui ne supportent pas le juste qui « leur reproche leurs manquements à la Loi » (Sg 2,12) - agissent contre lui, avec « violence et tourments », en mettant à « l’épreuve » sa foi en Dieu Père (Sg 2,16). En réalité, c’est le Seigneur qui « éprouve » ainsi ses élus, les testant comme « l’or au creuset » (Sg 3,5-6), afin de les trouver dignes d’un prix éternel (Sg 3,7-9 ; 5,15-16).
Le passage que nous avons entendu nous parle des défunts : les âmes des justes sont dans la main de Dieu, elles sont donc vivantes et vivifiées par Dieu.
Ouvrons le catéchisme de l’Église catholique : « L’Église enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu (cf. Pie XII, enc. "Humani generis", 1950: DS 3896 SPF 8) - elle n’est pas "produite" par les parents -, et qu’elle est immortelle (cf. Cc. Latran V en 1513: DS 1440): elle ne périt pas lors de sa séparation du corps dans la mort, et elle s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale. » (CEC 366)
« Dans la mort, séparation de l’âme et du corps, le corps de l’homme tombe dans la corruption, alors que son âme va à la rencontre de Dieu, tout en demeurant en attente d’être réunie à son corps glorifié. Dieu dans sa toute-puissance rendra définitivement la vie incorruptible à nos corps en les unissant à nos âmes, par la vertu de la Résurrection de Jésus. » (CEC 996) « Qui ressuscitera? Tous les hommes qui sont morts : "ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal, pour la damnation" (Jn 5,29 cf. Da 12,2). » (CEC 997)
Dans l’Ancien Testament, on connaissait déjà la prière « pour les morts afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés » (2 Mac 12,45), ce qui ne s’explique que dans la perspective d’un « purgatoire » (ce mot n’existait pas) considéré comme un parvis du Ciel. Il est écrit : « Car, s’il [Judas Maccabée] n’avait pas espéré que les soldats tombés dussent ressusciter, il était superflu et sot de prier pour les morts, et s’il envisageait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui s’endorment dans la piété, c’était là une pensée sainte et pieuse. Voilà pourquoi il fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché » (2M 12, 44-45).
Lorsque Jésus enseigne que le mauvais serviteur et le serviteur indolent iront là où « seront les pleurs et les grincements de dents » (Mt 24, 51 ; Mt 25, 30), ou quand les vierges folles de la parabole ne peuvent pas entrer dans la salle des noces (Mt 25, 12-13), (Mt 25, 12-13), on peut remarquer que Jésus ne parle pas du feu de la Géhenne, donc il ne s’agit sans doute pas de l’enfer, mais d’un lieu de douleur, de manque, de profond remord et repentir : c’est ce que l’Église appellera le « purgatoire ».
Saint Cyrille de Jérusalem (315-386) enseignait aux catéchumènes et parlait des Messes pour les défunts : « Nous adressons à Dieu nos prières pour les défunts, quoiqu’ils aient été pécheurs, en Lui offrant Jésus-Christ même, qui a été immolé pour nos péchés, afin que Celui qui est plein de bonté et de miséricorde leur devienne favorable ainsi qu’à nous… Que les âmes des défunts sont extrêmement soulagées par cet auguste sacrifice qu’on offre pour elles sur l’autel ! » (Catéchèses mystagogiques, 5)…
Saint Athanase d’Alexandrie (295-373) écrit : « Comme la vigne qui fleurit dans les campagnes transmet sa force et le parfum de ses fleurs jusqu’aux vins renfermés dans les caves, de sorte que ceux-ci fleurissent à leur manière, bouillonnent et s’enfuient, de même les âmes souffrantes, renfermées dans le sein de la terre, sentent le parfum de nos prières et du sacrifice que l’on offre pour elles, de sorte qu’elles sont grandement consolées et s’envolent plus tôt vers le Ciel » (Questiones ad Antiochum, quest 4).
Le livre de la Sagesse précise : « Au temps de sa visite, ils resplendiront : comme l’étincelle qui court sur la paille, ils avancent. Ils jugeront les nations, ils auront pouvoir sur les peuples, et le Seigneur régnera sur eux pour les siècles. » L’Apocalypse dit que la « Jérusalem nouvelle » descend des cieux (Ap 21, 2). Il ne s’agit pas d’une réincarnation des saints, mais de leur apparition glorieuse au côté du Christ, comme lorsque saint Paul parle « de la venue de notre Seigneur avec ses saints » (1Th 3, 13). Et même s’ils furent décapités (Ap 20, 4), ils sont « bienheureux et saints » (Ap 20, 6), et ils règneront avec le Christ, c’est-à-dire par des apparitions glorieuses, sur une terre « nouvelle » (Ap 21, 1).
Et nous achevons sur ce verset plein d’espérance : « Qui met en lui sa foi comprendra la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront, dans l’amour, près de lui. Pour ses amis, grâce et miséricorde : il visitera ses élus. » Ce verset nous parle d’attachement à Dieu et d’amour.
Saint Augustin dit que « ceux qui cherchent Dieu par l’intermédiaire des puissances qui gouvernent le monde ou les parties du monde s’en séparent et en sont jetés à une grande distance ; distance, non de lieu, mais d’affection. […] Ils aiment mieux, par orgueil, pouvoir ce que peut un ange, que d’être, par dévotion, ce qu’est un ange. Car ce n’est pas de lui-même qu’un saint tient son pouvoir, mais de celui de qui vient tout pouvoir légitime ; et il sait qu’être uni au Tout-Puissant par une pieuse volonté est le signe d’une plus grande puissance […]. Aussi le Seigneur Jésus-Christ lui-même, tout en opérant de tels prodiges, […] ne dit pas : ‘apprenez de moi que je ressuscite les morts de quatre jours’ mais bien : ‘Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur’. En effet une humilité inébranlable est plus puissante et plus sûre qu’une hauteur bouffie d’orgueil. Aussi ajoute-t-il : ‘Et vous trouverez du repos pour vos âmes’ (Mt 11,28-29) » (Saint Augustin, De Trinitate, VIII, 11).
Psaume (26 (27), 1, 4, 7-9a, 13-14)
Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ? J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour admirer le Seigneur dans sa beauté et m’attacher à son temple. Écoute, Seigneur, je t’appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! Mon cœur m’a redit ta parole : « Cherchez ma face. » C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face. Mais j’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. »
Ce psaume présente une progression intérieure très nette. Il commence par une profession de confiance extrêmement forte, puis vient le désir central du psaume : habiter auprès de Dieu et contempler sa présence. Le salut recherché n’est pas seulement la délivrance d’un danger : le désir ultime de l’orant est la présence de Dieu elle-même.
En déclarant « Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ? », le psalmiste ressemble à celui dont Jésus a dit : « celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses oeuvres sont faites en Dieu. » (Jn 3, 21).
Et ce qui est vrai durant la vie est vrai aussi à l’heure de la mort, lorsque l’âme se retrouve en pleine lumière.
Pour la personne bonne et juste, la mort ressemble à l’arrivée à la maison d’un enfant que son Père attend sur le seuil de sa maison. « J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour admirer le Seigneur dans sa beauté et m’attacher à son temple ».
Ceci étant dit, la sainteté de Dieu est telle que l’entrée dans la maison de Dieu passe par une certaine purification. Saint Paul dit : « Si l’ouvrage construit par quelqu’un résiste, celui-là recevra un salaire ; s’il est détruit par le feu, il perdra son salaire. Et lui-même sera sauvé, mais comme s’il était passé à travers un feu » (1Co 3, 12-15). Saint Grégoire de Nysse (335-395), faisant allusion à ce texte, écrit : « L’esprit sorti du corps… ne pourra devenir participant à la vie divine avant qu’un feu purifiant ait ôté les taches qui adhèrent à son âme » (Oratio de mortuis). Et Benoît XVI explique : « La rencontre avec Lui [le Christ] est l’acte décisif du Jugement. Devant son regard s’évanouit toute fausseté. C’est la rencontre avec Lui qui, en nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, vantardise vide et s’écrouler. Mais dans la souffrance de cette rencontre, où l’impur et le malsain de notre être nous apparaissent évidents, se trouve le salut. Le regard du Christ, le battement de son cœur nous guérissent grâce à une transformation assurément douloureuse, comme ‘par le feu’. Cependant, c’est une heureuse souffrance, dans laquelle le saint pouvoir de son amour nous pénètre comme une flamme, nous permettant à la fin d’être totalement nous-mêmes et par-là totalement de Dieu » (Lettre encyclique Spe Salvi, sur l’Espérance § 45-47).
Le psaume passe ainsi par une étape de supplication, quelque peu angoissée : « Écoute, Seigneur, je t’appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! Mon cœur m’a redit ta parole : ‘Cherchez ma face’. C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face » (v. 8-9).
Le deuxième commentaire de saint Augustin sur ce psaume est particulièrement émouvant : « Mon cœur m’a redit ta parole : ‘Cherchez ma face.’ C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face. » Saint Augustin : « Ce n’est point devant les hommes que j’ai prié ; mais dans le secret où vous entendez seul, mon coeur vous a dit : Je cherche une récompense, non point hors de vous, mais dans vos regards bienveillants. ‘C’est ce regard, ô mon Dieu, que je veux chercher’. Ce regard, je le chercherai sans cesse ; rien de vil ne saurait me plaire ; mon amour pour vous sera sans bornes, parce que rien ne m’est plus précieux. […] Ne m’abandonnez point, ne me méprisez point, ô Dieu, mon Sauveur. Ne méprisez point un mortel qui ose rechercher un Dieu éternel : c’est vous, ô mon Dieu, qui guérissez la plaie de mon péché. »
Ces versets du psaume peuvent aussi être la prière du défunt ou la prière de l’Église pour les défunts.
Saint Éphrem (306-373) disait dans son Testament : « Quand mon âme sera sortie de mon corps, accompagnez-la de vos prières. Chantez des psaumes et offrez le saint sacrifice pour un pauvre pécheur qui a passé sa vie avec beaucoup de vanité, et n’a rempli ses jours que d’œuvres de ténèbres. Enfin, daignez-vous souvenir de moi encore au 30e jour ; car les morts reçoivent grand secours des prières et des oblations des vivants ».
Tertullien (155-222), premier des écrivains chrétiens de langue latine, parle des sacrifices offerts pour les défunts : « Nous offrons des sacrifices pour les défunts et pour les martyrs au jour anniversaire de leur mort. La tradition approuve cette pratique qui est en vigueur, la coutume la confirme, et la foi l’observe » (De corona militis, ch 4). Tertullien dit aussi : « La marque du véritable amour d’une veuve pour son mari, c’est lorsqu’elle ne cesse de faire annuellement tout ce qu’elle peut pour adoucir ses souffrances et l’introduire dans le séjour de la lumière » (De monogamia, ch 10).
Le psaume continue en disant : « Mais j’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. »
Le deuxième commentaire de saint Augustin sur ce psaume insiste : « C’est le Tout-Puissant qui vous a promis, celui qui est fidèle par excellence, celui qui est la vérité même. ‘Attends donc le Seigneur, et travaille en homme de cœur’. Ne te laisse pas abattre, afin de n’être point avec ceux dont il est dit : ‘Malheur à ceux qui ont perdu la constance’ (Si 2,16). ‘Attends le Seigneur, agis en homme de cœur ; affermis ton âme et attends le Seigneur’. C’est par la confiance que tu posséderas le Seigneur, tu posséderas celui que tu auras attendu. »
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. » On peut aussi relier ce verset aux apparitions de Pellevoisin, récemment reconnues, et qui se résument en trois mots : « calme, confiance, courage ». Haut du formulaire
L’espérance est une force intérieure, elle est fondée sur deux choses :
Premièrement : l’expérience intérieure, à travers la prière, de la bonté du Seigneur, qui se manifeste par des consolations, des lumières, des goûts : « habiter la maison du Seigneur tous les jours de la vie » (v.4).
Deuxièmement : la connaissance de la fidélité de Dieu, depuis le récit de la Création jusqu’à l’Apocalypse, Dieu est fidèle et suffisamment puissant pour faire réussir son dessein créateur.
Deuxième lecture (1 Co 15, 51-57)
Frères, c’est un mystère que je vous annonce : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés, et cela en un instant, en un clin d’œil, quand, à la fin, la trompette retentira. Car elle retentira, et les morts ressusciteront, impérissables, et nous, nous serons transformés. Il faut en effet que cet être périssable que nous sommes revête ce qui est impérissable ; il faut que cet être mortel revête l’immortalité. Et quand cet être périssable aura revêtu ce qui est impérissable, quand cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors se réalisera la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? L’aiguillon de la mort, c’est le péché ; ce qui donne force au péché, c’est la Loi. Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ. – Parole du Seigneur.
Saint Paul dit « Nous ne mourrons pas tous » parce qu’il pense que le retour du Christ adviendra rapidement et que le temps de sa venue glorieuse, la Parousie, provoquera l’assomption de ceux qui sont sur la terre, à la rencontre des saints qui sont au Ciel. Nous savons que le retour du Christ doit attendre la manifestation de l’Antichrist pour que les conditions du jugement du monde soient réalisées, en attendant, chacun de nous connaîtra la mort. Mais, dit saint Paul, notre être mortel va revêtir « l’immortalité ». Quand ? Non pas à l’accomplissement des temps, au moment de la Parousie, mais tout-à-fait à la fin des temps, la trompette étant une image symbolique ; ce sera alors la résurrection de la chair dont l’Assomption de Marie a été une préfiguration.
Attention. L’être impérissable dont saint Paul nous parle n’est pas concomitant au corps terrestre actuel, au sens où il existerait en parallèle, comme une seconde enveloppe déjà constituée[1]. Saint Paul dit « nous, nous serons transformés. » (1Co 15,51-52), et, quelques versets plus haut, saint Paul dit que « ce qui est semé corruptible ressuscite incorruptible ; on est semé dans l’ignominie, on ressuscite dans la gloire ; on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force ; on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel » (1 Co 15,42-44) ; clairement, saint Paul indique un passage, une transformation, non une coexistence. Le corps spirituel du ressuscité n’est pas déjà là comme réalité constituée à côté du corps terrestre ; il n’est pas une sorte de double invisible que nous posséderions dès maintenant. Saint Paul insiste au contraire sur la discontinuité temporelle : « on sème » un corps, « on ressuscite » un autre, même si c’est le même sujet qui passe de l’un à l’autre.
Certes, on peut dire que le corps spirituel est d’une certaine manière anticipé dans la condition présente par le baptême et le don de l’Esprit, mais cette présence ne constitue pas encore le corps spirituel au sens plein. Celui-ci n’existe qu’au terme du processus, lorsque la vie de l’Esprit informera totalement la corporéité. Dans notre corps mortel, notre volonté apprend à s’unir à la volonté de Dieu, mais elle peut s’en séparer (le péché). Dans l’éternité, notre volonté sera devenue stable, ce qui est très différent.
Ainsi, chez Paul, le corps spirituel n’est pas concomitant au corps terrestre comme une réalité parallèle déjà donnée. Il est futur dans sa forme, tout en étant préparé dans le présent par l’Esprit. Du corps présent au corps ressuscité, c’est bien la même personne, c’est aussi le même appel de Dieu, mais il n’y a pas deux corps coexistants.
Saint Jean Chrysostome explique que la résurrection chrétienne n’est pas simplement la survie de l’âme après la mort. La mort doit perdre ce qu’elle a effectivement saisi. Le corps qui a été enseveli doit ressusciter incorruptible. Il écrit ainsi que « vaincre l’ennemi » signifie le dépouiller, et non simplement lui laisser ce qu’il avait pris. La victoire de Dieu se manifeste donc dans la récupération du corps par la résurrection (saint Jean Chrysostome, Homélies sur la première épître aux Corinthiens, homélie XLI). Ainsi, lorsque Paul dit : « Où est-elle, ô mort, ta victoire ? », Chrysostome entend quelque chose de très concret : la mort ne conservera pas éternellement les corps qu’elle a reçus.
Saint Jean Chrysostome passe alors au verset 56 : « L’aiguillon de la mort, c’est le péché ; et la force du péché, c’est la Loi. » Si le péché est « l’aiguillon » de la mort, alors la disparition du péché entraîne finalement la disparition de la mort. Chrysostome raisonne à partir du rapport entre cause et effet : « le vice étant supprimé, à bien plus forte raison la mort cessera ». Et « si le péché est une cause de mort, si le Christ est venu détruire le péché et nous en délivrer par le baptême », alors la mort ne peut plus conserver définitivement son empire (Saint Jean Chrysostome, Homélies sur la première épître aux Corinthiens, homélie XLI (44)).
Le Catéchisme de l’Église catholique dit que « par sa mort, le Christ nous libère du péché ; par sa Résurrection, il nous ouvre l’accès à une vie nouvelle ». Cette vie nouvelle consiste notamment dans « la victoire sur la mort due au péché » et dans une nouvelle participation à la grâce (CEC 654).
Ceci étant dit, corrigeons ce que l’on appelle l’hérésie de l’Apocatastase, l’erreur d’Origène au IIIe siècle, parfois répétée de nos jours et selon laquelle même Satan et les damnés finiront pas aller au Ciel. Origène abuse des textes de saint Paul lorsqu’il veut en déduire sa restauration universelle dans une logique platonicienne où « la fin est toujours semblable au commencement » (Periarchon, I, I, c 6, n°2). Cette pensée non-biblique, est une grave erreur qui forme tout un système : en effet, l’erreur sur la préexistence des âmes forme un tout cohérent avec celle de la pluralité des mondes et des épreuves successives. Plusieurs épreuves temporaires remplaceraient l’épreuve définitive. Et, pour éviter le non-sens d’une béatitude incertaine dont l’homme pourrait toujours déchoir, Origène imagine une restauration universelle, un retour de toutes les créatures raisonnables vers Dieu, Satan lui-même se convertissant, tel est le dernier mot de la théorie développée dans le Periarchon, « Dieu sera tout, non dans un petit nombre, ni dans plusieurs, mais dans tous » (I, III, c 6, n°3). « C’est à une fin unique que la bonté de Dieu ramènera toutes ses créatures par le ministère du Christ puisque ses ennemis eux-mêmes seront subjugués et soumis » (I, III, c 6, n°6). Origène ne voit pas qu’il est illogique d’imaginer qu’une grâce future pourrait convertir les damnés et les démons (apocatastase) : la grâce ultime, divine et infinie est tout entière contenue dans l’Incarnation (la naissance du Christ, sa Passion, sa résurrection).
Rappelons l’enseignement du Christ : pour qui possède le souverain bien, le mal ne saurait avoir le moindre attrait. Dans le ciel, la vision de Dieu confirme ainsi la volonté des élus dans le bien. L’enfer est un « feu éternel » (Mt 25, 41) : en enfer, ce qui empêche les damnés de se réhabiliter, c’est qu’ils n’ont plus accès à la grâce dont ils ont abusé pendant le temps de l’épreuve. Or, sans la grâce, aucun mouvement de leur cœur ne peut être méritoire ni salutaire. Leur volonté conserve à jamais la direction perverse qu’ils lui avaient donnée, parce qu’elle est privée de la seule force qui aurait pu la redresser dans le sens du bien.
Ce qui ne veut pas dire que les grands pécheurs vont enfer. Rappelez-vous le bon larron qui appelle le Christ au moment de son agonie.
Évangile (Jean 6, 37-40)
- Jean, L’Évangile en filet. L’oralité d’un texte à vivre. Préface de Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence. 8 décembre 2020. 465 pages.
- Le témoignage primitif de Pierre et Jean. Imprimatur. Préface de Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, Paris 2023.
- L’Évangile selon saint Jean, pour la proclamation orale. Traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. Préface de Mgr Mirkis (Irak), L’Harmattan 2026.
« 37 Tout un chacun que m’a donné mon Père, / viendra auprès de moi ;
et qui viendra auprès de moi, / je ne le chasserai pas au-dehors !
38 Si je suis descendu depuis les Cieux, / ce ne fut pas pour que je fasse ma volonté,
mais pour que je fasse / la volonté de celui qui m’a envoyé !
39 Or telle est / la volonté de celui qui m’a envoyé :
que de chacun qu’Il m’a donné, / je n’en perde aucun,
mais que je le remette debout, / au jour dernier !
40 Telle est, en effet, / la volonté de mon Père :
que tout un chacun qui voit le Fils / et croit en lui,
que soit pour lui / la vie qui est toujours !
Et, moi, je le remettrai debout, / au jour dernier ! »
Cette lecture nous parle de la résurrection.
Elle est très intéressante pour notre époque où l’on rêve à la Silicon Valley de réaliser une immortalité en numérisant les rayonnements magnétiques, ce qui est illusoire, car cela ne pourra jamais être une vie. La vie suppose une nouveauté, l’influx de vie venant de la relation à Dieu le Créateur, et ceux qui ont une vie eucharistique le comprennent très bien.
Pourquoi Jésus dit-il : « Tous ceux que me donne le Père viendront jusqu’à moi ; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors » ? On n’a jamais vu Jésus chasser quelqu’un ! En disant cela, Jésus annonce le salut, la rédemption du péché des origines où Adam et Éve furent chassés au-dehors du jardin. Le livre de l’Apocalypse précise qui sont ceux qui sont chassés : « Dehors les chiens, les sorciers, les impurs, les assassins, les idolâtres et tous ceux qui se plaisent à faire le mal ! » (Ap 22,13-15). Adam n’a sans doute pas pratiqué la sorcellerie, la prostitution et le meurtre, mais il en a été l’initiateur parce qu’il est devenu idolâtre et qu’il a perdu la connaissance du vrai Dieu. N’ayant ni foi, ni justice, ni connaissance de Dieu, Adam et sa femme n’ont que le vide à regarder, l’obsession de la mort. Au jardin de la Genèse, quand le tentateur dit à Éve : « vous serez comme des dieux » (Gn 3,5), il ne dévoilait rien de nouveau. Créée à son image (Gn 1,26-27), Éve se savait par nature promise à devenir comme Dieu. La tentation porte sur les moyens, non pas sur le terme. Jésus n’est pas venu chasser une seconde fois l’homme pécheur du paradis, il est venu pour sauver les hommes et leur montrer que le chemin de la participation à la vie divine est le chemin de l’union de la volonté humaine à la volonté divine :
« 38 Si je suis descendu depuis les Cieux, / ce ne fut pas pour que je fasse ma volonté,
mais pour que je fasse / la volonté de celui qui m’a envoyé ! »
Ressusciter, c’est littéralement être remis debout. Jésus dit :
« 39 Or telle est / la volonté de celui qui m’a envoyé :
que de chacun qu’Il m’a donné, / je n’en perde aucun,
mais que je le remette debout, / au jour dernier !
40 Telle est, en effet, / la volonté de mon Père :
que tout un chacun qui voit le Fils / et croit en lui,
que soit pour lui / la vie qui est toujours !
Et, moi, je le remettrai debout, / au jour dernier ! »
Le jour dernier est ici celui de la résurrection de la chair, ce qui est assez mystérieux. Il ne s’agit pas simplement des ondes diverses que l’on peut mesurer et qui pourraient être captées de manière artificielle et reproduites, non. Reproduire des vibrations, ce n’est pas une vie. La vie est toujours neuve, toujours fraîche, elle jaillit de notre union au Père par son Fils Jésus-Christ, source de la vie.
Le catéchisme de l’Église catholique enseigne :
990. « La "résurrection de la chair" signifie qu’il n’y aura pas seulement, après la mort, la vie de l’âme immortelle, mais que même nos "corps mortels" (Rm 8,11) reprendront vie. »
991. Croire en la résurrection des morts a été dès ses débuts un élément essentiel de la foi chrétienne.
992. La résurrection des morts a été révélée progressivement par Dieu à son Peuple. L’espérance en la résurrection corporelle des morts s’est imposée comme une conséquence intrinsèque de la foi en un Dieu créateur de l’homme tout entier, âme et corps. Le créateur du ciel et de la terre est aussi Celui qui maintient fidèlement son Alliance avec Abraham et sa descendance. C’est dans cette double perspective que commencera à s’exprimer la foi en la résurrection. Dans leurs épreuves, les martyrs Macchabées confessent : "Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle, nous qui mourons pour ses lois" (2M 7,9). "Mieux vaut mourir de la main des hommes en tenant de Dieu l’espoir d’être ressuscité par lui (2M 7,14 cf. 2M 7,29 Da 12,1-13)." »
993. « La foi en la résurrection repose sur la foi en Dieu qui "n’est pas un Dieu des morts, mais des vivants" (Mc 12,27). »
994. « Jésus lie la foi en la résurrection à sa propre personne : "Je suis la Résurrection et la vie" (Jn 11,25). C’est Jésus lui-même qui ressuscitera au dernier jour ceux qui auront cru en lui (cf. Jn 5,24-25 6,40) et qui auront mangé son corps et bu son sang (cf. Jn 6,54). »
1025. « Vivre au ciel c’est "être avec le Christ" (cf. Jn 14,3 Ph 1,23 1Th 4,17). Les élus vivent "en Lui", mais ils y gardent, mieux, ils y trouvent leur vraie identité, leur propre nom » (cf. Ap 2,17).
1029. « Dans la gloire du ciel, les bienheureux continuent d’accomplir avec joie la volonté de Dieu par rapport aux autres hommes et à la création toute entière. Déjà ils règnent avec le Christ ; avec Lui "ils règneront pour les siècles des siècles" (Ap 22,5 cf. Mt 25,21 25,23) ».
Enfin, la lecture que nous avons entendue fait partie du « discours du Pain de Vie » que Jésus prononça à Capharnaüm après la multiplication des pains. Elle nous invite à évoquer la pratique de la communion en viatique, considérée comme un précepte divin dès les premiers siècles : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6, 54). Le Canon 13 du premier concile œcuménique de Nicée précise que même ceux qui ont apostasié lors des persécutions doivent pouvoir bénéficier de la miséricorde de Dieu et communier dans leur mort à la Pâque du Christ : « Si quelqu’un accomplit son exode, qu’il ne soit pas privé du dernier et très nécessaire viatique » (DS 129).
Les premiers rituels du viatique (l’ordo 49) nous sont rapportés ainsi : « Dès que tu le verras approcher de la mort, il doit être communié avec le saint sacrifice, même s’il a mangé ce même jour, parce que la communion sera pour lui défenseur et aide pour la résurrection des justes. Car c’est elle qui le ressuscitera. Après que la communion a été reçue, les Passions du Seigneur doivent être lues devant le corps du malade par des prêtres ou par des diacres jusqu’à ce que l’âme sorte du corps »[2].
[1] Nous n’admettons donc pas la lecture de saint Paul de : Jean-Claude HANUS, D’un corps à l’autre : apparitions, bilocations, EMI, résurrection. Le corps spirituel mis en lumière. Paris : Éditions Grégoriennes, coll. « Le Guetteur », 2023.
[2] MARTIMORT, A.G., L’Église en prière, T. II, R. Cabié, Desclée, Paris, 1983, p. 242
Date de dernière mise à jour : 24/09/2026