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15 septembre N-D des sept douleurs

Podcast sur : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#
Radio Ecclesia & Radio Fidélité Mayenne
Première lecture (1 Tm 2, 1-8)
Psaume (Ps 27 (28), 1ab.2, 7, 8-9)
Évangile : Jn 19, 25-27 ou Lc 2, 33-35
Première lecture (1 Tm 2, 1-8)
Bien-aimé, j’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. Cette prière est bonne et agréable à Dieu notre Sauveur, car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. Aux temps fixés, il a rendu ce témoignage, pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’apôtre – je dis vrai, je ne mens pas – moi qui enseigne aux nations la foi et la vérité. Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute. – Parole du Seigneur.
Saint Paul commence par encourager à la prière universelle, puis, au centre, il parle de la connaissance de Jésus-Christ, unique médiateur, et ensuite il encourage de nouveau à la prière.
Au milieu donc, saint Paul dit que « Dieu "veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité" (1Tm 2,4), c’est-à-dire du Christ Jésus (cf. Jn 14,6). Il faut donc que le Christ soit annoncé à tous les peuples et à tous les hommes et qu’ainsi la Révélation parvienne jusqu’aux extrémités du monde » (Catéchisme de l’Église catholique § 74).
La mission de l’Église est d’annoncer l’Évangile à tous les hommes (Concile Vatican II, décret Ad gentes, 1). Ce qui a été rappelé par le pape Léon XIV aux participants à la réunion des évêques de l’Amazonie, en août 2025 à Bogotá :
« Le Saint-Père, le Pape Léon XIV, salue cordialement Votre Éminence ainsi que les participants à la réunion des évêques de l’Amazonie, qui se tient du 17 au 20 août à Bogotá.
Sa Sainteté vous remercie pour vos efforts en vue de promouvoir le bien spirituel de l’Église au bénéfice des fidèles du cher territoire amazonien et, en tenant compte de ce qui a été appris lors du Synode concernant l’écoute et la participation de toutes les vocations dans l’Église, il vous exhorte à rechercher, sur la base de l’unité et de la collégialité propre à un « organisme épiscopal » (cf. Document final du Synode spécial pour l’Amazonie, n. 115), des moyens concrets et efficaces d’aider les évêques diocésains et les vicaires apostoliques à accomplir leur mission.
À cet égard, il vous invite à garder à cœur trois dimensions interconnectées dans le travail pastoral de cette région : la mission de l’Église d’annoncer l’Évangile à tous (cf. Décret Ad gentes, n. 1), le traitement juste des peuples qui l’habitent, et la sauvegarde de la maison commune. Il est nécessaire que Jésus-Christ, en qui tout est récapitulé (cf. Éph 1,10), soit annoncé avec clarté et immense charité parmi les habitants de l’Amazonie, afin que nous nous efforcions de leur offrir avec fraîcheur et pureté le pain de la Bonne Nouvelle et la nourriture céleste de l’Eucharistie, unique moyen d’être véritablement peuple de Dieu et Corps du Christ. Dans cette mission, nous sommes animés par la certitude, confirmée par l’histoire de l’Église, que là où le nom du Christ est proclamé, l’injustice recule proportionnellement — car, comme l’affirme l’apôtre Paul, toute exploitation de l’homme par l’homme disparaît si nous sommes capables de nous accueillir mutuellement comme frères (cf. Phlm 1,16). Dans cette doctrine perpétuelle, ne sont pas moins évidents le droit et le devoir de prendre soin de la ‘maison’ que Dieu, le Père, nous a confiée comme des intendants diligents, afin que personne ne détruise inconsidérément les biens naturels qui témoignent de la bonté et de la beauté du Créateur, ni ne s’y soumette comme un esclave ou un adorateur de la nature, puisque les choses nous ont été données pour atteindre notre fin qui est de louer Dieu et ainsi obtenir le salut de nos âmes (cf. saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, n. 23).
Avec ces vœux, le Saint-Père accorde de tout cœur la bénédiction apostolique implorée, qu’il a le plaisir d’étendre à tous ceux qui sont confiés à vos soins pastoraux. »
(Télégramme du Saint-Père à S. Ém. Rév. le Card. Pedro Ricardo Barreto Jimeno, S.J., Président de la Conférence ecclésiale de l’Amazonie, Bollettino du Vatican le 18 août 2025)
Dans sa lettre à Timothée, saint Paul, à deux reprises, encourage à prier.
« Bien-aimé, j’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. »
Par de telles prières, nous nous préparons, nous formons en nous-mêmes un espace où recevoir cette tranquillité et ce calme, nous acquerrons l’amour nécessaire pour aimer le calme, nous acceptons les sacrifices qu’il faut pour posséder cette paix. Nos convoitises perdent du terrain, nous entrons dans les vues divines, nous nous disposons à faire la volonté de Dieu, à nous laisser façonner par la volonté divine. Et Dieu, se voyant prié, se prépare à son tour à nous donner cette ère de paix à laquelle nous aspirons. Prier, c’est comme envoyer de petites lettres à Dieu, des lettres qui contiennent des sollicitations, des supplications, ou encore des accords qu’on veut passer avec le Seigneur, et ce jusqu’à la dernière lettre scellant l’accord final.
« Cette prière est bonne et agréable à Dieu notre Sauveur, car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. »
Au v. 6, le grec parle d’une rançon αντιλυτρον, ce qui n’est pas très heureux car on se demande à qui Jésus paye. Le texte latin donne redemptionem (rédemption). Notons que dans la langue des apôtres, l’araméen, le mot pūrqānā (rançon, rédemption) dérive du verbe praq, délivrer, racheter. Jésus a donné sa vie pour nous délivrer de l’emprise du mal, encore faut-il le connaître et accueillir ce qu’il nous donne.
La paix sera, de manière ultime, octroyée par la venue glorieuse du Christ. Ayant jugé les ennemis de Dieu, il apportera le règne de Dieu sur la terre comme au ciel, règne heureux, car Dieu est un Dieu de Paix et de Vie. Pour obtenir ce règne, il faut déjà savoir qu’on peut l’obtenir. Qui pourrait penser à un bien, le désirer et l’aimer s’il ne sait pas qu’il peut l’obtenir ? Personne. Au contraire, quand on sait qu’on peut avoir un bien, on use de toutes sortes de méthodes et d’arrangements et on emploie les moyens qui conviennent pour l’obtenir.
« Aux temps fixés, il a rendu ce témoignage, pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’apôtre – je dis vrai, je ne mens pas – moi qui enseigne aux nations la foi et la vérité. Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute. »
Nous prions en sachant que Dieu veut donner ce règne. C’est là le fondement et l’espoir certain de l’obtenir. C’est aussi ce qui permet de procéder aux ultimes préparatifs. Rappelons que, commentant le début du « Notre Père », le catéchisme de l’Église catholique dit : « Dans la prière du Seigneur, il s’agit principalement de la venue finale du Règne de Dieu par le retour du Christ (cf. Tt 2, 13). » (CEC 2818).
Si ce règne ne devait pas venir, il aurait été inutile que Jésus enseigne une telle prière, le « Notre Père ». Et si le monde nous semble corrompu et nauséabond, souvenons-nous que Jésus ressuscita Lazare au tombeau depuis quatre jours avec une odeur putride. Dieu est assez puissant pour faire réussir son projet créateur. Il attend nos prières. Aussi pouvons-nous prier avec confiance pour la paix et la régénération de ce monde, et nous pouvons reprendre la dernière prière du livre de l’Apocalypse « Amen, viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22, 20).
Psaume (Ps 27 (28), 1ab.2, 7, 8-9)
Seigneur, mon rocher, c’est toi que j’appelle : ne reste pas sans me répondre, Entends la voix de ma prière quand je crie vers toi, quand j’élève les mains vers le Saint des Saints ! Le Seigneur est ma force et mon rempart ; à lui, mon cœur fait confiance : il m’a guéri, ma chair a refleuri, mes chants lui rendent grâce. Le Seigneur est la force de son peuple, le refuge et le salut de son messie. Sauve ton peuple, bénis ton héritage, veille sur lui, porte-le toujours.
En la mémoire de Notre-Dame des Sept Douleurs, ce psaume prend une résonance toute particulière. Marie connaît le cri de celui qui souffre et qui semble ne pas être entendu. Pourtant, au cœur même de l’épreuve, elle demeure dans une confiance inébranlable envers Dieu. Avec elle, nous apprenons à passer de la supplication à l’action de grâces : « Le Seigneur est ma force et mon rempart. » Même lorsque la douleur traverse nos vies, le Seigneur reste notre rocher, celui qui soutient, guérit et porte son peuple avec une fidélité qui ne faiblit jamais.
L’attention vers la mère du Seigneur dans le mystère de sa douleur est très ancienne (en Orient, dès l’époque patristique avec saint Éphrem et Romanos le Mélode. En Occident, avec les bénédictins de Cluny, saint Anselme, les cisterciens, les franciscains, les servites de Marie...), mais elle est entrée tardivement dans la liturgie. L’archevêque de Cologne propage la messe de la douleur de Marie en 1423. Les Servites de Marie, en 1668, obtinrent de célébrer les Sept Douleurs de la Vierge le dimanche suivant l’exaltation de la sainte Croix.
Dans sa lettre du 9 janvier 1801, le pape Pie VII écrit : « C’est assurément pour les chrétiens, un devoir envers la bienheureuse Vierge Marie, que d’honorer sans cesse avec un zèle affectueux, comme des fils de cette très douce Mère, la mémoire des douleurs si amères qu’elle supporta avec un admirable courage et une invincible constance, principalement lorsque, debout au pied de la Croix de Jésus, elle les offrit au Père éternel pour leur salut.
Qu’ils s’approprient donc le précepte donné par le saint homme Tobie à son fils au sujet de sa mère : “Vous devez vous souvenir des nombreux et grands périls qu’elle a soufferts pour vous” (Tb 4, 4).
Quel refuge, quelle consolation, ne pouvons-nous pas nous promettre et espérer de la Vierge Marie dans nos adversités, lorsque nous aurons désiré nous-mêmes spontanément de participer à ses angoisses et à ses peines !
Où trouver une aide plus efficace, pour exciter notre cœur à cette douleur si justement réclamée par Dieu pour nous faire miséricorde, que la méditation aimante et répétée des Douleurs de Marie ? »
En 1814, le pape Pie VII, qui eut beaucoup à souffrir des persécutions révolutionnaires, étendit à toute l’Église la fête des sept Douleurs.
En 1913, Pie X l’a établie - par respect du dimanche – à la date du 15 septembre, comme le rite ambrosien la célébrait déjà.
Vatican II nous parle de la présence de Marie au calvaire en ces termes : « ... Jusqu’à la croix où, non sans un dessein divin, elle était debout (cf. Jn 19,25), souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l’immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour, pour être enfin, par le même Christ Jésus mourant sur la croix, donnée comme sa Mère au disciple par ces mots : "Femme, voici ton Fils" (cf. Jn 19,26-27) » (Vatican II, Constitution dogmatique Lumen gentium 58).
La souffrance peut écraser l’homme, le détruire. Or Marie est restée debout, elle a retourné la souffrance en une offrande, en un acte d’amour : Marie « était debout » non seulement physiquement, mais dans sa foi au Fils de Dieu qui mourait.
Le concile précise qu’elle était « associée d’un cœur maternel à son sacrifice ». Marie participe aussi à l’intention de son Fils, à son intention oblative.
Il faut noter enfin que rien n’advient sans une obéissance au « dessein divin ». Aucune coopération au salut ne peut être offerte sans que le Père ne le veuille et le demande.
Marie consent « avec amour », ce qui est stupéfiant. Ce que Marie aime, c’est notre salut. C’est la foi qui coopère au salut, et la foi agit par la charité.
De plus, une dizaine d’années avant les terribles événements qui ont déstabilisé la région, à Kibého au Rwanda, le 2 mars 1982, Marie Claire Mukangango reçoit la demande de la Vierge que l’on prie le chapelet des sept douleurs avec quelques spécificités :
On commence par cette prière : « Mon Dieu, je t’offre ce Chapelet des Sept Douleurs pour ta sainte gloire et pour honorer ta Sainte Mère en méditant et en partageant sa douleur avec Elle. Je t’en supplie, donne-moi de regretter les péchés que j’ai commis, aide-moi à être doux et humble comme je le dois, afin de pouvoir obtenir toutes les indulgences qu’il contient. »
Marie demande ensuite de prononcer les paroles de l’acte de contrition pour nos péchés devant Dieu : « Seigneur, j’ai le regret de tous les péchés que j’ai commis contre Toi, car ils me jettent dans le désaccord avec Toi et ils me séparent de Toi alors que Tu me tiens en vie et que Tu viens à mon secours infiniment ; et je les regrette infiniment car ce sont eux qui ont fait tuer Jésus-Christ, ton Fils que tu aimes. Père, sauve-moi d’eux, je ne veux pas les répéter, je veux être à Toi, Amen. »
On récite ensuite trois fois le « Je vous salue Marie » et la supplication « Mère de Miséricorde, rappelez-nous tous les jours la Passion de Jésus. »
La douleur de Marie est annoncée, on récite un Notre Père, sept fois le « Je vous salue Marie » et ensuite la supplication : « Mère de Miséricorde, rappelez-nous tous les jours la Passion de Jésus. »
- Le vieillard Siméon annonce à Marie que son fils sera en butte à la contradiction. (Lc 2,33-35)
- Le massacre à Bethléem et la fuite en Égypte, la souffrance de l’exil. (Mt 2,13-15)
- La disparition de Jésus à douze ans. (Lc 2,41-52)
- Marie voit son fils chargé de la croix. (Lc 23,27)
- Marie debout au pied de la Croix. (Jn 19,25-27)
- Marie reçoit le corps inanimé de son Fils. (Jn 19,38-40)
- Marie au tombeau de Jésus. (Jn 19,41-42)
Après la septième douleur, on récite la prière de conclusion : « Reine des Martyrs, ton âme a été éprouvée dans un océan de douleurs ; je t’en supplie, en souvenir des larmes que Tu as versées pendant ce mystère, daigne m’obtenir et à tous les pécheurs une entière contrition »
Et trois fois : « Cœur profondément douloureux et Immaculé de la Vierge Marie, priez pour nous qui avons recours à vous ».
Évangile : Jn 19, 25-27 ou Lc 2, 33-35
Stabat Mater
Le Stabat Mater est une hymne latine du XIIIᵉ siècle qui médite sur la souffrance de la Vierge Marie au pied de la croix. Son titre vient des premiers mots du texte : Stabat Mater dolorosa « La Mère douloureuse se tenait debout… »
Debout, la mère des douleurs près de la croix était en pleurs quand son Fils pendait au bois.
O Mère, source de tendresse, fais-moi sentir grande tristesse pour que je pleure avec toi.
Fais que mon âme soit de feu dans l’amour du Seigneur mon Dieu : que je lui plaise avec toi.
Mère sainte, daigne imprimer les plaies de Jésus crucifié en mon cœur très fortement.
Je désire auprès de la croix me tenir, debout avec toi, dans ta plainte et ta souffrance.
Vierge des Vierges, toute pure, ne sois pas envers moi trop dure, fais que je pleure avec toi.
Du Christ fais-moi porter la mort, revivre le douloureux sort et les plaies, au fond de moi.
Fais que ses propres plaies me blessent, que la croix me donne l’ivresse du sang versé par ton Fils.
Je crains les flammes éternelles ; O Vierge, assure ma tutelle à l’heure de la justice.
O Christ, à l’heure de partir, puisse ta Mère me conduire à la palme de la victoire.
Jn 19, 25-27
« 25 Or se tenaient [là], / près de la croix de Jésus,
sa mère / et la sœur de sa mère,
et Marie, / celle de Cléopa,
et Marie, / la Magdalène.
26 Or Jésus vit sa mère / et ce disciple qu’il aimait affectueusement se tenir debout ;
et il dit à sa mère : / ‘Femme, voici ton fils !’
27 Et il dit à ce disciple : / ‘Voici ta mère !’
Et depuis cette heure-là, / ce disciple l’emmena auprès de lui » (Jn 19, 25-27).
– Acclamons la Parole de Dieu.
Dans le Témoignage primitif de Pierre et Jean, c’est-à-dire leur enseignement sous les colonnades de Salomon l’année qui a suivi la crucifixion du Christ, Pierre avait initié le témoignage sur la Passion avec la prière de Jésus unissant sa volonté à celle du Père (Mc 14, 36) ; la présence de la mère de Jésus près de la croix (Jn 19, 25) fait partie de cette volonté. Sont aussi présentes trois autres femmes : la sœur de sa mère, ET Marie de Cléopa[1], ET Marie la Magdelène, d'autres étant « à distance » (Mc 15, 40 et Mt 27, 56 ; Salomé, la mère des fils de Zébédée est la sœur (cousine) de Marie).
Jésus regarde sa mère et le disciple « bien-aimé », l’expression « talmīdā drāḥem » désigne le disciple qui transmet la fine pointe de l’enseignement de son rabbi, ses gestes et ses intonations. Jésus « dit à ce disciple : ‘voici ta mère !’ Et, depuis cette heure-là, ce disciple l’emmena auprès de lui » (Jn 19, 27) : il faut comprendre qu’il est appelé à devenir disciple auprès de la mère de Jésus.
Marie est d’abord désignée comme Mère (Jn 19, 25), elle est la mère de l’Envoyé du Père, la mère du Verbe. Ce mystère de « l’Incarnation », conduit aux « noces » de l’Alliance à la Croix. Ici, il est important que Marie soit appelée « Femme » (Jn 19, 26). En tant que Femme, elle a une vocation spécifique d’Épouse qu’aucun homme ne peut figurer liturgiquement. Puis de nouveau, Marie est « mère » (Jn 19, 27). Elle est la mère du disciple bien-aimé représentant l’apôtre prêtre, elle est aussi la mère des hommes dont elle peut prendre soin à travers une relation personnelle.
Dans l’état définitif de l’évangile de Jean, qui est un évangile en filet d’oralité, les versets que nous venons d’entendre se situent dans le même fil méditatif que la rencontre de Jésus avec Nicodème. Les paroles de Jésus « Voici ta mère » (Jn 19, 27) complètent la parole de Jésus à Nicodème : « Amen Amen, je te le dis, à moins de naître d’Eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » (Jn 3, 5).
Pour l’évangile de Jean :
Le témoignage primitif de Pierre et Jean, Imprimatur, Préface Mgr Mirkis (Irak) Parole et Silence, Paris 2023. Ouvrage simple qui retrouve, à partir de l’exégèse d’oralité, le contenu du témoignage complémentaire de Pierre et Jean. Cet ouvrage peut renouveler la catéchèse, avec une méthode basée sur la mémorisation et les jeux d’échos.
L’évangile selon saint Jean, pour la proclamation orale. Traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. L’Harmattan 2026.
Jean, L’évangile en filet. L’oralité d’un texte à vivre. (Préface Mgr Mirkis – Irak) Editions Parole et Silence. 8 décembre 2020.
Lc 2, 33-35
Françoise Breynaert, L’évangile selon saint Luc, pour la proclamation orale. Traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. L’Harmattan 2026.
Françoise Breynaert, L’évangile selon saint Luc, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Imprimatur (Paris). Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2024. (472 pages).
« 33 Joseph et sa mère, donc, / étaient stupéfaits des choses qui étaient dites sur lui.
34 Et Siméon les bénit, / et dit à Marie sa mère :
‘Voici, / celui-ci est posé :
pour la chute / et pour le relèvement de beaucoup en Israël,
et pour être un signe / de contradiction.
35 Et dans ton âme, donc, à toi, / passera un glaive ;
en sorte que se révèlent / les raisonnements des cœurs de beaucoup’. »
À deux reprises, Siméon a parlé de révélation : il a dit que Jésus est « lumière pour la révélation [racine gla] aux peuples » (Lc 2, 32) mais il est aussi question que « se révèlent [racine gla] » les raisonnements de nombreux cœurs (Lc 2, 35).
Leurs « raisonnements [racine ḥšḇ] » devraient avoir pour modèle celui de Marie qui « raisonnait [racine ḥšḇ] sur ce que signifiait » la salutation de l’ange (Lc 1, 29). Malheureusement, si certains font des raisonnements justes, guidés par l’amour de Dieu, d’autres font des calculs sordides.
Jésus sera en butte à la contradiction, et un glaive transpercera l’âme de Marie. Notons qu’en araméen, le mot « âme » représente la gorge, et que, dans la Bible, l’image du glaive est d’abord une image de la Parole de Dieu[2]. Le glaive est aussi le signe d’une séparation (Mt 10, 34-36), mais ce n’est que plus tard que la tradition chrétienne a fait le rapprochement avec la Passion. En tout cas, Marie s’entend dire que Jésus aura des opposants, et ceci par un vieillard qui multiplie les allusions au prophète Isaïe… Jésus aura le destin du Serviteur souffrant du livre d’Isaïe, un destin de souffrance et de mort (Is 53, 8-9) mais aussi de glorification et de lumière (Is 53, 10-12).
[1] Hegesippe (vers 115-180) est originaire d’Orient, probablement de Palestine, qui écrivit des "mémoires" dont Eusèbe de Césarée rapporte plusieurs extraits (Eusèbe, Histoire ecclésiastique III, 11-12 et 19-20). Hegesippe nous apprend que Cléophas est le frère de saint Joseph (ou son demi-frère). Marie (fille) de Cléophas devient Marie (l’épouse) d’Alphée, dont elle a quatre fils (Mc 6, 3). José (i.e. Joset, Joseph), l’aîné, après la mort du Christ, se retrouve héritier légitime du trône de David, mais il n’aura aucune revendication en ce sens, il gardera la maison de Nazareth. Jacques, dit le mineur, est le premier « évêque » de Jérusalem et meurt martyr. Simon, écrit Hégesippe, lui succède « parce que c’était un second cousin du Seigneur » : « second » est à comprendre en lien avec Jacques. Le dernier est Juda-Thaddée (surnom qui signifie le « chouchou »), il sera en charge de la grande communauté de la diaspora en Babylonie et sera martyrisé à Babylone. Jacques et Jude font partie des douze apôtres.
[2] Is 49, 2 ; Sg 18, 15 ; Eph 6, 17 ; Ap 1, 16
Date de dernière mise à jour : 03/08/2026