11 juillet Saint Benoît

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Première lecture (Os 11, 1-4.8c-9) 1

Psaume (Ps 79 (80), 2ac.3bc, 15bc-16) 3

Évangile (Mt 10,7-15)

 

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Première lecture (Os 11, 1-4.8c-9)

Ainsi parle le Seigneur : Oui, j’ai aimé Israël dès son enfance, et, pour le faire sortir d’Égypte, j’ai appelé mon fils. Quand je l’ai appelé, il s’est éloigné pour sacrifier aux Baals et brûler des offrandes aux idoles. C’est moi qui lui apprenais à marcher, en le soutenant de mes bras, et il n’a pas compris que je venais à son secours. Je le guidais avec humanité, par des liens d’amour ; je le traitais comme un nourrisson qu’on soulève tout contre sa joue ; je me penchais vers lui pour le faire manger. Mais ils ont refusé de revenir à moi : vais-je les livrer au châtiment ? Non ! Mon cœur se retourne contre moi ; en même temps, mes entrailles frémissent. Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car moi, je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer. – Parole du Seigneur.

Le prophète Osée exprime que Dieu n’est pas lointain, il est un Père très proche, présent dans la vie du peuple, présent dans la vie de tout homme. Dieu parle pour détourner du culte des idoles. Dieu est comme un père qui apprend à son fils à marcher, ou se penche sur pour le faire manger. Dieu est capable de punir, mais en l’occurrence, il refuse de le faire. Dieu intervient dans les situations concrètes de la vie de l’homme.

Saint Benoît que nous fêtons en ce jour était un jeune noble de Nursie en Ombrie. À 15 ans, ses parents l’envoient à Rome faire ses études, accompagné de sa nourrice. Nous ignorons combien d’années il y reste. Rome est terrible aux âmes pures : tentations charnelles, tentations intellectuelles et politiques. Saint Grégoire le grand mentionne le fait que le jeune Benoît était écoeuré par le style de vie d’un grand nombre de ses compagnons d’étude et qu’il ne voulait pas tomber dans les mêmes erreurs. Il voulait ne plaire qu’à Dieu seul ; "soli Deo placere desiderans" (Saint Grégoire le grand, II Dial. Prol. 1). On peut dire que dès sa jeunesse, saint Benoît a refusé les idoles. Il quitte Rome avant la fin de ses études et s’enfuit dans les montagnes, à Subiaco. Il quitte aussi sa vieille nourrice pour s’attacher à un ermite appelé Romain qui lui indique une grotte et qui va le nourrir pendant trois ans, en lui partageant son propre pain qu’il faisait descendre par une corde devant la grotte où vivait saint Benoît. Un matin de Pâque, un prêtre inspiré vient interrompre son jeûne et partager un repas de fête ; témoignant de cette visite, des disciples mieux intentionnés viennent rejoindre saint Benoît et une première communauté se forme à Subiaco avec Tertullius, Equitius, Maur et Placide… En l’an 529, Benoît quitta Subiaco pour s’installer à Montecassino, le Mont Cassin. À cette époque, la cime de ce mont était une sorte de panthéon païen avec un bois sacré et des autels à Apollon et Jupiter. Saint Benoît fit un carême spécial puis, le jour de Pâques, au cours d’une procession derrière la Sainte Croix du Christ, il expurgea le lieu de ses idoles. Il s’adonna alors à la conversion des populations d’alentours et dédia plusieurs moines à leur instruction (Don Louis TOSTI, Saint Benoît, éditions du Paraclet 2009).

On constate ainsi que « la vie monastique cachée a sa raison d’être, mais un monastère possède également une finalité publique dans la vie de l’Église et de la société, il doit donner de la visibilité à la foi comme force de vie. De fait, lorsque Benoît conclut sa vie terrestre le 21 mars 547, il laissa avec sa Règle et avec la famille bénédictine qu’il avait fondée un patrimoine qui a porté des fruits dans le monde entier jusqu’à aujourd’hui. » (Benoît XVI, audience du 9 avril 2008). « Dans le deuxième livre des Dialogues, le pape saint Grégoire le Grand voulut illustrer à travers l’exemple d’un homme concret - précisément saint Benoît - l’ascension au sommet de la contemplation, qui peut être réalisée par celui qui s’abandonne à Dieu. Il nous donne donc un modèle de la vie humaine comme ascension vers le sommet de la perfection. Saint Grégoire le Grand raconte également dans ce livre des Dialogues de nombreux miracles accomplis par le saint, et ici aussi il ne veut pas raconter simplement quelque chose d’étrange, mais démontrer comment Dieu, en admonestant, en aidant et aussi en punissant, intervient dans les situations concrètes de la vie de l’homme. Il veut démontrer que Dieu n’est pas une hypothèse lointaine placée à l’origine du monde, mais qu’il est présent dans la vie de l’homme, de tout homme.

Cette perspective du "biographe" s’explique également à la lumière du contexte général de son époque : entre le Ve et le VIe siècle, le monde était bouleversé par une terrible crise des valeurs et des institutions, causée par la chute de l’Empire romain, par l’invasion des nouveaux peuples et par la décadence des mœurs. En présentant saint Benoît comme un "astre lumineux", le pape saint Grégoire voulait indiquer dans cette situation terrible, précisément ici dans cette ville de Rome, l’issue de la "nuit obscure de l’histoire". De fait, l’œuvre du saint et, en particulier, sa Règle se révélèrent détentrices d’un authentique ferment spirituel qui transforma le visage de l’Europe au cours des siècles, bien au-delà des frontières de sa patrie et de son temps, suscitant après la chute de l’unité politique créée par l’Empire romain une nouvelle unité spirituelle et culturelle, celle de la foi chrétienne partagée par les peuples du continent. C’est précisément ainsi qu’est née la réalité que nous appelons "Europe". » (Benoît XVI, audience du 9 avril 2008)

La décadence et la chute de l’Empire romain, c’est loin. Mais la décadence des mœurs à notre époque est encore bien pire et l’on assiste de nos jours à la chute de ce que l’on pourrait appeler aussi un « Empire ». Bien évidemment, tout le monde ne peut pas vivre dans une grotte ni fonder un monastère. Mais nous pouvons tous fuir le mal, faire de nos maisons des lieux de vie rythmés par la prière et rayonnants de sainteté.

De nos jours, l’unité de l’Europe s’est construite sur un marché commun, donc, un ferment consumériste, l’espérance de gains matériels et financiers, des guerres pour défendre des intérêts économiques. Et trop souvent, la censure pour cacher la corruption.

Mais dans le passé, l’unité de l’Europe s’est construite par un ferment spirituel, le ferment du Christ, la Croix du Christ. L’amour du Christ et l’espérance de la vie éternelle. L’espérance du retour du Christ qui nourrit notre persévérance et notre douceur.

L’évangélisation de l’Angleterre se fit avec saint Augustin de Canterbury, qui était Prieur dans une abbaye bénédictine de Rome, et que le pape saint Grégoire le Grand choisit pour prendre la tête d’une mission chargée d’évangéliser les Anglo-Saxons. Peu après son arrivée en Angleterre, en 597, Augustin fonde une abbaye sur des terres données par le roi et commence une prédication dont les fruits seront immenses.

Parler de saint Benoît comme patron de l’Europe, c’est regarder le futur en tenant compte de ce que saint Benoît a compris : « ne plaire qu’à Dieu seul » (II Dial. Prol. 1) Notre identité n’est pas dans notre « ego », mais elle est en Dieu ; non pas un Dieu lointain, mais un Dieu Père qui a donné son Fils unique pour que nous devenions à notre tour des fils. « C’est moi qui lui apprenais à marcher, en le soutenant de mes bras, et il n’a pas compris que je venais à son secours » disait déjà le prophète Osée.

Psaume (Ps 79 (80), 2ac.3bc, 15bc-16)

Berger d’Israël, écoute, resplendis au-dessus des Kéroubim, Réveille ta vaillance et viens nous sauver. Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la, celle qu’a plantée ta main puissante, le rejeton qui te doit sa force.

Ce psaume est une prière d’intercession. Intercéder, cela signifie s’adresser à Dieu que l’on ne voit pas, mais en qui l’on croit. Dans le psaume, Dieu est appelé « berger d’Israël » et la demande est faite pour le peuple d’Israël appelé « vigne » du Seigneur, ou « rejeton » qui doit sa force au Seigneur.

Chacun de nous peut reprendre ce psaume à son propre compte. Chacun de nous est comme une vigne que le Seigneur a plantée, et combien nous sommes fragiles, ballotés, menacés. Comme on l’a dit précédemment, saint Benoît avait été envoyé à Rome pour faire des études, mais l’ambiance lui semblait si mauvaise qu’avant même la conclusion de ses études, « Benoît quitta Rome et se retira dans la solitude des montagnes à l’est de Rome. Après un premier séjour dans le village d’Effide (aujourd’hui Affile), où il s’associa pendant un certain temps à une "communauté religieuse" de moines, il devint ermite dans la proche Subiaco. Il vécut là pendant trois ans complètement seul dans une grotte qui, depuis le Haut Moyen-âge, constitue le "coeur" d’un monastère bénédictin appelé "Sacro Speco". La période à Subiaco, une période de solitude avec Dieu, fut un temps de maturation pour Benoît. [Le pape Benoît XVI explique qu’] Il dut supporter et surmonter en ce lieu les trois tentations fondamentales de chaque être humain : la tentation de l’affirmation personnelle et du désir de se placer lui-même au centre, la tentation de la sensualité et, enfin, la tentation de la colère et de la vengeance. Benoît était en effet convaincu que ce n’était qu’après avoir vaincu ces tentations qu’il aurait pu adresser aux autres une parole pouvant être utile à leur situation de besoin. Et ainsi, son âme désormais pacifiée était en mesure de contrôler pleinement les pulsions du "moi" pour être un créateur de paix autour de lui. Ce n’est qu’alors qu’il décida de fonder ses premiers monastères dans la vallée de l’Anio, près de Subiaco. » (Benoît XVI, Audience du 9 avril 2008).

Et l’histoire de l’un de ces monastères peut illustrer le psaume : « Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la, celle qu’a plantée ta main puissante, le rejeton qui te doit sa force ». En effet, les moines se plaignirent du danger de descendre les pentes très abruptes pour aller chercher de l’eau. Saint Benoît empila trois pierres près du monastère et leur dit d’aller creuser là. Et une source y jaillit… Le Seigneur protégea ainsi les moines.

Les chrétiens reprennent les psaumes non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour l’humanité entière. « Le Berger d’Israël » s’est révélé en Jésus-Christ être le bon berger qui a des « brebis qui ne sont pas de cet enclos » (Jn 10,16) et c’est à lui que nous disons : « écoute, resplendis au-dessus des Kéroubim, Réveille ta vaillance et viens nous sauver. »

C’est l’occasion de rappeler que saint Benoît eut une vision de l’unité de toutes les créatures, c’était le jour de la mort de l’évêque saint Germain. Voici le récit que nous en a laissé le pape saint Grégoire le Grand :

« Or l’homme du Seigneur Benoît, alors que les frères reposaient encore et que l’heure des vigiles approchait, avait devancé le moment de la prière nocturne : debout à la fenêtre, il priait instamment le Dieu Tout-puissant et subitement, alors qu’il regardait dans la nuit encore profonde, il vit une lumière répandue d’en-haut chasser toutes les ténèbres de la nuit et briller d’une telle splendeur qu’elle surpassait la lumière du jour elle-même, alors qu’en fait, elle rayonnait au sein des ténèbres.

3. Or dans cette contemplation, une chose tout à fait admirable s’ensuivit, car, en effet, comme lui-même l’a raconté ensuite, le monde entier, comme rassemblé sous un seul rayon de soleil, fut offert à ses yeux. Comme ce vénérable Père fixait les yeux avec intensité sur la splendeur de cette lumière éclatante, il vit l’âme de l’évêque de Capoue, Germain, transportée par les anges au ciel dans une sphère de feu.

Pour l’âme qui voit le Créateur, toute créature paraît bien exiguë. En effet bien que cette âme n’ait contemplé qu’un faible rayonnement de la lumière du Créateur, tout le créé se réduit pour elle à de petites proportions, car par la lumière elle-même de cette vision intime, le sein de son esprit s’élargit et son cœur grandit tellement en Dieu qu’il se tient élevé au-dessus du monde. Qui plus est, l’âme du voyant quant à elle, se trouve au-dessus d’elle-même. Et lorsque, dans la lumière de Dieu elle est ainsi ravie au-dessus d’elle-même, elle s’amplifie intérieurement ; alors elle jette un regard au-dessous d’elle et elle comprend, dans cet état d’élévation, combien tout le créé est petit, alors que, dans son abaissement, elle n’arrivait même pas à le saisir. Ainsi donc, l’homme qui contemplait ce globe de feu et qui voyait les anges en train de remonter au ciel, ne pouvait voir ces choses, sans aucun doute, que dans la lumière de Dieu ». (Saint Grégoire, pape, Dialogue, livre II, 35. https://www.bibliotheque-monastique.ch/bibliotheque/bibliotheque/saints/benoit/dialogues/index.htm#ii)

 Quant à saint Benoît, il est mort au Mont Cassin, en l’an 547, la même année que sa sœur sainte Scholastique fondatrice des Bénédictines. Emportées au Moyen Âge d’une manière assez frauduleuse, leurs reliques sont désormais sur les bords de la Loire, à Fleury sur Loire, devenu Saint Benoît sur Loire. » (https://nominis.cef.fr/contenus/saint/1483/Saint-Beno%C3%AEt.html)

Dans l’émission précédente, nous avons parlé du moine saint Augustin, évangélisateur de l’Angleterre et devenu archevêque de Canterbury. Saint Boniface était un moine missionnaire d'origine anglaise envoyé à son tour par le pape Grégoire II pour évangéliser les Germains. Il fonde le monastère de Fulda et beaucoup d’autres. Il collabore avec les maires du palais Charles Martel, Carloman et Pépin le Bref qu'il couronne en l’an 751.

Le pape Paul VI, en proclamant saint Benoît Patron de l’Europe le 24 octobre 1964, voulut reconnaître l’œuvre merveilleuse accomplie par saint Benoît à travers la Règle pour la formation de la civilisation et de la culture européenne.

La règle de saint Benoît est comme une « vigne féconde » que le Seigneur « a plantée » pour tous ceux qui recherchent le discernement entre ce qui est essentiel et secondaire dans la vie spirituelle, bien au-delà des murs d’une abbaye. Il s’agit d’une symbiose féconde entre action et contemplation "afin que Dieu soit glorifié en tout" (règle 57, 9). Il s’agit d’une recherche sincère de Dieu (58, 7) sur la voie tracée par le Christ humble et obéissant (5, 13), ne devant rien placer avant l’amour pour celui-ci (4, 21; 72, 11). Et ce qui est dit pour l’Abbé vaut aussi pour ceux qui sont en poste de responsabilité : Inflexible contre les vices, il est cependant appelé à imiter en particulier la tendresse du Bon Pasteur (27, 8), à "aider plutôt qu’à dominer" (64, 8), à "accentuer davantage à travers les faits qu’à travers les paroles tout ce qui est bon et saint" et à "illustrer les commandements divins par son exemple" (2, 12). Pour être en mesure de décider de manière responsable, il doit aussi être une personne qui écoute "le conseil de ses frères" (3, 2), car "souvent Dieu révèle au plus jeune la solution la meilleure" (3, 3). 

Évangile (Mt 10,7-15)

La traduction, depuis la Pshitta, publiée aux éditions de l’Harmattan avec l’imprimatur de la conférence des évêques de France.[1]

Jésus dit à ses apôtres :

« 7 Et, en allant, prêchez / et dites :

‘Il est tout proche / le royaume des Cieux !’

8 Guérissez / les malades,

purifiez / les lépreux,

faites sortir / les démons’.

8d Vous avez reçu gratuitement, / donnez gratuitement.

9 N’acquérez ni or / ni argent,

ni [monnaie de] cuivre / dans vos bourses ;

10 Ni sac pour la route, / ni deux tuniques,

ni sandales, / ni bâton.

L’ouvrier, en effet, / mérite sa nourriture.

11 Dans quelque ville / ou village où vous entrez,

demandez / qui est digne en elle,

que l’on reste là, / jusqu’à ce que vous en sortiez.

12 Et lorsque vous entrez / dans une maison,

demandez / la paix pour la maison.

13 Et si cette maison / est digne,

que votre paix / vienne sur elle.

Si, en revanche, / elle n’en est pas digne,

que votre paix / retourne sur vous.

14 Celui qui ne vous accueille pas / ni n’écoute vos paroles,

lorsque vous sortez de la maison / ou de ce village-là,

secouez / la poussière de vos pieds.

15 Amen, / je vous [le] dis :

Pour la terre de Sodome, / et de Gomorrhe,

on sera plus clément, au jour du jugement, / que pour ce chef-lieu ! »

– Acclamons la Parole de Dieu.

 

L’évangélisation se fait à partir des maisonnées, ce qui nous ramène à la fête de saint Benoît et à l’évangélisation de l’Europe à partir des monastères. Alors que l’Empire romain s’effondrait, les monastères devinrent des lieux de rayonnement spirituel et culturel, avec des bibliothèques et des écoles, ainsi que des services en faveur des pauvres, de sorte que des villes entières surgissaient autour des monastères, par exemple, la ville de Fulda en Allemagne et beaucoup d’autres.

Mt 10,7-8. « Guérissez les malades, purifiez les lépreux » ; la Pshitta n’a pas « ressuscitez les morts », cela a été ajouté sur d’autres manuscrits, notamment grecs. Un homme apporta aux pieds de Saint Benoît son fils défunt en le suppliant de le ressusciter. Les moines, émus, le suppliaient aussi. Saint Benoît dit : « retirez-vous, mes frères, il ne m’appartient pas à moi, mais aux saints Apôtres de faire des œuvres pareilles ». Puis il s’agenouilla et pria : « Seigneur, ne regardez pas mes péchés mais la foi de cet homme et rendez à ce corps l’âme que vous en avez ôtée ». Et il fut exaucé. (Don Louis TOSTI, Saint Benoît, éditions du Paraclet 2009, p. 200) 

« Faites sortir les démons ». La vie de saint Benoît (480–547) est traversée d’épisodes où le saint affronte le mal de façon directe et concrète — tentatives d’empoisonnement, apparitions démoniaques, tentations — et y répond invariablement par le signe de croix et une confiance absolue dans la puissance du Christ. On lui attribue une prière dont, même s’il ne l’a pas rédigée, il est la source vivante, et qui peut être enseignée dès l’enfance et récitée à voix haute en tenant la médaille de saint Benoît : « Que la Sainte Croix soit ma lumière. Que le dragon ne soit pas mon guide. Retire-toi, Satan. Ne me conseille jamais tes vanités. Les breuvages que tu verses sont le mal. Bois toi-même tes poisons. Paix. » 

Cette prière n’est écrite sur la médaille que par les initiales des mots latins. C’est en 1647 que l’abbaye bénédictine de Metten, en Bavière, a formellement rattaché les initiales V.R.S.N.S.M.V.S.M.Q.L.I.V.B. et C.S.S.M.L.N.D.S.M.D. à leurs textes latins complets. Et en 1880, l’abbaye du Mont-Cassin frappe la médaille jubilaire qui fixe définitivement la disposition des inscriptions.

La première partie figure sur la croix centrale du verso de la médaille. « Crux Sacra Sit Mihi Lux Non Draco Sit Mihi Dux. Que la Sainte Croix soit ma lumière. Que le dragon ne soit pas mon guide ». Cette formule est une prise de position spirituelle radicale, un acte de foi et de liberté. La Croix est l’instrument de la victoire du Christ sur le péché et sur la mort — elle est lumière parce qu’elle révèle le sens de la souffrance, de l’amour et du salut. Demander que la Croix soit sa lumière, c’est demander à voir sa vie à travers ce prisme — c’est un engagement de foi, renouvelé à chaque récitation. Le dragon n’est pas un dragon de conte de fées. C’est une figure biblique — le grand dragon de l’Apocalypse (Ap 12,9), explicitement identifié au diable et à Satan, le séducteur du monde entier.

La seconde partie figure sur le pourtour du verso de la médaille, en initiales. « Vade Retro Satana Nunquam Suade Mihi Vana Sunt Mala Quae Libas Ipse Venena Bibas Retire-toi, Satan Ne me conseille jamais tes vanités Les breuvages que tu verses sont le mal Bois toi-même tes poisons » Vade Retro Satana — l’injonction directe, sans négociation. Nunquam Suade Mihi Vana — le refus des illusions et des séductions que le mal habille en biens désirables. Sunt Mala Quae Libas — la lucidité : ce que le démon propose comme breuvage est poison. Ipse Venena Bibas — Le mal ne détruit pas seulement celui qu’il cible, il détruit aussi — et d’abord — celui qui le propose. Que le mensonge retombe sur le menteur.

Paix. Le mot PAX, Paix, est la devise bénédictine : là où la Croix brille, là où Satan recule, là où le mal est nommé et refusé — la paix advient.

La suite de mon commentaire de l’évangile de Matthieu aux éditions Parole et Silence[2].

Mt 10,8d. Les apôtres ont reçu le pouvoir de guérir et la Bonne nouvelle du royaume. À leur tour, les gens doivent pouvoir recevoir les guérisons et l’Évangile, gratuitement.

Mt 10,9-10.  Les apôtres seront nourris par leurs disciples. Ils ne sont donc pas des vagabonds et des mendiants, mais ils se présentent comme des personnes honorables « l’ouvrier, en effet, mérite sa nourriture ».

Réciproquement, ils ne sont pas des gens hautains qui donnent tout sans rien recevoir.

« N’acquérez pas », « ne recevez pas » ou « ne possédez pas » ; le latin a opté pour l’idée de posséder « Nolite possidere » et le grec a gardé l’idée d’un gain d’argent « μη κτησησθε ». C’est en quelque sorte le vœu de pauvreté.

Mt 10,11. « Que l’on reste là », c’est une invitation aussi aux auditeurs : il n’y a qu’un unique lieu de prédication, avec une maisonnée spécialement formée et qui va rayonner. En chaque lieu, ne pas se disperser mais faire rayonner la mission à partir d’un foyer, à partir d’une « maison » accueillante. Le collier compteur (voir les explications dans mon livre) nous montrait la maison de l’enfant Jésus à Bethléem et comment les mages furent guidés pour s’y rendre : cette première évangélisation se fit dans une maison, à partir d’un foyer.

Mt 10,12-13. Demander la paix pour cette maison.

Remarquons que Jésus ne gratifie pas les disciples d’une science qui leur fasse connaître à l’avance les personnes dignes et les personnes indignes.

Mt 10,14-15. Là où les gens ne sont pas ouverts, ne pas faire de compromis, mais partir. En araméen, le mot « chef-lieu » est construit sur la même racine que le mot jugement : le chef-lieu est la ville où il y a un tribunal. Le chef-lieu qui exclut les apôtres, qui les juge et les repousse, doit savoir qu’il sera un jour jugé par Dieu lui-même. Et le jugement de Sodome et Gomorrhe sera plus clément (Mt 10,15), ce qui signifie que le jugement de Dieu tiendra compte des lumières et des grâces reçues. Celui qui a reçu davantage sera jugé plus sévèrement que celui qui ne savait pas.

Eh bien, avec les apôtres qui évangélisent, bonne fête de saint Benoît !

 

[1] Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Matthieu, traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. L’Harmattan 2026.

[2] Cf. Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Matthieu, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Traduction depuis la Pshitta. Préface Mgr Mirkis (Irak) ; Mgr Dufour (France) et Mgr Kazadi (Congo RDC). Parole et Silence, 2026.

Date de dernière mise à jour : 03/06/2026