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10 août Saint Laurent diacre et martyr

Podcast sur : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#
Première lecture (2 Co 9, 6-10)
Psaume (Ps 111 (112), 1-2, 5-6, 7-8, 4b.9)
Première lecture (2 Co 9, 6-10)
Frères, rappelez-vous le proverbe : À semer trop peu, on récolte trop peu ; à semer largement, on récolte largement. Que chacun donne comme il a décidé dans son cœur, sans regret et sans contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement. Et Dieu est assez puissant pour vous donner toute grâce en abondance, afin que vous ayez, en toute chose et toujours, tout ce qu’il vous faut, et même que vous ayez en abondance de quoi faire toute sorte de bien. L’Écriture dit en effet de l’homme juste : Il distribue, il donne aux pauvres ; sa justice demeure à jamais. Dieu, qui fournit la semence au semeur et le pain pour la nourriture, vous fournira la graine ; il la multipliera, il donnera la croissance à ce que vous accomplirez dans la justice. – Parole du Seigneur.
Au IIIe siècle, saint Laurent, Diacre de l’Église de Rome, auprès du pape saint Sixte II, a pour fonction d’être le gardien des biens de l’Église. Sommé de livrer les trésors, il rassemble les pauvres, les infirmes, les boiteux, les aveugles et déclare : « Voilà les trésors de l’Église ». Il meurt martyr le 10 août 258.
Saint Laurent, en donnant ses biens, son temps, ses forces, témoigne de ce que dit saint Paul : celui qui « sème largement » récoltera largement. Il est remarquable que saint Paul insiste sur la liberté : « Que chacun donne comme il a décidé dans son cœur... Dieu aime celui qui donne joyeusement ». Par exemple, le livre de l’Ecclésiastique rappelle que certains se sont ruinés en portant caution pour un autre, et donne ce conseil sage : « Viens en aide au prochain selon ton pouvoir et prends garde de ne pas tomber toi-même » (Sirac 29,20). La charité est ordonnée. Jésus, dans son sermon sur la montagne, dit qu’il faut rechercher la justice [zaddīqūṯā] de Dieu (Mt 6,33), c’est-à-dire selon Dieu, et non pas selon le plus grand profit (Mammon). Ici, saint Paul cite le psaume 111 (112) « Il distribue, il donne aux pauvres ; sa justice demeure à jamais » et nous retrouvons le mot zaddīqūṯā ; et il ajoute que Dieu « accroîtra le fruit de votre justice [zaddīqūṯā] », c’est-à-dire de cette sainteté de l’homme qui cherche à vivre selon Dieu.
Saint Laurent était diacre. Les diacres se formaient au contact des apôtres et par le biais des premiers lectionnaires liturgiques. En plus, il est très probable qu’il existait un ensemble de récitatifs évangéliques destiné de manière spécifique à leur formation. On peut penser que Luc, qui ne fait pas partie des Douze et qui est arrivé plus tard, a pris soin de les collecter et les a insérés dans son Évangile. Dans mon grand ouvrage sur l’Évangile selon saint Luc, celui qui est publié chez Parole et Silence, j’ai repérer ces passages, qui n’ont pas d’équivalent dans les autres évangiles. (Françoise Breynaert, L’évangile selon saint Luc, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Imprimatur (Paris). Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2024. 472 pages).
La première série, ou premier « collier d’oralité », est consacrée à la Parole et au qūbālā, c’est-à-dire à la catéchèse liturgique le samedi soir, quand on partage le repas et la parole apprise par cœur. Cette série comporte huit passages : la mission des soixante-dix (Lc 10,1-11), leur retour auprès de Jésus (Lc 10,17-20), la révélation du Père (Lc 10,21-22), l’attitude humble à adopter lors d’une réception, par exemple le qūbālā du samedi soir (Lc 14,12-14), le service désintéressé (Lc 17,7-10), la miséricorde illustrée par le pharisien et le publicain (Lc 18,9-14), l’accueil offert par Zachée (Lc 19,1-10) et l’envoi des disciples (Lc 22,35-38). Cet ensemble vise à former les diacres à leur mission de proclamation de la Parole et d’accompagnement des communautés.
Le deuxième « collier » porte sur la charité, la gestion des biens et la sagesse de la Croix.
La grande charité de saint Laurent nous invite à développer ce deuxième collier. Haut du formulaire
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Lc 10, 25-37 : La parabole montre un homme qui descendait de Jérusalem et qui tomba aux mains des bandits. Un prêtre et un lévite sont trop soucieux de ne pas perdre leur pureté rituelle pour le soigner. Mais un Samaritain s’arrête et s’en occupe en payant aussi un hôtelier. Les diacres, que dans les premiers siècles on dénommait aussi lévites, ont ici l’exemple à suivre et celui à ne pas suivre. L’exemple du Samaritain et de l’hôtelier suggère que la guérison des malades ne met pas nécessairement en œuvre des miracles.
Lc 11, 5-8 : Il y a des règles de l’hospitalité et de l’amitié. L’ami dérangé s’en va déranger un autre ami, un père de famille déjà couché, en lui demandant de lui prêter trois galettes… Même s’il bougonne d’abord, ne va-t-il pas les lui donner ?
Lc 12, 16-21 : L’homme « riche » aurait dû être « riche » pour Dieu et faire quelques œuvres de miséricorde avant que la mort ne le frappe à l’improviste.
Lc 13, 1-9 : Les gens sont choqués par certains faits divers où la mort frappe à l’improviste. Jésus enseigne à lire ces événements douloureux sans culpabiliser les victimes mais comme des invitations urgentes à la conversion. Voilà aussi un enseignement précieux pour les diacres à qui l’on s’adresse dans les épreuves de la vie. Cependant, l’urgence de la conversion ne doit pas rendre impatient. Dans une parabole, le figuier stérile ne sera pas arraché tout de suite, on lui met du fumier, et on lui donne encore un an.
Lc 16, 1-12. Dans une parabole, un riche maître fait l’éloge des magouilles égoïstes de son intendant, ce qui est le signe que cette fausse sagesse leur est commune. Faire l’éloge et éjecter en même temps n’est pas un problème pour lui. Jésus suit une pédagogie logique qui n’est pas toujours comprise, d’abord, v. 1-8, sa parabole fait parler la fausse sagesse du monde, puis, à partir du verset 9 qui marque une rupture (« moi, je vous dis »), Jésus montre en quoi consiste sa sagesse à lui. Jésus ne parle pas d’aumône, ni de partage, il demande seulement d’être crédible, fiable. Celui qui n’est pas fiable vis-à-vis de l’argent n’est plus crédible en rien, et c’est particulièrement grave pour le diacre qui gère les biens d’une communauté chrétienne.
Lc 23, 34-45 : Exemple éloquent de conversion in extremis, celle de celui que l’on appelle désormais le bon larron, l’épisode revêt une importance particulière dans la formation des diacres, appelés à veiller les agonisants.
Lc 24, 13-35 : Le Ressuscité rejoignit deux disciples en chemin, et les initie en la sagesse de la croix, tandis qu’ « il leur interprétait ce qui le concernait à partir de toutes les Écritures » (v. 27). Après cette rencontre ineffable, ils la « racontèrent [eštaᶜīw] », le verbe a la nuance de « jouer » : il s’agit d’un récit légèrement mimé : un récitatif.
Lc 24, 44-49 : Le Ressuscité aide les apôtres à accepter qu’il fût « juste que le Messie souffrit ». Le Messie souffrant, méprisé comme l’était le Samaritain, est aussi celui qui soigne et guérit l’humanité dépouillée par Satan. Jusqu’à ce qu’ils revêtent la puissance d’En-Haut, les disciples doivent demeurer à Jérusalem. Le collier s’achève ainsi sur une inclusion.
Nous évoquerons le troisième collier en commentant le psaume.
Psaume (Ps 111 (112), 1-2, 5-6, 7-8, 4b.9)
Heureux qui craint le Seigneur, qui aime entièrement sa volonté ! Sa lignée sera puissante sur la terre ; la race des justes est bénie. L’homme de bien a pitié, il partage ; il mène ses affaires avec droiture. Cet homme jamais ne tombera ; toujours on fera mémoire du juste. Il ne craint pas l’annonce d’un malheur : le cœur ferme, il s’appuie sur le Seigneur. Son cœur est confiant, il ne craint pas : il verra ce que valaient ses oppresseurs. Homme de justice, de tendresse et de pitié. À pleines mains, il donne au pauvre ; à jamais se maintiendra sa justice, sa puissance grandira, et sa gloire !
Le psaume précédent, le 110 (111), célèbre la grandeur des œuvres de Dieu : sa justice, sa fidélité à l’alliance, sa miséricorde active dans l’histoire. Le psaume suivant, 111 (112) en est comme le reflet humain : il dresse le portrait du juste dont la vie devient le lieu où les qualités divines se rendent visibles. Ce que Dieu est, l’homme juste est appelé à le devenir. Cette continuité est soulignée par la forme même des deux psaumes. Tous deux s’ouvrent sur l’acclamation « Alléluia », ensemble ils ont 22 versets qui suivent les lettres de l’alphabet (acrostiches alphabétiques).
En quelque sorte, le psaume 110 montre la bonté suprême de Dieu qui aime l’homme et met tout l’univers à sa disposition. Or, pour déployer son immense amour, la très Sainte Trinité mit aussi ses qualités divines à disposition de l’homme en vue de nourrir son âme, ainsi la puissance, sagesse, bonté, amour, sainteté et force en guise de nourriture céleste et divine. Mais l’homme doit y correspondre et nourrir la vie divine en lui-même. C’est ainsi que le psalmiste dit : « Heureux qui craint le Seigneur, qui aime entièrement sa volonté ! »
Dans l’être humain qui s’ouvre à la volonté divine, Dieu utilise la même puissance créatrice que celle utilisée lors de la Création. Celui qui craint le Seigneur et qui aime entièrement sa volonté se vide de lui-même et crée un vide dans son acte pour donner la place à l’action divine. Dès lors, en quelque sorte, l’action humaine cache l’action extraordinaire d’un Dieu, si bien que de l’extérieur on voit des actions courantes, mais que, si on soulève le voile, on trouve la vertu opérante de l’action divine. Heureux un tel homme !
« Heureux qui craint le Seigneur, qui aime entièrement sa volonté ! Sa lignée sera puissante sur la terre ; la race des justes est bénie. L’homme de bien a pitié, il partage ; il mène ses affaires avec droiture. »
En cette fête de saint Laurent, nous allons parler des diacres. Il est très probable qu’existait un ensemble de récitatifs évangéliques, appelés « perles », destinés de manière spécifique à leur formation. J’ai montré dans mon commentaire de l’évangile selon saint Luc, qu’il est probable que Luc, qui ne fait pas partie des Douze et qui est arrivé plus tard, a pris soin de collecter les « perles » de cette formation ; il les a ensuite dispersées dans la composition définitive de son évangile. Ces perles se reconnaissent à leur fonction et au fait qu’elles n’ont pas d’équivalent dans les autres évangiles. Elles forment trois ensembles ou « colliers ».
Le premier concerne la Parole, et le qūbālā, c’est-à-dire la réception du samedi soir durant laquelle on proclamait les récitatifs évangéliques appris en maisonnées, tout en vivant un temps de convivialité autour d’un repas. Les diacres y ont un rôle clé.
Le second « collier » concerne la gestion des biens matériels et les œuvres de miséricorde. Nous l’avons développé dans le commentaire de la première lecture. Et on peut y associer ces versets de psaume si bien vécus par saint Laurent : « L’homme de bien a pitié, il partage ; il mène ses affaires avec droiture. Cet homme jamais ne tombera ; toujours on fera mémoire du juste. […] À pleines mains, il donne au pauvre ; à jamais se maintiendra sa justice, sa puissance grandira, et sa gloire ! » Bien sûr, cela ne concerne pas seulement les diacres ; « le pauvre » est parfois un proche qui rentre fatigué du travail et qu’il faut restaurer ; ou un proche bougon et désagréable, qui oublie de fêter l’anniversaire des autres, mais qui a besoin d’être accueilli ; c’est parfois un inconnu que l’on croise dans les transports en commun et qui a besoin de s’asseoir…
Le troisième « collier » transmet la joie et l’espérance eschatologique ; il invite les diacres à vivre dans l’attente du retour du Christ et dans la confiance en l’accomplissement du Royaume. Cette espérance animait le diacre saint Étienne qui, au moment de son martyre, contemplait « les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Ac 7,6).
La première « perle » évoque la destinée du prophète à Jérusalem (Lc 13,31-33).
La seconde évoque l’engagement radical du disciple (Lc 14,28-33) : un homme, avant de bâtir une tour, réfléchit pour savoir s’il est capable de l’achever. Un homme, si la bataille s’annonce mal, demande la paix avec son adversaire « tandis qu’il est encore loin ». Il faut ainsi s’asseoir et réfléchir, mais il faut cependant aussi « lâcher tout son avoir [qenyānēh] », c’est-à-dire ses fausses sécurités.
La troisième perle est la parabole du fils prodigue (Lc 15,11-32) : un père avait deux fils. Le second demande sa part d’héritage et le Père partage son avoir [qenyānēh] et ce fils dilapide l’héritage. Mais le père le voit revenir « tandis qu’il était encore loin » et organise une fête. La parole du Père est aussi adressée à celui qui est fidèle : « tout ce qui est à moi est à toi », mais celui-ci peine à comprendre ce que lui explique son père : « Festoyer [bsm], il nous fallait le faire, et nous réjouir, car ton frère que voici était mort et il a revécu, il était perdu et il a été retrouvé ! ».
La quatrième perle est Lc 16,19-31 : un homme riche festoyait [bsm] chaque jour, sans considérer à sa porte un pauvre appelé Lazare. Au séjour des morts, Lazare est consolé et le riche est tourmenté.
La cinquième perle est la parabole des dix mines (Lc 19,11-27). Il est question du retour du Christ comme Roi glorieux et à la fin de la parabole, du jugement de ceux qui ne veulent pas qu’il règne, c’est-à-dire du jugement eschatologique. Les bons serviteurs reçoivent alors autorité sur des places fortes (donc sur la terre). Le retour du Roi n’est pas la fin du monde.
La sixième perle exhorte à la vigilance (Lc 21,34-36) :
« Soyez, par conséquent, vigilants en tout temps, / et priants,
pour mériter de fuir ces choses qui vont advenir, / et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. » (Lc 21,36)
La septième parle des apparitions du Ressuscité qui apporte la paix et partage le repas avec ses disciples (Lc 24,36-43).
Et la huitième parle de l’Ascension et le retour des disciples à Jérusalem (Lc 24,50-53).
Animé d’une telle espérance, le diacre peut s’approprier ces versets du psaume : « Cet homme jamais ne tombera ; toujours on fera mémoire du juste. Il ne craint pas l’annonce d’un malheur : le cœur ferme, il s’appuie sur le Seigneur. Son cœur est confiant, il ne craint pas : il verra ce que valaient ses oppresseurs ».
Ce qui vaut pour les diacres vaut aussi pour chacun d’entre nous.
Évangile (Jn 12, 24-26)
Voici ce texte dans son contexte et dans la traduction depuis la Pshitta, le texte liturgique dans la langue du Christ :
« 20 Or, il y avait aussi parmi eux des hommes des nations, / qui étaient montés adorer durant la fête ;
ceux-ci vinrent, s’approchèrent de Philippe, / celui qui était de Bethsaïde de Galilée,
21 et l’interrogèrent, / en lui disant :
‘(Mon) seigneur ![1] / Nous voulons voir Jésus !’
22 Et il vint, lui, Philippe, / et [le] dit à André ;
et André et Philippe / [le] dire à Jésus.
23 Or Jésus répondit / et leur dit :
‘L’heure est venue / que soit glorifié le Fils de l’homme !
[C’est alors que commencent les versets lus dans la liturgie de ce dimanche :]
24 Amen, amen, / je vous [le] dis :
le grain de blé,
s’il ne tombe pas et ne meurt pas en terre, / il reste tout seul ;
s’il meurt, en revanche, / il fait venir beaucoup de fruits !
25 Celui qui aime sa vie / la perd ;
et celui qui hait sa vie en ce monde, / la garde pour la vie éternelle.
26 Si quelqu’un me sert, / il viendra à ma suite,
et là où je suis, / là aussi sera mon serviteur !
Celui qui me sert, / mon Père l’honorera !’ »
Extrait de Françoise Breynaert, L’évangile selon saint Jean, pour la proclamation orale. Traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. L’Harmattan 2026.
Le texte commence par une scène étonnante. Des hommes « des nations » montés pour la fête demandent : « Nous voulons voir Jésus. » Ce ne sont pas des Juifs ; ils représentent les peuples païens qui commencent à s’approcher du Messie. Dans l’évangile de Jean, leur arrivée est un tournant. Jusqu’ici, Jésus s’est manifesté à Israël ; désormais, le monde entier commence à venir vers lui. C’est pourquoi Jésus ne répond pas directement à leur demande. Il parle immédiatement de son « heure ». Autrement dit, le moment où tous pourront véritablement le voir n’est pas celui d’une rencontre privée, mais celui de la Croix et de la glorification.
La gloire n’est pas ajoutée après la souffrance ; elle se révèle précisément dans le don de soi. Saint Laurent, qui a été brûlé vif sans renier le Christ, manifeste cette même logique paradoxale : ce qui semble être un échec devient la manifestation de la gloire de Dieu.
L’image du grain de blé est ensuite centrale. Le grain ne porte du fruit qu’en acceptant de disparaître dans la terre. Tant que le grain demeure intact, il reste seul ; lorsqu’il accepte de se laisser enfouir, une fécondité nouvelle surgit. Jésus parle d’abord de lui-même. Sa mort donnera naissance à une multitude de croyants. Mais il révèle en même temps la loi de toute existence chrétienne.
Saint Laurent en est une illustration saisissante. Comme diacre, il avait reçu le service des pauvres. Lorsque les autorités romaines lui demandèrent les trésors de l’Église, il leur présenta les pauvres en disant qu’ils étaient la véritable richesse de l’Église. Déjà, il avait laissé mourir toute logique de possession. Puis, en acceptant le martyre, il est devenu ce grain tombé en terre dont la fécondité traverse les siècles.
Le verset suivant peut surprendre : « Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui hait sa vie en ce monde la garde pour la vie éternelle. » Dans le langage biblique, « haïr » ne signifie pas mépriser la vie ou se détester. C’est une manière sémitique de dire qu’il faut préférer Dieu à tout le reste. Celui qui fait de sa vie terrestre un absolu finit par tout perdre. Celui qui remet sa vie entre les mains de Dieu découvre une vie que la mort ne peut plus atteindre. Là encore, Laurent n’a pas méprisé sa vie ; il l’a offerte parce qu’il avait trouvé dans le Christ un bien plus grand.
Ce que dit ensuite Jésus concerne tout le monde, mais en particulier les diacres : « Si quelqu’un me sert, il viendra à ma suite... Celui qui me sert, mon Père l’honorera. » Le service n’est pas ici une simple activité ; c’est une manière d’être avec le Christ. Le serviteur ne fait pas seulement quelque chose pour Jésus ; il demeure là où Jésus est. Le diacre est précisément celui qui manifeste sacramentellement cette dimension de service dans l’Église. En célébrant saint Laurent, l’Église rappelle que la diaconie n’est jamais une simple fonction sociale : elle est une participation au service du Christ qui donne sa vie.
Les trois lectures sont unies par une même image : celle de la semence, avec une progression remarquable entre les trois textes : on passe de l’aumône au don de soi, des richesses offertes à l’existence offerte. Le chrétien n’est pas seulement appelé à partager ce qu’il possède, mais à devenir lui-même un don.
Saint Paul, dans la deuxième lettre aux Corinthiens, dit que celui qui « sème largement » récoltera largement. L’image n’est plus celle du grain qui meurt, mais le principe est identique : les biens, le temps, les forces, la vie elle-même ne produisent du fruit que lorsqu’ils sont donnés.
Il est remarquable que saint Paul insiste sur la liberté : « Que chacun donne comme il a décidé dans son cœur... Dieu aime celui qui donne joyeusement. » On retrouve ici quelque chose de l’Évangile de Jean. Jésus ne subit pas sa Passion ; il entre librement dans son heure. Le don véritable est toujours libre. Ce n’est jamais une perte imposée, mais une offrande consentie.
Puis saint Paul ajoute une précision essentielle : c’est Dieu qui « fournit la semence au semeur ». Même notre capacité de donner est un don de Dieu. Nous ne sommes pas propriétaires de la semence ; nous en sommes les intendants.
Le psaume offre alors le portrait concret de cet homme devenu semblable au Christ. Il « partage », « donne au pauvre », « ne craint pas », « son cœur est ferme ». Ce sont les fruits visibles de celui qui s’appuie sur le Seigneur. Il est intéressant que le psaume ne célèbre pas d’abord les miracles du juste, mais sa générosité. Sa justice se manifeste dans le partage.
Précisons ici que le chapitre 6 des Actes des apôtres est en général très mal compris en Occident. Il est inimaginable de faire servir à table des femmes par des hommes. Les veuves sont les « veuves du monde » qui gardent la parole et préparent les « qūbālé » du samedi soir, où l’on partage les récitatifs évangéliques autour d’un repas. Les « Sept » sont choisis pour accomplir une mission de traduction afin que les communautés de langue grecque puissent comprendre fidèlement le message. Leur travail consiste à « traduire et donner le sens », à l’image d’Esdras, de sorte que l’on peut rapprocher leur fonction de celle des lévites de l’Ancien Testament, chargés d’expliquer les Écritures. Leur ministère dépasse la seule traduction. Les diacres accomplissent des miracles, prêchent l’Évangile et baptisent ; ils veillent sur les pauvres et les malades. Haut du formulaire
Le diacre saint Laurent distribue les biens de l’Église aux pauvres. Il accomplit littéralement la parole du psaume : « À pleines mains, il donne au pauvre ». Il vit déjà l’enseignement de Paul sur la générosité joyeuse, et cela commence avec nos proches, dans la famille. Enfin, lorsqu’il offre sa propre vie dans le martyre, à la suite de Jésus qui, nous dit l’évangile, est le grain de blé qui tombe en terre et devient source d’une vie nouvelle pour une multitude.
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[1] « Mon seigneur » ou « notre seigneur », araméen « mari » ou « maran », grec « κυριε », a d’abord, en soi, un sens très ordinaire.
Date de dernière mise à jour : 15/07/2026