17e dimanche ordinaire B

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Voici pour mémoriser le texte de l'évangile de ce jour en vue d'une récitation orale avec reprises de souffles.

Evangile jn 6 1 15Evangile Jn 6, 1-15 (95.42 Ko)

Podcast sur  : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#

Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30). 

Première lecture (2 R 4, 42-44)

Psaume (Ps 144 (145), 10-11, 15-16, 17-18)

Deuxième lecture (Ep 4, 1-6)

Évangile (Jn 6, 1-15)

Première lecture (2 R 4, 42-44)

En ces jours-là, un homme vint de Baal-Shalisha et, prenant sur la récolte nouvelle, il apporta à Élisée, l’homme de Dieu, vingt pains d’orge et du grain frais dans un sac. Élisée dit alors : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent. » Son serviteur répondit : « Comment donner cela à cent personnes ? » Élisée reprit : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent, car ainsi parle le Seigneur : ‘On mangera, et il en restera.’ » Alors, il le leur donna, ils mangèrent, et il en resta, selon la parole du Seigneur. – Parole du Seigneur.

Merci Seigneur pour ta présence dans nos vies, merci Seigneur pour ton attention aux hommes, aide-nous à vivre de ta vie, comme Élisée savait vivre dans la puissance de ta grâce.

Cinq remarques sur cette lecture.

-1- Élisée vécut la multiplication d’un sac de nourriture qui fut plus que suffisant pour 100 personnes. Chers auditeurs, n’enlevons pas les miracles de la Bible, n’enlevons pas le surnaturel, l’action divine dans le monde. Nous parlons de la « nef » d’une église. La nef, c’est ce qui fait un bateau, c’est la coque et tout ce qu’il y a dedans. L’Église est un bateau qui vogue sur l’eau, l’Église, et chacun de nous, voguons sur une mer de grâce, sur un océan de surnaturel. Les marins, ce sont des hommes, ils peuvent ne pas réussir à déplacer une voile parce que leurs doigts sont gelés, ils sont pleins d’imperfections, mais la nef vogue sur l’océan des grâces divines. Les gens sont imparfaits, très injustes parfois, mais la nef vogue sur les vagues des bienfaits divins.

-2- Chers auditeurs, comprenons l’attitude qui convient vis-à-vis des prodiges.

Au lieu de capter le divin comme dans la civilisation sumérienne par de grandes tours appelées ziggurat, Abraham a reçu une promesse, gratuitement. Le renversement de perspective est complet, c’est un nouveau paradigme. Au lieu de capter le divin par la divination et la magie, Moïse apprend au peuple à recevoir de Dieu au désert la manne et l’eau du rocher. Cependant, la plupart des Hébreux ont mis des siècles à le voir et à l’intégrer dans leur comportement. Alors les mauvaises herbes ont envahi le terrain ensemencé… Comme on désherbe le blé, les prophètes tentent d’arracher ce qui empêche la croissance de la nouvelle attitude religieuse. Ainsi, nous avons d’abord l’action des Juges (cf. Gédéon et Samuel), puis des prophètes Élie et Élisée, puis d’Osée, puis de Jérémie…

Élisée n’a pas de technique bizarre pour multiplier les pains, il a simplement entendu une parole du Seigneur qui lui a dit : « On mangera, et il en restera. »

Les techniques magiques évoluent vers le maléfice.

La foi simple d’Élisée qui se met à l’écoute du Dieu vivant produit la bénédiction.

Si l’on appelle surnaturel l’intervention du monde invisible, Dieu et les anges, alors soyons vigilants. Si l’on rejette le surnaturel biblique, les miracles obtenus par la prière adressée au Créateur, nous aurons le surnaturel diabolique, les choses bizarres obtenues par l’invocation des anges déchus.

Élisée n’était pas une girouette, il a fait oindre Jéhu comme roi d’Israël (c’est-à-dire du royaume du Nord) et Jéhu, après avoir fait périr les rois idolâtres et surtout la reine Jézabel (celle qui avait persécuté Élie), fit en sorte que « Baal disparut d'Israël » (2Rois 10, 28), c’est-à-dire l’attitude magique, jusqu’à ce que les générations suivantes y reviennent.

-3- De nos jours, il y a des affamés, par exemple  en Haïti ou au Kivu, et nous savons que la cause est humaine, politique, militaire. Alors ne disons pas « Que fait Dieu ? ». Disons plutôt, y a-t-il comme jadis un homme qui vient en « prenant sur la récolte nouvelle » pour l’apporter à l’homme de Dieu ?

« En ces jours-là, un homme vint de Baal-Shalisha et, prenant sur la récolte nouvelle, il apporta à Élisée, l’homme de Dieu, vingt pains d’orge et du grain frais dans un sac… Élisée dit alors : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent. » Son serviteur répondit : « Comment donner cela à cent personnes ? »

-4- Le Serviteur d’Élisée a résisté. S’il avait continué à refuser, il n’y aurait pas eu de miracle. La raison pour laquelle le serviteur a résisté, c’est parce qu’il s’en tient à lui-même, peut-être est-il submergé par ses sentiments, la peur du ridicule, la peur d’affronter le mécontentement sans pouvoir partager ce qui est insuffisant, et la peur le submerge, et il n’entend pas Dieu ; ou bien, sans qu’il n’ait peur, il est dans sa logique, il a fait le calcul, et, en toute logique, c’est non.

-5- Finalement, le miracle a eu lieu parce qu’Élisée a entendu une parole de Dieu : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent, car ainsi parle le Seigneur : ‘On mangera, et il en restera.’ »

Chers auditeurs, comment écoutons-nous le Seigneur ? Ce n’est pas facile.

On n’entend pas Dieu dans le brouhaha des discours intérieurs, mais dans un cœur silencieux. On n’entend pas Dieu dans la logique de nos projets personnels, au risque d’écraser les autres, ou d’être une girouette suivant son intérêt. On entend Dieu comme Élisée, qui a tout perdu, tout lâché pour suivre Dieu. « Élisée prit la paire de boeufs et l'immola. Il se servit du harnais des boeufs pour les faire cuire, et donna à ses gens, qui mangèrent. Puis il se leva et suivit Élie comme son serviteur » (1R 19, 21). On entend Dieu après un sacrifice, après avoir su sacrifier quelque chose qui était important pour nous.

Au seuil de sa vocation, « Élie dit à Élisée : "Demande : Que puis-je faire pour toi avant d'être enlevé d'auprès de toi ?" Et Élisée répondit : "Que me revienne une double part de ton esprit !" » (2Rois 2, 9). Vivons, nous aussi, dans l’Esprit Saint, en voguant sur l’océan des miracles du Seigneur. De l’Incarnation à la Résurrection, l’évangile n’est-il pas, lui aussi, un miracle continuel ?

« Oui, chers frères et sœurs, l’Esprit de Dieu, là où il entre, chasse la peur ; il nous fait connaître et sentir que nous sommes entre les mains d’une toute-puissance d’amour : quoi qu’il arrive, son amour infini ne nous abandonne pas. Le témoignage des martyrs, le courage des confesseurs de la foi, le zèle intrépide des missionnaires, la franchise des prédicateurs, l’exemple de tous les saints, certains même adolescents et enfants, en sont la preuve. En témoigne l’existence même de l’Église qui, malgré les limites et les fautes des hommes, continue à traverser l’océan de l’histoire, poussée par le souffle de Dieu et animée par son feu purificateur. C’est avec cette foi et cette joyeuse espérance que nous redisons aujourd’hui, par l’intercession de Marie : « Envoie ton Esprit, Seigneur, pour renouveler la terre ! » ». (Benoit XVI, 31 mai 2009, Pentecôte)

Psaume (Ps 144 (145), 10-11, 15-16, 17-18)

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce et que tes fidèles te bénissent ! Ils diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits. Les yeux sur toi, tous, ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; tu ouvres ta main : tu rassasies avec bonté tout ce qui vit. Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait. Il est proche de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

« La lettre enseigne les faits, l’allégorie ce que tu crois, le sens moral ce que tu fais, l’anagogie ce vers quoi tu tends » (CEC 118).

« La lettre enseigne les faits » (CEC 118). Ce psaume est attribué à David, et au temps où le psaume a été composé, les hébreux avaient déjà fait l’expérience de la manne au désert ; « les yeux sur toi, tous, ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu » rappelle cette expérience au désert.

« L’allégorie enseigne ce que tu crois » (CEC 118). L’allégorie annonce le Christ. « Les yeux sur toi, tous, ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu » annonce Jésus qui multiplie les pains.

De plus, David est traditionnellement considéré comme l’auteur des psaumes. Mais, pour les chrétiens, Jésus-Christ est le Fils de David, ou plutôt le Seigneur de David (Mc 12, 36). Ainsi, c’est Jésus qui dit : « Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait » : c’est Jésus, lui qui a traversé l’épreuve de la Passion qui nous l’affirme. « Il est proche de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité. » : c’est Jésus qui nous le promet. Au passage, nous remarquons aussi le mot « tous ». Avant le jugement eschatologique qui n’appartient qu’à Dieu, il n’y a pas une partition du monde entre les bons et les mauvais.

« Le sens moral enseigne ce que tu fais » (CEC 118).

« Les yeux sur toi, tous, ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; tu ouvres ta main : tu rassasies avec bonté tout ce qui vit. » Dieu rassasie tout ce qui vit, y compris les micro-organismes du sol, sans lesquels, au bout d’un certain temps, la terre n’est plus bonne à rien, sauf par exemple pour un Dysney-land pour se distraire… Mais pour y cultiver et pouvoir manger, il faudra la régénérer. Dieu rassasie les animaux, et les insectes, et les oiseaux, et les vaches, et bien sûr les gens. Le sens moral du psaume, c’est que nous sommes appelés à être saints comme Dieu est saint (Lv 11, 44), et donc donner une nourriture adaptée, avec bonté, à tout ce qui vit, depuis les micro-organismes du sol jusqu’à nos enfants. Comment préparons-nous les repas, quel amour y mettons-nous, quelle sagesse y mettons-nous… Et puis, au plan des choix économiques, non pas avec par exemple un peu partout des sucres qui excitent le plaisir et rendent dépendants, donc augmentent les profits, mais qui augmentent diverses maladies. Dieu est saint, et il y a dans la création de quoi nourrir les hommes avec bonté. J’ai appris que la République du Congo pourrait nourrir un milliard d’hommes, mais la guerre empêche son développement.

« Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait » être saints comme Dieu est saint (Lv 11, 44), c’est être juste en toutes nos voies. Untel veut faire une œuvre juste, une ferme de réinsertion par exemple, mais il ne paye pas ses impôts correctement, il n’est pas juste en toutes ses voies. Il réitère, le catéchisme nous demande de payer aux institutions légitimes, mais mon gouvernement ne l’est pas, donc je triche et c’est pour la bonne cause… Non. Jésus a payé ses taxes, lui et son apôtre Pierre, alors que son gouvernement avait une justice totalement pourrie qui le mettra bientôt sur la croix. Jésus a payé ses taxes (Mt 17, 24). Jésus a été juste en toutes ses voies, et nous devons l’être aussi.

« L’anagogie enseigne ce vers quoi tu tends » (CEC 118). L’anagogie peut être développée à partir du verset : « Ils diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits » (v. 11). En effet, la gloire du règne du Christ sera manifestée lors de la Parousie. Le Christ aura son royaume sur la terre comme au Ciel, et il offrira ce royaume au Père, alors ce sera la Fin et la vie éternelle. Saint IRÉNÉE, disciple de Polycarpe en Asie Mineure, lui-même disciple de saint Jean, fut évêque de Lyon de 177 à 202. Il parle ainsi du « prélude de l’incorruptibilité, royaume par lequel ceux qui en auront été jugés dignes s’accoutumeront peu à peu à saisir Dieu » (Contre les hérésies, V, 32, 1). Les Pères de l’Église parlaient souvent aaaa du 7e et du 8e jour : le 7e jour, qui est « comme mille ans », accomplira le but de la création sur cette terre, et ensuite viendra le 8e jour, l’éternité. Saint Irénée par exemple, écrit dans son Traité contre les hérésies : « Le Seigneur viendra du haut du ciel, sur les nuées, dans la gloire de son Père (Mt 16,27 ; Mc 13,26), et il enverra dans l’étang de feu l’Antéchrist avec ses fidèles (Ap 19,20) ; il inaugurera en même temps pour les justes les temps du royaume, c’est-à-dire le repos, le septième jour qui fut sanctifié (Gn 2,2-3) » (Livre V, 30, 4).

Vous me direz, généralement, ceux qui parlent d’un règne de mille ans ne sont-ils pas des hérétiques, et l’on parle du « millénarisme » ? Or cette idée du règne des mille ans vient du chapitre 20 de l’Apocalypse. Ce livre n’est-il donc pas le prétexte d’une hérésie ? En dénonçant le millénarisme, le magistère veut éviter toutes les illusions idéologiques d’un règne de Dieu sur la terre avant la grâce très spéciale de la venue glorieuse du Christ : il condamne l’imposture « d’un pseudo-messianisme » qui « se dessine déjà dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers ce jugement eschatologique » (CEC 675-676). Or l’Apocalypse de Jean et son « règne de 1000 ans » n’induit pas l’hérésie du millénarisme qui prétend réaliser le Royaume AVANT la Parousie puisque ces « 1000 ans » adviennent APRÈS le jugement eschatologique de la Bête et du faux prophète par le Verbe de Dieu venant dans la gloire céleste.

Ainsi, le psaume est encore plus riche : « Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce et que tes fidèles te bénissent ! Ils diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits. » Oui, il y a un bel avenir devant nous.

« Les yeux sur toi, tous, ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; tu ouvres ta main : tu rassasies avec bonté tout ce qui vit », oui, c’est aussi la promesse de l’Apocalypse, soit pour le temps de la persécution, représenté par la Femme-Eglise au désert, « tandis que la Femme s'enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu'elle y soit nourrie 1.260 jours » (Ap 12, 7), soit pour le temps de la Parousie, où, symboliquement « des arbres de Vie qui fructifient douze fois, une fois chaque mois ; et leurs feuilles peuvent guérir les païens » (Ap 22, 2).

Le psaume dit aussi : « Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait ». Dans nos situations inextricables, Dieu agit avec des moyens justes, et le résultat est vraiment juste. « Il est proche de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité ».

Deuxième lecture (Ep 4, 1-6)

1 Frères, moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous exhorte à vous conduire d’une manière digne de votre vocation : 2 ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; 3 ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. 4 Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. 5 Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, 6 un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous. – Parole du Seigneur.

En araméen, « l’Esprit », c’est le vent ou le souffle. Les vertus telles que l’humilité la douceur et la patience sont vécues dans un certain souffle, elles s’inscrivent dans le rythme de la vie, comme une respiration.

Saint Paul nous dit d’avoir de la patience. Certains tempéraments patients endurent longtemps, et, un jour, explosent et tout vole en éclat… La patience va avec « l’unité dans l’Esprit » dont parle aussi saint Paul, c’est-à-dire dans une certaine justice où est rendu ce qui est dû à chacun. Et il y a un rythme à respecter. Comme dans le psaume, « tu leur donnes la nourriture au temps voulu », de même, celui qui a de la patience va pouvoir résoudre ses difficultés au temps voulu.

Saint Paul nous dit d’avoir de l’humilité.

Certains tempéraments actifs et décideurs sont des locomotives… Fiers de leurs réalisations, ils ne voient guère leurs défauts, ni devant Dieu, ni devant les autres… Il arrive que si on leur fait une remarque, ils jouent sur le déni, ou trouvent un bouc émissaire… Leur manque d’humilité fragilise leur œuvre, leurs défauts blessent l’unité, et les mènent à l’échec, tôt ou tard.

Dans la Genèse, après la faute, il est dit que Dieu chercha Adam : Adam, où es-tu ? Et Adam a répondu : je me suis caché parce que je suis nu ! L’humilité d’Adam a obtenu la promesse d’un Rédempteur… Mais s’il s’était maintenu caché, il n’aurait pas obtenu la promesse d’un Rédempteur. Or il y a plein de manière de se maintenir caché après une faute : le déni, « je n’ai pas dit ça », mettre le tort sur les autres, « ce n’est pas moi, c’est untel », etc. C’est l’enlisement, l’impasse. « Adam, où es-tu ? » Et Adam a répondu : « je me suis caché parce que je suis nu ! » Alors la miséricorde est possible. Combien il est important d’apprendre aux jeunes enfants à s’excuser, à demander pardon, à avoir confiance dans la puissance créatrice du pardon. Et ensuite dans la vie professionnelle.

Certains tempéraments ont spontanément une grande humilité devant Dieu, reconnaissant facilement leurs fautes et le fait que leurs talents sont des dons reçus. Ils souffrent de leurs propres imperfections, mais aussi de celles des autres, et, cette souffrance peut les submerger, l’imagination peut s’en mêler et envahir la personne de peur et de tristesse. Leurs exigences morales peuvent devenir insupportables pour les autres. Ceux-là doivent apprendre à être doux et patient, y compris envers eux-mêmes, s’accorder d’avoir été imparfait sans dramatiser. Et être doux et patient envers les autres dont les tempéraments différents sont aussi une richesse.

« Ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix ».

Certains tempéraments sont très sensibles à la paix, ils fuient les conflits, ils évitent de prendre position et ne s’engagent pas. Mais la paix, ce n’est pas cela. Deux mots en araméens sont traduits en français par « paix » : šaynā, la tranquillité qui peut s’accompagner de compromissions. En Lc 12, 51, Jésus dit : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix [šaynā] sur la terremais la division ». Jésus ne donne pas la paix šaynā, mais il donne la paix šlamā, qui signifie la plénitude reçue de Dieu et transmise.

La paix se cultive. L’unité se construit par un travail relationnel de vérité, de compréhension, de justice. Une famille se maintient unie par une pratique de la sagesse, avec des temps de paroles, de détente, de prière, de pardon, de remerciement, de fête, etc. La nonchalance, une maison mal entretenue, finit par détruire la paix. La nonchalance, une équipe de travail où l’on fait attendre la demande de quelqu’un pendant des années, cela aussi détruit l’unité. Combien il est important d’apprendre aux jeunes enfants à être actif, bâtisseur d’unité autour de bonnes actions…

Saint Paul élève ensuite la perspective. L’unité, au-delà des différences de tempérament, au-delà des différences de rythme, tient parce que nous avons un même but, une même espérance. « Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous ».

Parce que nous avons une même espérance, nous traversons les tempêtes, nous surmontons nos divisions dans un projet commun.

Dieu est au-dessus de tous : donc humilité. « Par tous » : Dieu me parle par un enfant, par un collègue, par un inconnu, Dieu me parle par tous. Dieu est « en tous » : Dieu inspire les autres aussi : Dieu agi par les autres pour moi, et Dieu agit par moi pour les autres.

Nous avons une seule foi, et voici comment S. Irénée de Lyon, vers l’an 200, témoignait de l’unité de l’Église.

« 173 "En effet, l'Église, bien que dispersée dans le monde entier jusqu'aux extrémités de la terre, ayant reçu des apôtres et de leurs disciples la foi... garde (cette prédication et cette foi) avec soin, comme n'habitant qu'une seule maison, elle y croit d'une manière identique, comme n'ayant qu'une seule âme et qu'un seul coeur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d'une voix unanime, comme ne possédant qu'une seule bouche" (hær. 1, 10,1-2).

174 "Car, si les langues diffèrent à travers le monde, le contenu de la Tradition est un et identique. Et ni les Eglises établies en Germanie n'ont d'autre foi ou d'autre Tradition, ni celles qui sont chez les Ibères, ni celles qui sont chez les Celtes, ni celles de l'Orient, de l'Égypte, de la Libye, ni celles qui sont établies au centre du monde ..." (ibid.) "Le message de l'Église est donc véridique et solide, puisque c'est chez elle qu'un seul chemin de salut apparaît à travers le monde entier" (ibid.,5, 20,1).

175 "Cette foi que nous avons reçue de l'Église, nous la gardons avec soin, car sans cesse, sous l'action de l'Esprit de Dieu, telle un dépôt de grand prix renfermé dans un vase excellent, elle rajeunit et fait rajeunir le vase même qui la contient" (ibid., 3, 24,1) ». (Catéchisme de l’Église catholique 173-175)

Évangile (Jn 6, 1-15)

-1-

6, 1 Après ces choses,
Jésus s’en alla au-delà de la mer de Galilée, / [ou] de Tibériade.

2 Et le suivirent / des foules nombreuses,
parce qu’elles voyaient les signes / qu’il faisait chez les malades.

      3 Et Jésus monta à la montagne,
et il était assis, là, / avec ses disciples.

-2-

4 Or la fête de Pâque des Juifs / était proche.

5 Et Jésus leva les yeux / et vit une foule nombreuse qui venait auprès de lui.
Et il dit à Philippe : / ‘Où achèterons-nous du pain pour que mangent ceux-ci ?’

6
Or, ceci, il le dit, / en le testant.

Lui, en effet, / il savait ce qu’il allait faire.

      7 Philippe lui dit :
‘Deux cents deniers de pain, / ce n’est pas suffisant pour eux,

même si chacun d’eux n’en prenait / qu’un tout petit peu !’

8 Un de ses disciples lui dit / – André, le frère de Simon-Pierre – :
9
‘Il y a ici / un garçon,

qui a cinq galettes d’orge / et deux poissons !

Mais, ces choses, / que sont-elles pour tous ceux-ci ?’

-3-

10 Jésus leur dit : / ‘Faites que tout le monde s’installe !’
Or il y avait beaucoup d’herbe / en ce lieu-là.

Et ils s’installèrent, / au nombre de cinq mille hommes.

11 Et Jésus éleva le pain,
et il bénit [il dit la bénédiction] / et [le] partagea pour ceux qui étaient installés.

Et de même aussi avec les poissons / autant qu’ils en voulurent.

12 Et, lorsqu’ils furent rassasiés, / il dit à ses disciples :
‘Rassemblez les morceaux qui sont restés, / afin que rien ne se perde.’

13 Et ils [les] rassemblèrent / et remplirent douze paniers de morceaux,
ceux qui restèrent / à ceux qui mangèrent des cinq pains d’orge.

&

14 Or ces hommes qui virent le signe que fit Jésus / disaient :
‘Vraiment, / celui-ci est Le prophète venant pour le monde !’

15 Or Jésus sut qu’ils allaient venir le ravir / et qu’ils le feraient roi ;
et il quitta [les lieux] pour la montagne, / lui tout seul.

Gestes clés

S’installer (estmek) : ce verbe signifie aussi s’appuyer, s’attabler, se poser, même verbe en Mc 6, 39 et Jn 13, 12.

Jésus éleva le pain, et il bénit [Dieu] : le geste de Jésus accompagne la prière de bénédiction qui s’adresse au Père, donc en levant les yeux.

Utiliser les 5 doigts pour indiquer les 5 pains et les 5000 hommes.

Commentaire.

Nous allons d’abord suivre mon livre « Le témoignage primitif de Pierre et Jean », Parole et Silence 2024.

Tous accouraient vers Pierre et Jean sous la colonnade de Salomon (Ac 3, 11). Et les deux apôtres vont témoigner en suivant cinq structures d’alternance qui ont été annoncées dans le discours de Pierre à la Pentecôte (Actes 2, 22-24) : Dieu a accrédité Jésus ou l’a « oint », Jésus a fait des miracles (guérisons et résurrections) et « des prodiges et des signes » (de la multiplication des pains à l’Eucharistie), il a été crucifié, il est ressuscité. Ainsi, les deux apôtres vont présenter dans une catéchèse mystagogique le rite chrétien, et ils doivent être prêts à en rendre compte devant le Sanhédrin. Sur ce thème, nous repérons facilement chez Jean le « discours du Pain de Vie », précédé de la multiplication des pains que l’on trouve aussi dans l’évangile de Marc (c’est-à-dire de Pierre) ; ceci constitue le début de l’enseignement. La fin de l’enseignement se trouve dans l’annonce de Pierre, qui transmet, et lui seul, « l’institution de l’Eucharistie » lors de la dernière Cène (Mc 14, 22-25). Au centre, la Transfiguration (Mc 9, 1-9) semble illuminer tout ce collier d’une lumière de gloire.

Dans la perle que nous avons entendue, la mention des pains d’orge (Jn 6, 13) correspond au repas de deuil après la mort de Jean-Baptiste. Après le martyre de Jean-Baptiste, ses disciples vont l’ensevelir dans un tombeau (Mc 6, 29). Puis les disciples de Jésus rentrent de mission, et Jésus les amène dans un lieu à l’écart, on peut alors comprendre, qu’étant le proche parent de Jean le Baptiste, la coutume veut que Jésus offre une petite réception, un qūbālā de deuil, durant lequel on mange du pain d’orge non levé, accompagné non pas de viande, mais de poisson, sans doute parce que le poisson évoque la mer et que la mer évoque le séjour des morts. Un jeune garçon a deux gros poissons et cinq pains, c’est-à-dire le nécessaire pour un petit comité. Or voici que la foule les y rejoint. Il faut bien les accueillir.

Les 5 pains et 2 poissons apportés par l’enfant et présentés par André rappellent les 5 rouleaux de la Torah (Jn 6, 9). Ils sont insuffisants, comme tout ce que l’homme peut apporter en termes de travail humain, et même en termes de fidélité à la Torah.

Le miracle rappelle la manne donnée par Moïse, et les gens reconnaissent en Jésus « Le Prophète qui doit venir dans le monde » (Jn 6, 14 cf. Dt 18, 15), à ceci près que Jésus « multiplie », ce qui prépare le sacrement qui « multipliera sa présence » partout où il sera célébré.

Les restes remplissent douze paniers, ce qui évoque les douze tribus d’Israël, et bientôt tous ceux qui seront évangélisés le long des routes commerciales animées par ces douze tribus.

Après la multiplication des pains, Jésus ne veut pas qu’on le faisse roi (Jn 6, 15). Il refuse de recevoir des hommes l’onction royale : sa royauté messianique lui vient d’une onction mystérieuse : divine.

Le signe donné par Jésus est éloquent : les 200 deniers, frappés à l’effigie du pouvoir, ne suffisent pas à nourrir les hommes, voilà un signe qui écarte la tentation récurrente d’imposer le monde idéal, le royaume de Dieu, par la force de coercition d’un pouvoir terrestre.

En même temps, tout ne tombe pas « du Ciel ». Il faut bien remarquer que Jésus ne reproduit pas le don de la manne : il multiplie les pains. Chacun doit apporter sa part, ce qu’il a, son désir, sa confiance ; la présence eucharistique ne se confond pas avec une présence universelle, mais elle est attachée aux oblats et aux lieux de la célébration, qui se multiplieront au cours des siècles.

Nous allons encore suivre aussi mon livre « Jean, l’évangile en filet », Parole et Silence 2020.

Dans l’évangile de Jean, la perle que nous avons entendue est la première perle d’un fil que nous pourrions appeler « le fil du Pain de Vie », et qui est le troisième fil du « filet de Jean ». La multiplication des pains (perle 3A) et la marche sur la mer (perle 3B) rappellent la geste de Moïse, d’autant plus que la fête de Pâque, mémorial de l’Exode, est proche. Or Jésus sera la vraie Pâque, c’est pourquoi la question du pain, préparé par le don de la manne, est centrale. La vie, c’est-à-dire le salut, sera offert partout à travers du pain : le Pain de Vie, c’est le Pain du Ciel, le corps et le sang du Fils de l’homme (perle 3C) et Jésus insiste sur cette image du « Fils de l’homme » qui vient du Ciel et y montera (perle 3D : personne ne comprend que manger son corps soit de l’anthropophagie, mais une communion aux réalités célestes). Fils de l’homme venant sur les nuées du Ciel, Jésus ne peut être soumis au jugement humain et n'a pas besoin de se montrer en spectacle (Jn 7, 1-10 perle 3E). Pour comprendre, il faut vouloir faire la volonté de Dieu : « Qui veut faire Sa volonté, comprend si mon enseignement est de Dieu » (Jn 7, 17 perle 3F). Et vouloir vraiment faire la volonté de Dieu, c’est-à-dire vivre dans l’Esprit Saint, c’est beaucoup plus difficile que d’accepter Jésus simplement comme le Messie et le roi d’Israël.

Date de dernière mise à jour : 29/06/2024