Baptême du Seigneur B

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Et Radio fidélité, et radio Ecclésia

Première lecture (Is 55, 1-11)

Psaume :  Cantique (Is 12, 2, 4bcd, 5-6)

Deuxième lecture (1 Jn 5, 1-9)

Évangile (Mc 1, 7-11)

 

Première lecture (Is 55, 1-11)

Ainsi parle le Seigneur : Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David. Lui, j’en ai fait un témoin pour les peuples, pour les peuples, un guide et un chef. Toi, tu appelleras une nation inconnue de toi ; une nation qui ne te connaît pas accourra vers toi, à cause du Seigneur ton Dieu, à cause du Saint d’Israël, car il fait ta splendeur.

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur.

Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. – Parole du Seigneur.

Le Seigneur est un grand Dieu d’amour. Il te donne l’eau, le vin, le lait et il « fait ta splendeur ». Il s’agit d’entrer dans ses vues, dans ses chemins, dans son mode de pensée.

En exil, le peuple a connu le manque, l’humiliation et l’incertitude. La monarchie davidique semblait définitivement brisée depuis la prise de Jérusalem par les Babyloniens en 587/586 avant Jésus-Christ, mais Isaïe affirme que l’engagement de Dieu envers David n’est pas annulé par la catastrophe : « Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David. Lui, j’en ai fait un témoin pour les peuples » (Is 55,3-4). « Sans argent, sans rien payer » signifie que le salut est un don de Dieu, une grâce offerte à ceux qui se tournent vers lui, autrement dit, la restauration ne sera pas le fruit de la richesse ou des forces humaines. La question « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas ? » (Is 55,2) vise probablement les faux appuis auxquels les exilés pourraient être tentés de s’attacher.

L’accomplissement le plus explicite de ces versets se trouve à la fin de l’Apocalypse. Dieu dit également : « À celui qui a soif, je donnerai de la source de l’eau de la vie, gratuitement » (Ap 21,6). L’eau de la vie jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau, c’est-à-dire Jésus (Ap 22,1). Et la grande invitation prophétique « Vous tous qui avez soif, venez » (Is 55,1) devient l’appel universel lancé par l’Esprit et l’Église-Épouse : « Que celui qui a soif vienne ; que celui qui le veut reçoive gratuitement l’eau de la vie » (Ap 22,17), ce verset décrit la Parousie, le temps de la venue glorieuse du Christ.

 « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! » (Is 55, 6-7). Nous sommes parfois attachés à de mauvaises stratégies, à des pensées perfides, nous pensons parfois faire le bien par des moyens injustes. Abandonnez de tels chemins : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. » (Is 55, 9).

Ou bien nous pensons que Dieu ne peut pas pardonner ceci ou cela. C’est faux. « Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. » (Is 55, 8). Et Jésus dit à sainte Faustine : « Mon cœur déborde d’une grande miséricorde pour les âmes et particulièrement pour les pauvres pécheurs. Si elles pouvaient comprendre que je suis pour elles le meilleur Père, que c’est pour elles que le sang et l’eau ont jailli de mon cœur comme d’une source débordante de miséricorde » (Petit Journal § 367).

« Mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées » (Is 55, 9). Nos actions ne peuvent pas égaler celles de Dieu et nos pensées ne peuvent percevoir qu’un bien particulier, par exemple : notre équilibre personnel, le bien de notre famille, de notre pays, ou même du monde entier, mais sous un aspect partiel avec des informations très imparfaites. Si notre intention est bonne, « pour une raison de bien » dit saint Thomas, alors nous sommes dans la volonté divine « quant au motif du vouloir ». Cependant, nous ne connaissons pas la pensée de Dieu. « Dans la gloire cependant, tous verront en chacune de leurs volontés particulières l’ordre que Dieu établit entre ce que les gens veulent et ce qu’il veut lui-même. Et c’est pourquoi les gens conformeront en tout leur volonté à celle de Dieu, non seulement formellement, mais aussi matériellement » (I-IIa Qu.19 a.10 s1).

En attendant cette claire vision, évitons de juger des intentions des autres, surtout de ceux qui prient, car les pensées de Dieu sont loin de nos pensées…

Enfin, l’oracle d’Isaïe compare la Parole de Dieu à la pluie qui descend des cieux. Jésus-Christ est cette Parole définitive et efficace qui est venue du Père et qui est retournée à Lui, en réalisant parfaitement sa volonté dans le monde. Comme Jésus a dit à Capharnaüm : « Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. Or c'est la volonté de celui qui m'a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu'il m'a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour » (Jean 6, 38-39).

De plus, la Parole de Dieu annoncée en Jésus doit avoir un résultat. Le verset « ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission » s’accomplira selon la prière du Notre Père, enseignée par Jésus. En particulier, la prière « que ton règne vienne, que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel » s’accomplira certainement ; le catéchisme nous dit à ce sujet : « Dans la prière du Seigneur, il s’agit principalement de la venue finale du Règne de Dieu par le retour du Christ » (CEC 2818).

Dans l’évangile, l’Esprit Saint est représenté par un fleuve d’eaux vives (Jn 7, 38-39) de sorte que nous pouvons aussi comparer à l’Esprit Saint à « la pluie et la neige qui descendent des cieux [et qui] n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger » (Is 55, 10). La fin de l’Apocalypse parle du « fleuve d’eaux vives » qui « sortait du Trône de Dieu et de l’Agneau [le Fils] » (Ap 22,1). L’Esprit Saint est la communication aux hommes de la vie trinitaire, divine. Dieu est le Dieu vivant parce qu’il est trinitaire. L’Esprit Saint est une procession de lumière qui irriguera la Cité des hommes, préparée à passer dans l’éternité « pour les siècles des siècles » (Ap 22, 5).

Psaume :  Cantique (Is 12, 2, 4bcd, 5-6)

« Voici le Dieu qui me sauve : j’ai confiance, je n’ai plus de crainte. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut. Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom, annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! Redites-le : ‘Sublime est son nom !’ Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence, et toute la terre le sait. Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël ! » 

« Voici le Dieu qui me sauve : j’ai confiance, je n’ai plus de crainte ». Le cantique d’Isaïe nous fait passer de la peur à la confiance. La confiance n’est donc pas l’assurance que tout se passera comme nous le souhaitons. Elle est la certitude que, quoi qu’il arrive, nous sommes entre les mains de Dieu. La vie spirituelle ne consiste pas à devenir des êtres constamment tendus vers la perfection, mais à apprendre à demeurer paisiblement dans l’amour de Dieu. Saint François de Sale écrit à sainte Jeanne de Chantal : « Ne vous troublez point, ne vous effrayez point ; les enfants de Dieu sont toujours bien gardés » (Lettre à sainte Jeanne de Chantal, 4 octobre 1604). Pensons-y souvent. Dieu est agissant, il est vivifiant. Lorsque nous prions, c’est surtout Dieu qui agit, qui prie en nous et qui nous transforme.

« Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut ». Ces mots sont particulièrement beaux parce qu’ils associent deux réalités qui pourraient sembler opposées : la force et le chant. La force évoque la solidité, la résistance, la capacité à traverser l’épreuve. Le chant évoque la joie, la beauté, la gratuité. Pour Isaïe, Dieu est à la fois la force qui soutient et la joie qui fait chanter.

Cette vérité trouve son accomplissement en Jésus. Son nom lui-même signifie « il sauve » (Mt 1,21). Lorsque Siméon prend Jésus dans ses bras, il peut dire : « Mes yeux ont vu le salut » (Lc 2,30). Le baptême du Christ nous révèle que Dieu vient lui-même au milieu de son peuple ; le Père dit : « ‘Tu es mon Fils bien-aimé, / toi, en qui je me suis complu.’» (Mc 1,11). Cette parole ne s’adresse pas directement à nous. Elle concerne d’abord Jésus. Jésus est le Fils unique, le Fils bien-aimé du Père. Mais par notre baptême, nous sommes incorporés au Christ et nous devenons, en lui, enfants adoptifs de Dieu (Rm 8,15-17 ; Ga 4,4-7).

Saint François de Sales ne cherche pas une sainteté extraordinaire, réservée à quelques âmes privilégiées. Il cherche une sainteté qui transforme la vie ordinaire. Dans l’Introduction à la vie dévote, il insiste sur la fidélité dans les petites choses : la sainteté se construit dans les réalités quotidiennes, dans les devoirs ordinaires, dans les gestes concrets accomplis avec amour (François de Sales, Introduction à la vie dévote, III, 35).

Ainsi, « ma force et mon chant, c’est le Seigneur » ne signifie pas nécessairement accomplir de grandes choses pour Dieu. Cela peut signifier vivre simplement sa journée avec Dieu.

Le cantique devient ensuite une véritable explosion de joie : « Rendez grâce au Seigneur », « proclamez son nom », « annoncez », « redisez », « jouez », « jubilez », « criez de joie » (Is 12,4-6). La joie chrétienne ne se confond pas avec le bruit, elle est plus profonde que l’émotion. Elle vient de la certitude que Dieu est fidèle.

Isaïe dit : « annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! » (Is 12,4). Après sa résurrection, Jésus envoie ses disciples vers toutes les nations (Mt 28,19-20). L’Église existe pour annoncer les merveilles de Dieu. Mais l’évangélisation ne commence pas nécessairement par des discours. Elle commence par une vie transformée. Il ne s’agit pas de gagner une discussion, mais de gagner un cœur.

Lorsque le cantique proclame : « il est grand au milieu de toi », nous pouvons reconnaître la présence du Christ dans l’Eucharistie. Et lorsque nous chantons avec Isaïe : « Sublime est son nom ! », nous pouvons entendre cette louange à la lumière de Jésus : sublime est le nom de celui qui est descendu dans notre humanité, qui a traversé les eaux du Jourdain, qui a porté nos péchés sur la croix et qui est ressuscité pour notre salut (Ph 2,6-11).

« Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence » (Is 12,5). Le langage musical du cantique est important. Le croyant qui a fait l’expérience du salut ne peut plus seulement parler de Dieu avec des mots froids. Son cœur devient capable de chanter.

L’âme ne doit donc pas seulement savoir que Dieu existe. Elle doit apprendre à l’aimer.

Et lorsqu’elle aime Dieu, même les choses ordinaires prennent une lumière nouvelle parce qu’elle les reçoit de la main de grand Dieu d’amour.

Isaïe affirme : « il montre sa magnificence, et toute la terre le sait » (Is 12,5).  À son tour, le baptisé devient témoin.

« Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël ! »  (Is 12,6). Toute l’histoire biblique est traversée par cette conviction. Dieu fait sortir Israël d’Égypte, le conduit dans le désert, lui donne une terre, le relève après ses infidélités et lui promet un avenir nouveau (Ex 14,13-14 ; Dt 7,6-9 ; Is 43,1-4).

Tout le cantique converge vers cette affirmation. Pourquoi puis-je avoir confiance ? Parce que Dieu est au milieu de son peuple. Pourquoi puis-je ne plus avoir peur ? Parce que Dieu est présent. Pourquoi puis-je chanter ? Parce que Dieu est là. Pourquoi puis-je annoncer ses merveilles ? Parce que j’ai fait l’expérience de sa présence.

Et pourquoi le baptême de Jésus est-il si important ? Parce qu’au Jourdain, cette présence de Dieu au milieu de son peuple prend le visage de Jésus.

Le Christ se comportait vis-à-vis de Dieu comme un Fils plein de confiance, il s’abandonnait à sa volonté et cela lui donnait une force et une puissance divine.

De même, dans la vie du monde, Dieu est agissant, il permet certaines choses épouvantables, mais il agit profondément et son action est sublime et magnifique.

Lors du baptême de Jésus au Jourdain, quand Jésus remonta de l’eau, « il vit que se déchirèrent les Cieux » (Mc 1,10). L’expression est très forte. Quelque chose qui semblait séparé se trouve désormais ouvert : le ciel et la terre, Dieu et l’humanité. Et cela rejoint l’attente d’Israël exprimée ailleurs par Isaïe : « Ah ! si tu déchirais les cieux, si tu descendais ! » (Is 63,19).

L’Esprit descend. La voix du Père se fait entendre. Et au milieu de cette manifestation trinitaire se tient Jésus. Le cantique disait : « il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël ! » (Is 12,6). Au bord du Jourdain, nous découvrons précisément cette présence de Dieu au milieu de son peuple, mais désormais d’une manière incomparable : Dieu est là dans son Fils. Et celui qui est pétri de culture biblique peut comprendre que par la descente de l’Esprit Saint, Jésus est consacré comme « Saint des Saints », selon la prophétie de Daniel (Dn 9,24) qui attendait un accomplissement (le Saint des Saints ne reçoit pas d’onction ; Dn 9,24 était une prophétie messianique voilée). Jean-Baptiste, qui est de famille sacerdotale, est dans le rôle de celui qui « dédicace » ce Messie « Saint des Saints ». Oui, en Jésus, « il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël ! »

Deuxième lecture (1 Jn 5, 1-9)

Bien-aimés, celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu ; celui qui aime le Père qui a engendré aime aussi le Fils qui est né de lui. Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ; et ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?

C’est lui, Jésus-Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité. En effet, ils sont trois qui rendent témoignage, l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois n’en font qu’un. Nous acceptons bien le témoignage des hommes ; or, le témoignage de Dieu a plus de valeur, puisque le témoignage de Dieu, c’est celui qu’il rend à son Fils. – Parole du Seigneur. 

v. 1. Il s’agit de croire et d’aimer. Croire que Jésus est le Christ, c’est-à-dire le Messie, celui qui est oint de l’Esprit Saint. Nous fêtons le baptême du Christ qui nous montre l’Esprit Saint sur Jésus et qui nous fait entendre la voix du Père. Croire que Jésus est le Christ, c’est enraciner notre vie sur la personne du Christ, le Fils du Père. En araméen, le verbe croire a un sens concret, comme  de prendre appui sur. Il ne s’agit pas d’avoir une idée chrétienne, il s’agit de s’appuyer sur Jésus comme étant le Christ, le Messie qui est le Fils de Dieu (Mc 1,1). C’est pourquoi saint Jean peut dire que celui croit cela, qui s’appuie cela, est « né de Dieu », car il entre dans la même relation filiale. Il s’agit de croire, d’avoir confiance, et d’aimer : « celui qui aime le Père qui a engendré aime aussi le Fils qui est né de lui ».

v. 2 « Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. »

Aimer Dieu, c’est se complaire en lui. C’est non seulement le remercier pour ses dons, mais c’est le louer pour lui-même. Aimer Dieu qui se révèle beau dans les œuvres de la création, qui se révèle bon dans ses miracles et dans la vie des saints qui sont le fruit de sa grâce, aimer Dieu qui se révèle vrai dans ses enseignements et dans le témoignage des saints et des martyrs.

Accomplir ses commandements, c’est éviter le mal et accomplir le bien. Accomplir ses commandements, c’est être droit et honnête, être juste, dire la vérité quoiqu’il en coûte. Dans l’évangile est raconté cet épisode éloquent où quelqu’un court vers Jésus et demande ce qu’il doit faire, et Jésus lui dit :

« 19 Les commandements, / tu les connais :
Ne commets pas d’adultère. / Ne vole pas.
Ne tue pas[1]. / Ne porte pas de témoignage trompeur.
Ne fais pas de tort[2].
Honore ton père / et ta mère.
20 Or lui, il répondit / et lui dit :
‘Maître [docteur], tous ceux-ci, je les ai gardés, / depuis mon enfance.’
21 Alors Jésus fixa son regard sur lui, / et l’aima. » (Mc 10,19-21 de la Pshitta).

Saint Jean répète encore deux fois le mot commandement : « Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements » (v.2), et « et ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. » (v.3-4). Ici le mot monde signifie l’esprit du monde, la logique du monde qui nous pousse par exemple à voler à mentir. « ». Lorsqu’on est né de Dieu, on est un fils dans la maison de Dieu, on connaît les mœurs divines qui ne sont pas un fardeau mais la dignité des fils.  

Et, comme en inclusion avec le verset 1, saint Jean répète la même idée : « Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? » (1 Jn 5,5).

« C’est lui, Jésus-Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang » (1 Jn 5,6).

L’eau évoque celle du sein maternel ou celle du baptême. Le sang évoque le don de la vie. Dans l’Évangile, l’eau et le sang apparaissent précisément au terme de la Passion. Le disciple affirme avoir vu et témoigne de ce qu’il a vu (Jn 19,35). Le Fils de Dieu est véritablement venu dans la chair et il a réellement donné sa vie.

Après l’eau et le sang, saint Jean introduit le troisième témoin : « celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité » (1 Jn 5,6).

Dans l’Évangile selon saint Jean, l’Esprit Saint est précisément présenté comme le témoin intérieur de Jésus. Jésus annonce : « Quand viendra le Défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur » (Jn 15,26). L’Esprit Saint conduit à Jésus et fait entrer dans la vérité sur Jésus.

L’Esprit fait passer la foi d’une connaissance extérieure à une conviction intérieure. Cela explique pourquoi la foi chrétienne n’est jamais seulement une affaire de raisonnement. Il y a une lumière intérieure qui vient de Dieu. Saint Paul dira que « personne ne peut dire : “Jésus est Seigneur”, sinon dans l’Esprit Saint » (1 Co 12,3).

Saint Jean poursuit : « ils sont trois qui rendent témoignage, l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois n’en font qu’un » (1 Jn 5,7).

Il faut remarquer que le vocabulaire du « témoignage » est central. Le mot appartient au langage juridique : lorsqu'une affaire doit être établie, plusieurs témoins peuvent confirmer la vérité d’un événement (Dt 19,15).

La conclusion du passage est particulièrement forte : « Nous acceptons bien le témoignage des hommes ; or, le témoignage de Dieu a plus de valeur, puisque le témoignage de Dieu, c’est celui qu’il rend à son Fils » (1 Jn 5,9).

Dans notre vie, nous accordons notre confiance à des témoins. Nous croyons quelqu’un parce que nous le connaissons, parce qu’il est digne de confiance, parce que nous avons des raisons de croire sa parole. Mais lorsque Dieu lui-même rend témoignage à son Fils, nous atteignons le fondement ultime de la foi. Le Père témoigne du Fils au baptême de Jésus : « ‘Tu es mon Fils bien-aimé, / toi, en qui je me suis complu.’» (Mc 1,11). La résurrection constitue également le grand sceau de Dieu posé sur la mission du Fils (Rm 1,4).

Ce texte de saint Jean possède une immense portée spirituelle parce qu’il nous apprend ce que signifie croire. Le chrétien connaît la souffrance, la maladie, les déceptions, les deuils, les échecs et parfois même le doute. Mais il possède quelque chose que le monde ne peut pas lui enlever : la certitude d’être aimé de Dieu dans le Christ. La foi devient alors une manière nouvelle de traverser les événements. Saint Jean nous a dit qu’il s’agit de vaincre, c’est donc qu’il y a une lutte, mais la victoire n’est pas une victoire de puissance humaine. C’est la victoire humble de celui qui demeure attaché au Christ. Au fond, saint Jean nous invite à revenir à l’essentiel : croire en Jésus, demeurer dans son amour et laisser cette foi produire en nous une vie nouvelle.

Évangile (Mc 1, 7-11)

  • L’Évangile selon saint Marc, pour la proclamation orale. Traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. Préface de Mgr Mirkis (Irak), L’Harmattan 2026.
  • L’Évangile selon saint Marc, en lien avec le calendrier synagogal. Traduction depuis la Pshitta. La question synoptique. Préface de  Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2026.

« 7 Et il prêchait / en disant :
‘Voici, venant après moi, / celui qui est plus fort que moi.
Celui [devant] lequel je ne suis pas digne[3] de m’incliner, / [pour] délier les lacets de ses sandales.

8 Moi, je vous ai immergés / dans les eaux ;
or, lui, il vous immergera / dans[4] l’Esprit de Sainteté[5] !’

9 Et ce fut en ces jours-là / que Jésus vint de Nazareth de Galilée,
et fut immergé dans le Jourdain / de la main de Jean.

10 Et aussitôt qu’il remonta de l’eau, / il vit que se déchirèrent les Cieux, 
et l’Esprit comme une colombe / qui descendit sur lui[6].

11 Et il y eut une voix / depuis les Cieux :
‘Tu es mon Fils bien-aimé, / toi, en qui je me suis complu.’»

 – Acclamons la Parole de Dieu. 

Jean-Baptiste, de famille sacerdotale, organise ce que l’on pourrait appeler une « paraliturgie ». En baptisant « tandis qu’ils confessaient leurs péchés » (Mc 1,5), il touche au rite central du Lévitique, la demande de pardon du Yom Kippour (Lv 16), et il suggère que le Temple n’a plus l’exclusivité de la rémission des péchés.

En annonçant que Jésus « immergera dans l’Esprit de Sainteté » (Mc 1,8), Jean-Baptiste annonce l’accomplissement de la préoccupation centrale du livre du Lévitique, la sanctification : « Vous vous sanctifierez pour être saints, car je suis YHWH votre Dieu. Vous garderez mes lois et vous les mettrez en pratique, car c’est moi YHWH qui vous rends saints » (Lv 20,7-8). C’est donc une grâce nouvelle rendant possible aux hommes une sainteté divine.

Jean-Baptiste introduit celui qu’annonçaient les prophètes, celui, dit-il, devant lequel « je ne suis pas digne de m’incliner » (Mc 1,7). Dans la bouche du fils de Zacharie, « digne de m’incliner » a une valeur liturgique. Si l’on accompagne le récitatif évangélique de quelques gestes sobres, il faut se pencher et s’incliner, et non pas seulement s’accroupir pour délier les lacets. Selon le texte grec, Jean-Baptiste dit : « je ne suis pas capable de m’incliner » et le sens est un peu différent.

Jésus, dit Jean-Baptiste, « vous immergera dans l’Esprit de Sainteté » (Mc 1,8) – rūḥā d-qūdšā, l’Esprit Saint, l’Esprit de Sainteté, ou l’Esprit du lieu saint. L’Esprit Saint est sanctifiant et Jean-Baptiste annonce que Jésus a une fonction sanctifiante. Dans le contexte de l’époque – Anne (Hanan) a accaparé le rôle de grand prêtre en l’an 6, son successeur et beau-fils Caïphe a été choisi par le pouvoir hérodien. Le Temple a pour rôle de sanctifier le pays, c’est la maison de sainteté. Dire que Jésus immergera les gens dans l’Esprit de Sainteté, c’est déjà le situer, au minimum, comme nouveau Grand prêtre dans le Saint des Saints où les chérubins chantent le Dieu trois fois saint (Is 6). Ce que déclare Jean-Baptiste peut donc être perçu comme une menace pour l’autorité en place ou comme une espérance immense.

Et… Surprise ! Jésus, « le plus fort » (v.7) se fait baptiser par Jean (v.9) ! Certainement, en se faisant baptiser, Jésus reconnaît que l’œuvre de Jean-Baptiste correspond à la volonté divine, et il tient à le faire savoir. Mais à la différence des foules, Jésus vient de Galilée, il ne vient pas « vers lui » et il ne confesse pas ses péchés.

Dès qu’il remonte des eaux, l’Esprit Saint descend et demeure sur sa personne (v.10). En récitant, de la main droite, on suggère la colombe qui descend en tournoyant au-dessus de la tête. Le baptême au Jourdain n’inaugure pas la filiation divine de Jésus[7]. Par la descente de l’Esprit Saint, Jésus est consacré comme « Saint des Saints », selon la prophétie de Daniel (Dn 9,24) qui attendait un accomplissement (le Saint des Saints ne reçoit pas d’onction ; Dn 9,24 était une prophétie messianique voilée). Jean-Baptiste, qui est de famille sacerdotale, est dans le rôle de celui qui « dédicace » ce Messie « Saint des Saints », donc présence divine au milieu du peuple.

Et tout cela est possible parce que l’humanité de Jésus est unie à la divinité, ce qu’il revient à la voix céleste d’annoncer : « Tu es mon Fils bien-aimé, toi, en qui [bāk] je me suis complu [eṣṭbīṯ] » (v.11). Nous avons ici, conjugué à la forme passive ou réfléchie, le verbe ṣbā, qui signifie « vouloir, désirer, aimer, se complaire en ». Jésus porte en son être profond la volonté [ṣeḇyānā, ṣḇūṯā] divine du Père ! Il est possible de dire que Jésus porte en lui le vouloir divin, pour souligner la puissance et le dynamisme correspondant à une forme verbale.

Dans la proclamation orale, on pourrait, de la main droite, faire un geste désignant le Fils (tu es mon Fils), puis sur le cœur (bien-aimé) et faire un geste de jaillissement en ouvrant les doigts (bāk eṣṭbīṯ).

En grec, le verbe eudokeō (v.11), malgré le lien avec « dokeō », ne tire pas du côté d’une bonne opinion, mais d’un bon vouloir[8]. Le sens de l’araméen est donc respecté, mais le fait de n’avoir plus la même racine que dans le mot « volonté » a peut-être contribué aux difficultés qui sont apparues plus tard dans les discussions relatives à la personne de Jésus jusqu’à ce que l’Église définisse qu’une telle union des volontés est le lieu de l’unité de la nature humaine et de la nature divine, au 2e concile du Latran en l’an 649 et au 3e concile de Constantinople (680-681)…

« Tu es mon Fils bien-aimé, toi, en qui je me suis complu » (v.11). La voix céleste reprend le psaume 2 qui s’adresse au Messie royal « Tu es mon fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré » (Ps 2,7) ; et elle cite Isaïe « Voici mon serviteur, que je soutiens, mon élu en qui mon âme se complaît » (Is 42,1). Elle révèle ainsi que Jésus est à la fois le Messie roi et le Serviteur humble puisque la suite de la prophétie donne : « il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité. Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre » (Is 42,3-4) ; et on peut lire aussi les autres chants du serviteur qui devient le « serviteur souffrant » (Is 49 ; 53).

Jésus reçoit l’amour du Père au moment où il commence sa mission.
Cette parole, « Tu es mon Fils bien-aimé », nous rappelle que nous sommes, nous aussi, profondément aimés de Dieu, qui désire que nous percevions l’amour qu’il a pour nous, car vraiment, il est un Dieu très bon, un Père très grand. L’Esprit Saint descend sur Jésus comme une colombe, signe de la présence et de la paix de Dieu. Nous pouvons entendre cet évangile comme une invitation à avoir confiance et à recevoir les événements de notre vie avec confiance : Père, si tu le veux, je le veux aussi… Pour entendre en retour : « Tu es mon enfant bien-aimé, toi, en qui je me suis complu ».

 

[1] SyrS, comme le grec, met « ne tue pas » avant « ne commets pas d’adultère » (comme en Exode 20).

[2] lā teṭlūm : Ne fais pas de tort, ne rejette pas, ne renie pas

[3] Araméen : šāwe, digne. Grec : ἱκανὸς, capable.

[4] Alors qu’en grec on a deux constructions différentes, en araméen, il s’agit d’un baptême dans « [b-] » l’eau et d’un baptême « dans [b-] » l’Esprit Saint.

[5] En araméen, l’adjectif est souvent remplacé par un complément de nom, avec d’infimes nuances : « rūḥā d-qūḏšā », c’est l’Esprit Saint, l’Esprit de Sainteté, ou l’Esprit du lieu saint : l’Esprit saint est sanctifiant.

[6] En araméen, Mc 1,10 et Mt 3,16 ont la préposition « ᶜl », sur, vers, à, près de, etc. Le grec a traduit « εις αυτον » (vers ou dans lui) pour Mc 1,10 et ἐπ᾽ αὐτόν (sur lui) pour Mt 3,16, ce qui est signe d’un original araméen des deux évangiles.

[7] L’hérésie de « l’adoptianisme » qui s’était développée en Espagne au temps de Charlemagne sera condamnée par le pape Adrien Ier.

[8] 1) ce qui semble bon à quelqu’un, il est de son bon plaisir. 1a) penser que ceci est bon, choisir, déterminer, décider. 1b) faire volontiers. 1c) être prêt à, préférer, choisir plutôt. 2) prendre plaisir à, être favorablement incliné envers quelqu’un.

Date de dernière mise à jour : 09/10/2026