4e Dimanche de Carême

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Première lecture (1 S 16, 1b.6-7.10-13a)

Psaume (Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)

Deuxième lecture (Ep 5, 8-14)

Évangile selon saint Jean, chap 9.

 

Jn 9 traduction pour l oraliteJn 9 traduction pour l'oralité, à télécharger (132.47 Ko)

 

Première lecture (1 S 16, 1b.6-7.10-13a)

« En ces jours-là, le Seigneur dit à Samuel : ‘Prends une corne que tu rempliras d’huile, et pars ! Je t’envoie auprès de Jessé de Bethléem, car j’ai vu parmi ses fils mon roi’. Lorsqu’ils arrivèrent et que Samuel aperçut Éliab, il se dit : ‘Sûrement, c’est lui le messie, lui qui recevra l’onction du Seigneur !’ Mais le Seigneur dit à Samuel : ‘Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur’. Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils, et Samuel lui dit : ‘Le Seigneur n’a choisi aucun de ceux-là.’ Alors Samuel dit à Jessé : ‘N’as-tu pas d’autres garçons ?’ Jessé répondit : ‘Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau’. Alors Samuel dit à Jessé : ‘Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu’il ne sera pas arrivé.’ Jessé le fit donc venir : le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau. Le Seigneur dit alors : ‘Lève-toi, donne-lui l’onction : c’est lui !’ Samuel prit la corne pleine d’huile, et lui donna l’onction au milieu de ses frères. L’Esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là. – Parole du Seigneur. »

David est un roi très aimé. La Bible ne donne de date ni pour le début du règne de Saül ni pour le début de règne de David. C’est donc avec une certaine imprécision que nous situons son histoire au XI° siècle avant J-C. Cette imprécision ne signifie pas que nous ayons un récit légendaire sans fondements historiques.

L’histoire de David possède des jalons archéologiques (l’existence des Philistins et de la ville de Gath, l’existence d’une place forte à Jérusalem avec des terrasses et des structures à degré, la stèle de Dan mentionnant la maison de David²…). Nous ne sommes pas devant un mythe créé de toutes pièces pour les intérêts de Josias au VII° siècle. Le récit de David ne correspond pas à la préoccupation de Josias qui est la centralisation du culte. Josias n’a pas besoin de récits guerriers pour justifier la reconquête du royaume de Samarie, cette reconquête se justifie d’elle-même par la présence de nombreux réfugiés dans le territoire de Juda.

Alors, David ? Le contexte politique est celui-ci : le long de la côte, les Philistins, peuples venus de la mer vers le XIII° siècle avant J-C, ont construit, au XII° siècle avant J-C, cinq villes : Gaza, Ascalon, Ashdod, Gath (Gat), Eqrôn. Ils s’affrontent avec les Hébreux pour contrôler la Shefelah, zone de moyenne montagne, plus fertile que la côte sableuse et que les montagnes caillouteuses. On comprend bien que pour mieux se défendre, les Hébreux demandent un roi.

Samuel résiste à répondre favorablement à cette demande du peuple et c’est important à rappeler. En ce temps-là, on trouve un peu partout, en Égypte, en Grèce, au Proche-Orient, des critiques adressées à des souverains concrets, mais ce n’est qu’en Israël qu’une critique de l’institution royale apparaît comme telle. Au fond, cette critique de la royauté insiste sur ce point : le seul vrai roi d’Israël est YHWH le Seigneur (1Sam 12, 12, lire aussi : 1Sam 8, 7). Le roi d’Israël ne sera jamais divinisé, ni durant sa vie, ni après sa mort.

Cependant, Dieu demande à Samuel d’accorder un roi au peuple. Et Samuel lui donne l’onction. Dieu fait un don au roi, un don de son Esprit Saint. L’Esprit Saint n’est pas uniquement sur les prophètes et sur les prêtres, il est aussi sur le roi. L’institution, la structuration de la société, tout cela aussi est bon, et béni de Dieu.

Samuel donne d’abord l’onction royale à Saül, dans la petite localité de Miçpa (au nord de Jérusalem, 1Sam 10, 16-25). Mais Saül n’obéit pas à Dieu et son onction lui est retirée. Samuel, qui habite à Rama, part donner discrètement l’onction au jeune David, originaire de Bethléem. Il est choisi de préférence à ses frères parce que « YHWH voit le cœur » (1Sam 16, 8). « L’esprit du Seigneur fondit sur David à partir de ce jour-là et dans la suite » (1Sam 16, 13).

Ensuite, l’histoire de David est longuement développée. Beaucoup plus que l’histoire des autres rois. Mises à part quelques prophéties très particulières, la révélation se dit à travers une manière de vivre, à travers une attitude emprunte de piété, de justice, de chasteté, de sagesse, de fidélité et de miséricorde, et même de péché et de repentance.

« En ces jours-là, le Seigneur dit à Samuel : ‘Prends une corne que tu rempliras d’huile, et pars ! Je t’envoie auprès de Jessé de Bethléem, car j’ai vu parmi ses fils mon roi’. Lorsqu’ils arrivèrent et que Samuel aperçut Éliab, il se dit : ‘Sûrement, c’est lui le messie, lui qui recevra l’onction du Seigneur !’ Mais le Seigneur dit à Samuel : ‘Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur’. » 

Le Seigneur ne regarde pas l’apparence, mais il regarde le cœur. Le royaume de David prépare, préfigure, si l’on peut dire, le royaume du divin vouloir, l’accomplissement de la prière du Notre Père : « que ton règne vienne sur la terre comme au ciel ». Nous savons que cela viendra, mais nous ne savons pas quand. Or, Dieu ne regarde pas l’apparence. Ce qui fait advenir le mieux le règne de Dieu n’est pas ce qui a, selon nous, belle apparence. Mais ce qui est selon le cœur de Dieu, voilà ce qui fera advenir efficacement son règne.

« Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils, et Samuel lui dit : ‘Le Seigneur n’a choisi aucun de ceux-là.’ Alors Samuel dit à Jessé : ‘N’as-tu pas d’autres garçons ?’ Jessé répondit : ‘Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau’. » 

Ne craignons donc pas les plus petits, restés à l’écart comme le jeune David était encore au champ avec ses troupeaux quand Samuel venait pour oindre un roi. Dieu regarde au cœur.

 

Psaume (Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)

Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure. Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante. Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours. 

Nous suivrons sainte Thérèse d’Avila, « Le Château intérieur » dans les Oeuvres complètes, Desclée de Brouwer, Paris 1995

Le psaume : « J’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours » Sainte Thérèse d’Avila : « Considérons notre âme comme un château fait tout entier d’un seul diamant ou d’un très clair cristal. […] Considérons donc que ce château a, comme je l’ai dit, nombre de demeures, les unes en haut, les autres en bas, les autres sur les côtés ; et au centre, au milieu de toutes, se trouve la principale, où se passent les choses les plus secrètes entre Dieu et l’âme. » (Château intérieur, Première demeure, I, 1-3, p. 871-872)

Le psaume : « Il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom ». Sainte Thérèse d’Avila : « Nous ne pouvons savoir si nous aimons Dieu, bien que d’importants indices nous fassent entendre que nous l’aimons, mais nous pouvons savoir, Oui, si nous avons l’amour du prochain. Et soyez certaines que plus vous ferez de progrès dans cet amour là, plus vous en ferez dans l’amour de Dieu ; car l’amour de Sa Majesté [c’est ainsi que sainte Thérèse appelle Dieu] pour nous est si grand qu’en retour de celui que nous avons pour notre prochain il augmentera de mille manières celui que nous avons pour Sa Majesté : je ne puis en douter ». (Château intérieur, 5e demeure III, 8, p. 941)

« Si vous avez cet amour du prochain, je vous affirme que vous ne manquerez pas d’obtenir de Sa Majesté l’union dont j’ai parlé. Si vous constatiez qu’il vous fait défaut, même si vous avez de la ferveur et des joies spirituelles : même si vous croyez être parvenues à l’union, avoir eu une quelconque petite extase dans l’oraison de quiétude, (certaines imagineront immédiatement que tout est fait), croyez-moi quand je vous dis que vous n’avez pas obtenu l’union, demandez à Notre Seigneur de vous donner, à la perfection, cet amour du prochain, et laissez faire Sa Majesté : Elle vous donnera plus que vous ne sauriez désirer, à condition que vous fassiez des efforts - et que vous recherchiez, tant que vous le pourrez, cet amour-là ; contraignez votre volonté à être en tout conforme à celle de vos sœurs ; même si vous perdez vos droits, oubliez-vous pour elles, pour beaucoup que cela révolte votre nature ; et cherchez à assumer des tâches pour en délivrer votre prochain, lorsque vous en aurez l’occasion. » (5e demeure, III, 12, p. 943)

« Le Seigneur est mon berger » dit le psaume. Au début de la 6e demeure, Thérèse d’Avila explique, je résume, que le Seigneur conduit l’âme. Parfois, il lui fait sentir sa présence, sans se manifester davantage, ce qui provoque une blessure, comme une flèche d’amour, cependant la douleur est très douce. Il donne des grâces, mais il faut un grand courage à l’âme pour s’ouvrir à ces grâces. Et je cite :

« Vous allez croire encore que la personne qui jouit de choses aussi hautes ne méditera pas sur les mystères de l’Humanité très sacrée de Notre Seigneur Jésus-Christ, puisque tout entière consacrée à l’amour. J’ai longuement écrit par ailleurs sur ce sujet, bien qu’on m’ait opposé que je n’y comprenais rien, que ce sont là des chemins par lesquels Notre Seigneur nous conduit, et qu’une fois faits les premiers pas, mieux vaut s’occuper des choses de la Divinité et fuir les choses corporelles, on ne me fera pas confesser que tel soit le bon chemin […] 6. Certaines âmes croiront peut-être aussi qu’il leur est impossible de penser à la Passion ; dans ce cas, elles pourront moins encore penser à la Très Sainte Vierge, ni à la vie des Saints, dont la mémoire nous est si profitable et si encourageante. Je ne puis imaginer à quoi elles songent, car l’éloignement de toute chose corporelle est le fait d’esprits angéliques toujours enflammés d’amour, alors que nous, qui vivons dans un corps mortel, nous avons besoin du commerce, de la pensée de la société de ceux qui, dans ce corps, ont réalisé pour Dieu de si hauts faits. Nous devons d’autant moins travailler à nous écarter de notre plus grand bien, de notre remède le plus efficace, qui est l’Humanité sacrée de Notre Seigneur Jésus-Christ. […] Je leur certifie [à ces âmes qui veulent se passer de la méditation des Écritures ou de la contemplation de l’Humanité de Jésus] qu’elles ne pénétreront pas dans les deux dernières demeures, car si elles s’éloignent du guide, qui est le bon Jésus, elles n’en trouveront pas le chemin ; ce sera déjà beaucoup si elles sont assurées de se maintenir dans les demeures précédentes. Le Seigneur a dit lui-même qu’il est le chemin (Jn 14, 6), il dit aussi qu’il est la lumière et que nul ne peut aller au Père que par lui ». (6e demeure VII, 6, p. 988)

« Le Seigneur est mon berger » dit le psaume. […] Serait-il bon pour l’âme de rester dans cette sécheresse, en attendant, comme notre père Élie, que le feu du ciel brûle ce sacrifice qu’elle fait d’elle-même à Dieu ? Non, certes, il ne sied pas d’attendre des miracles. […] Je crois, quant à moi, que cela [penser à la Passion et aux mystères de la sainte Humanité du Christ, à la Vierge Marie, et aux saints] nous est nécessaire jusqu’à notre mort, si haute que soit notre oraison. (6e demeure VII, 8, p. 989)

« A la vérité, l’âme que le Seigneur [le Seigneur, pas une drogue ou je ne sais quelle plante] introduit dans la septième Demeure se fait une habitude de ne pas s’éloigner du Christ Notre Seigneur, elle s’attache à ses pas selon un mode admirable par lequel, humain et divin à la fois, il demeure en sa compagnie. » (6e demeure VII, 9, p. 990)

Le psaume : « Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton [c’est le bâton du berger qui écarte les difficultés] me guide et me rassure ». Sainte Thérèse d’Avila : « Il est des âmes qui ont pour principe, lorsqu’elles arrivent à l’oraison de quiétude et à goûter les régals et délices qu’accorde le Seigneur, de croire que c’est une grande chose que de ne rien faire d’autre que de les savourer, et que c’est même le moyen d’y parvenir. Mais croyez-moi, ne vous laissez pas inhiber à ce point, la vie est longue, les épreuves nombreuses, et nous devons considérer comment notre modèle le Christ les a endurées, et même ses apôtres, ses saints, afin de les supporter avec perfection » (6e demeure VII, 13, p. 991)

Chers auditeurs, retenez-le, le Seigneur est mon berger, qu’il soit votre berger, suivez-le en méditant sa vie.

 

Deuxième lecture (Ep 5, 8-14)

« Frères, autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière – or la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité – et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur. Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt. Ce que ces gens-là font en cachette, on a honte même d’en parler. Mais tout ce qui est démasqué est rendu manifeste par la lumière, et tout ce qui devient manifeste est lumière. C’est pourquoi l’on dit : Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. – Parole du Seigneur ». 

Les destinataires de la lettre aux Éphésiens vivent au milieu d’un monde gréco-romain. Les chrétiens, souvent minoritaires, sont appelés à se distinguer moralement et spirituellement de l’environnement païen qui les entoure. Le langage de la lumière et des ténèbres n’a pas pour but de diviser l’humanité, comme dans les écrits de Qumrân, mais reflète la catéchèse baptismale : le baptême fait passer d’une ancienne manière de vivre à l’existence nouvelle dans le Christ. La citation finale pourrait provenir d’un hymne pour la célébration des baptêmes : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera ». Le croyant est invité à sortir de la torpeur spirituelle pour se laisser illuminer par le Christ ressuscité.

Les œuvres obscures se nourrissent du secret, de l’ambiguïté, du non-dit moral. La lumière, au contraire, rend toute chose manifeste, et ce qui est éclairé peut être transfiguré. Les Pères de l’Église voyaient dans la lumière du Christ une force qui révèle à l’homme ses propres zones d’ombre pour les guérir. La lumière divine ne condamne pas d’abord : elle éclaire pour transformer. On trouve dans la tradition spirituelle un écho constant de cette idée. Saint Jean de la Croix, par exemple, répète que la lumière de Dieu « blesse pour guérir ». Sainte Thérèse d’Avila explique que l’âme éclairée par Dieu ne peut plus vivre de compromis.

Saint Paul : « Frères, autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ». L’expression est frappante : les croyants ne sont pas seulement éclairés par Dieu, ils deviennent lumière grâce à leur union avec le Christ, « or la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité » dit saint Paul.

Les ténèbres actuelles sont particulièrement épaisses, et les créatures y tombent de plus en plus profondément. Les personnes qui agissent avec « bonté, justice et vérité » sont comme des soleils qui illuminent et qui brillent ; ainsi, les âmes possédant un minimum de bonne volonté trouvent la lumière nécessaire pour échapper au précipice. « Conduisez-vous comme des enfants de lumière ! »

« Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt »…  

S. S. Clément XII écrivait, en 1738 son encyclique « In eminenti ». On y lisait : « Nous défendons sévèrement et en vertu de la sainte obéissance, à tous et à chacun des fidèles de Jésus-Christ, […] laïcs ou clercs, […] d’entrer dans les dites sociétés de Francs-Maçons ou autrement appelées, ni de les propager, les entretenir, les recevoir chez soi ; ni de leur donner asile ou protection, y être inscrits, affiliés, y assister ni leur donner le pouvoir ou les moyens de s’assembler, leur fournir quelque chose, leur donner conseil, secours ou faveur ouvertement ou secrètement, directement ou indirectement, par soi ou par d’autres, de quelque manière que ce soit, comme aussi d’exhorter les autres, les provoquer, les engager à se faire inscrire à ces sortes de sociétés, à s’en faire membres, à y assister, à les aider et entretenir de quelque manière que ce soit, ou les conseiller : et Nous leur ordonnons absolument de se tenir strictement à l’écart de ces sociétés, assemblées, réunions, agrégations ou conventicules, et cela sous peine d’excommunication à encourir par tous les contrevenants désignés ci-dessus, ipso facto et sans autre déclaration, excommunication de laquelle nul ne peut recevoir le bienfait de l’absolution par nul autre que Nous, ou le Pontife Romain qui nous succèdera, si ce n’est à l’article de la mort ».

L’interdit du pape a pour but d’éviter de servir les desseins des ennemis de l’Église. Il a aussi un but protecteur, mais direz-vous peut-être : où est le danger à héberger des gens qui ne sont pas armés ? Où est le danger à donner une conférence, un conseil ? C’est qu’il s’agit d’adeptes de l’ésotérisme, nous ne luttons pas contre des gens en chair et en os, mais contre les démons qui sont invoqués par eux (cf. Eph 6, 12-13).

Le pape interdit de « leur donner les moyens de s’assembler » : on entend pourtant de nos jours telle communauté religieuse qui, pour rentabiliser l’hôtellerie, les héberge… avec parfois un incendie sans cause identifiable le jour de leur départ…

Le pape interdit de « leur donner conseil » : on entend pourtant de nos jours de bons professeurs d’instituts catholiques se sentir honorés de venir y faire part de leurs recherches… et on s’étonne de les voir dévier de la droite doctrine quelques années après, ou de voir leur institut dépérir, sans doute parce que ce qui semblait pour les uns une conférence était pour les autres l’occasion de prières ésotériques.

Dans son exorcisme, le pape Léon XIII fait allusion à la franc-maçonnerie en des termes à peine voilés : « L’Église, épouse de l’Agneau immaculé, des ennemis très rusés l’ont saturée d’amertume et abreuvée d’absinthe ; ils ont porté leurs mains impies sur tout ce qu’elle a de plus précieux. Là où a été établi le Siège du bienheureux Pierre et la Chaire de la Vérité pour la lumière des nations, là ils ont posé le trône de l’abomination de leur impiété ; de sorte qu’en frappant le Pasteur, ils puissent aussi disperser le troupeau. »

En 1983, dans la Déclaration sur l’incompatibilité entre l’appartenance à l’Église et à la franc-maçonnerie (1983), le magistère a rappelé cet interdit : « Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la sainte communion. Les autorités ecclésiastiques locales n’ont pas compétence pour se prononcer sur la nature des associations maçonniques par un jugement qui impliquerait une dérogation à ce qui a été affirmé ci-dessus. »

L’Église n’est lumière que parce qu’elle reflète le Christ. Elle est appelée à démasquer les ténèbres non par condamnation morale, mais par la clarté de la vérité qui libère (cf. Jn 8,32).

En cette époque troublée, l’appel de saint Paul nous est lancé : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera ».

Trois modèles de datation existent pour Éphésiens. Certains pensent que Paul lui-même l’a écrite vers 60–62. D’autres situent la rédaction un peu plus tard, vers 70–80, par un disciple fidèle qui prolonge sa pensée. D’autres privilégient une datation encore plus tardive, vers 80–95, attribuant la lettre à un auteur ayant une vision plus développée de l’Église.

 

Évangile selon saint Jean, chap 9.

Cette traduction, depuis la Pshitta, le texte liturgique des Églises de langue araméenne, a reçu l’imprimatur de la conférence des évêques de France. C’est une traduction pour la proclamation orale à transmettre éventuellement par cœur, de cœur à cœur, avec un léger balancement gauche droite, que vous pouvez agrémenter de quelques gestes sobres.

 

« 1 Et, tandis qu’il passait, / il vit un homme aveugle depuis le sein de sa mère.
2 Et ses disciples l’interrogèrent, / en disant :

‘Notre Rabbi ! / Qui a péché ?
Celui-ci, / ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?’

3 Jésus leur disait :
‘Ni lui n’a péché, / ni ses parents,
mais c’est afin que soient vues, en lui, / les œuvres de Dieu !
4 C’est à moi qu’il convient / de réaliser les œuvres…
de celui qui m’a envoyé, / tant qu’il fait jour !
La nuit vient, / où personne ne pourra travailler !

5 Tant que je suis dans le monde, / je suis la lumière du monde !’

6 Et, ayant dit ces choses, / il cracha sur la terre ;
e
t il modela la boue à partir de sa salive / et en enduisit les yeux de cet aveugle.

7 Et il lui dit : / ‘Va te laver dans le bassin de Siloé [l’Envoyé] !’
Et il alla se laver et [re]vint, / en voyant ! 

8 Ses voisins, donc, / et ceux par lesquels il était vu auparavant en train de mendier,
disaient : / ‘N’est-il pas celui qui était assis et mendiait ?’
9 Il y en avait qui disaient : / ‘C’est lui !’
Et il y en avait qui disaient : / ‘Non, mais pour lui ressembler, il lui ressemble !’
Or, lui, il disait : / ‘C’est moi !’

10 Ils lui disaient : / ‘Comment tes yeux se sont-ils ouverts ?’
11 Il répondit / et leur dit :
‘L’homme qu’on appelle Jésus, / a fait de la boue et m’en a enduit les yeux’ ;
et il m’a dit : / va te laver dans les eaux de Siloé !’

Et je suis allé me laver / et j’ai recouvré la vue !

12 Ils lui disaient : / ‘Où est-il ?’

Il leur disait : / ‘Je ne sais pas !’

13 Et ils le firent venir, celui qui auparavant était aveugle, / auprès des Séparés.

14 Or c’était, justement, / un shabbat,

lorsque Jésus fit de la boue / et lui ouvrit les yeux.

15 Et, de nouveau, les Séparés l’interrogèrent : / ‘Comment as-tu recouvré la vue ?’
Or, lui, / il leur dit :

‘De la boue, / il posa sur mes yeux ;

et je me suis lavé, / et j’ai recouvré la vue !’

16 Et ils disaient, / certains parmi les Séparés :

‘Cet homme n’est pas de Dieu, / car il ne garde pas le Shabbat !’

D’autres, cependant, / disaient :

‘Comment est-il capable, un homme pécheur, / de faire de tels signes ?’

Et il y eut une division entre eux.

17 Ils disaient de nouveau à cet aveugle :
‘Toi, / que dis-tu sur lui, qui t’a ouvert les yeux ?’

          Il leur disait :

‘Je dis, moi, / qu’il est prophète !’

18 Or les Juifs ne crurent pas, à son sujet, / qu’il était aveugle et qu’il [re]vit,
jusqu’à ce qu’ils eurent appelé / les parents de celui qui [re]vit.

19        Et ils leur demandèrent :
‘Celui-ci est-il votre fils, / celui dont vous dites qu’il est né aveugle ?’

20 Or ses parents répondirent / et dirent :

‘Nous savons que celui-ci est notre fils, / et qu’il est né aveugle,

21 or, comment, maintenant, il voit, / ou bien qui lui a ouvert les yeux,

nous ne le savons pas ; / aussi, lui, il a son âge,

interrogez-le ! / Lui, pour lui-même, il parlera !’

22 Ses parents dirent ces choses-là, / parce qu’ils avaient peur des Juifs.
Ils avaient tranché, en effet, / les Juifs,

que si quelqu’un reconnaît en lui le Messie, / ils le fasse sortir de la synagogue[2].

23 C’est pourquoi ses parents dirent : / ‘Il a son âge, interrogez-le !’

24 Et ils appelèrent l’homme une seconde fois, / celui qui avait été aveugle,
en lui disant : / ‘Rends gloire à Dieu !

Nous, en effet, nous savons / que cet homme est pécheur !’
25 Il répondit, lui, / et leur dit :

‘S’il est pécheur, / je ne sais pas !

Une chose cependant, / que je sais :

que j’étais aveugle et que, maintenant, / voici, je vois !’

26 Ils lui disaient de nouveau :
‘Que t’a-t-il fait ? / Comment t’a-t-il ouvert les yeux ?’

27 Il leur disait :
‘Je vous l’ai dit, / et vous n’avez pas écouté !

Quoi de plus / voulez-vous écouter ?

Est-ce que, / vous aussi

vous voulez être / ses disciples ?’

28 Or eux, ils l’injurièrent, / en lui disant :
‘C’est toi / le disciple de celui-là !

Nous, en effet, / nous sommes disciples de Moïse !

29 Et nous savons qu’avec Moïse / Dieu a parlé !
Quant à celui-là, / nous ne savons pas d’où il est !’

30 Cet homme répondit / et leur dit :
‘C’est en ceci alors, qu’il faut s’étonner : / que, vous, vous ne sachiez d’où il est !

Et les yeux qui sont miens, / il les a ouverts !
31 Or nous savons que Dieu, la voix des pécheurs, / il ne l’écoute pas !
Mais celui qui le craint et fait sa volonté, / celui-là, il l’écoute !

32 Jamais n’a-t-on entendu / que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né ! 
33 Si celui-là n’avait pas été de Dieu, / il n’aurait pas pu faire ceci !’
34 Ils répondirent, / en lui disant :
‘Toi, / tu es né tout entier dans les péchés !

Et, toi, / tu nous enseignes !’
Et ils le firent sortir au-dehors.

35 Et Jésus entendit / qu’ils l’avaient fait sortir au-dehors.
Et il le trouva / et lui dit :

‘Toi, / crois-tu au fils de Dieu ?’[3]

36 Il répondit, celui qui avait été guéri, / et dit :
‘Qui est-il, Seigneur, / pour que je croie en lui ?’
37 Jésus lui dit : / ‘Tu l’as vu !
Et celui qui parle avec toi, / c’est lui !’

38 Or, lui, / il dit :
‘Je crois ! / Seigneur !’

Et il tomba / et se prosterna vers lui.
 

          39 Et Jésus dit :
‘Pour le jugement de ce monde-ci, / je suis venu,
pour que ceux qui ne voient point, / voient ;

et que ceux qui voient, / s’aveuglent !’

40 Et certains Séparés / ─ ceux qui étaient avec lui –
entendirent ces choses-là / et lui dirent :

‘Est-ce que, nous aussi, / nous serions aveugles ?’ 

          41 Jésus leur disait :
‘Si vous étiez aveugles, / vous n’auriez pas de péché.
Or, maintenant, vous dites : / ‘Nous voyons !’

C’est pourquoi votre péché / est subsistant !’ » (Jn 9, 1-41)

Il s’agit de la guérison d’un aveuglement natif, représentant l’état de ténèbres dans lequel l’humanité se trouve depuis le péché d’Adam, c’est pourquoi le texte insiste quatre fois pour dire que Jésus, ayant craché sur la terre, utilise de la boue (Jn 9,6.11.14.15), comme lorsque « le Seigneur Dieu modela l’homme avec la glaise du sol » (Gn 2,7).En filigrane est préparé l’enseignement sur le baptême chrétien. Le bassin (Jn 9,7) a la même racine [ᶜmd] que le mot baptême (immersion). En cohérence avec l’interprétation sacramentelle de cet épisode, l’Église primitive a appelé le baptême une « illumination » [4].

Pour donner une théologie du baptême, saint Jean a utilisé l’outil adapté à la civilisation orale de son temps : il a enfilé les « perles » en comptant sur les associations d’idées pour exprimer une réalité invisible, ce fil s’étend de Jn 7,37 à Jn 10,42.

11 fil 4 bapteme

 

De part et d’autre de l’épisode où l’aveugle est guéri dans « le bassin d’immersion de l’Envoyé » (perle 4C), saint Jean nous montre que Jésus a affronté le père du mensonge (perle 4B), ou le loup qui disperse (perle 4D), c’est-à-dire Satan. C’est pourquoi le baptême chrétien comporte un exorcisme.

Le baptême nous donne la vie éternelle (perle 4E), à travers un rite d’immersion (perle 4C) sous le signe de la lumière (perle 4B).

À ceux qui accueillent Jésus (et son salut), il est dit « ne pèche plus ! » (perle 4A) ce qui signifie qu’il est possible de résister au péché [5]. Mais à ceux qui refusent le Christ, il est dit « vous mourrez dans votre péché » (Jn 8, 21 perle 4B), ce qui signifie qu’il n’y a pas de salut sans le Christ Rédempteur.

Le baptême rend accès à l’Esprit Saint (perle 4A), à la vie divine (perle 4F). L’Esprit Saint jaillit du sein, des entrailles (perle 4A), c’est-à-dire dans l’intériorité profonde, comme une source offerte par le Christ.

Enfin, dans mon gros ouvrage Françoise BREYNAERT, Jean, l’évangile en filet. L’oralité d’un texte à vivre. (Préface Mgr Mirkis – Irak) Éditions Parole et Silence. Paris, 8 décembre 2020. 477 pages.

 

 

[1] Déclaration sur l’incompatibilité entre l’appartenance à l’Eglise et à la franc-maçonnerie (1983)

[2] En araméen, le mot « knūštā », traduit par « synagogue » peut simplement signifier « la communauté, l’assemblée ». Il y a ici une variante dans le manuscrit syriaque du Sinaï : « que si quelqu’un reconnaît en lui le Messie, / ils le renvoient ». Le sens est le même.

 [3] Variantes. La Pshitta, la vulgate, le grec de Nestlé-Aland donnent « crois-tu au fils de Dieu ? »

Mais le texte grec liturgique et le manuscrit syriaque du Sinaï donne « Crois-tu au fils de l’homme ? »

Je fais l’hypothèse que le texte « Crois-tu au fils de Dieu » appartiendrait au récitatif du proto-filet, déjà mémorisé quand fut introduite la variante « Crois-tu au fils de l’homme ? » nécessaire à la cohérence du sens eschatologique de la « tresse eucharistique » ainsi que pour celle de ce fil dans lequel l’alternative n’a de sens qu’en vue du jugement, fait par le Fils de l’homme ! (Cf. F. Breynaert, Jean, l’évangile en filet, Parole et Silence 2020).

[4] Par exemple : saint JUSTIN, Première apologie § 61

[5] CONCILE de TRENTE, Session 6, canon 18 : « Si quelqu’un dit que les commandements de Dieu sont impossibles même pour un homme qui est justifié et établi dans la grâce, qu’il soit anathème ».

 

Date de dernière mise à jour : 10/01/2026