Fin des temps, Apocalypse

Lectures bibliques :

Les références indiquées dans le Parcours biblique, et l’Apocalypse.

Exercices :

1) Citez plusieurs références bibliques évoquant l’Antichrist (simplement les références)

2) L’Apocalypse ne parle pas d’un Antichrist mais utilise une autre expression équivalente, laquelle ?

3) Pourquoi peut-on comparer l’Apocalypse à un vaste Exode ? Donnez plusieurs arguments.

4) Quelle sont les invitations à la paix contenues dans l’Apocalypse ?

5) Quelle est la grande différence entre l’interprétation de St Irénée et celle de St Augustin ?

Etude :

Françoise Breynaert, Parcours biblique : Le berceau de l'Incarnation (imprimatur), Parole et silence 2016, p. 385-391

Françoise Breynaert, La Venue glorieuse du Christ, véritable espérance pour le monde, Editions du Jubilé, 2016

 

Parcours biblique - 67- Apocalypse

La fin des temps, l’Antichrist, l’Apocalypse

            Le Christ se manifestera-t-il pour visionner le grand spectacle de la fin du monde ? Pour coordonner les équipes de démolisseurs ? Ou alors afin de juger, et pour la vie de ceux qui l’attendent (He 9, 28) et qui relèveront la tête (Lc 21, 28), réalisant ainsi la « véritable espérance pour le monde ».

L’enseignement du Ressuscité

            Peu avant l’Ascension, les Apôtres interrogeaient le Ressuscité :

       « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité » (Ac 1, 6-7)

            Jésus ne dénigre leur espérance pour le monde, le attendre d’une restauration d’un royaume terrestre. Mais il nous dit que l’heure n’est pas fixée. Les temps et les moments dont Jésus parle sont ceux de sa Venue glorieuse, comme l’exprime la suite du texte des Actes des apôtres :

       « Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel ». » (Ac 1, 10-11)

            Au moment de l’Ascension, une promesse nous est faite, celle de la Venue glorieuse du Christ. Nous lisons dans le discours de Pierre que ce retour sera une restauration universelle :

       « Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés, et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps du répit. Il enverra alors le Christ qui vous a été destiné, Jésus, celui que le ciel doit garder jusqu’aux temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes. » (Ac 3, 19-21)

            Nous pouvons compléter ce passage en lisant saint Paul : « Que sera leur réintégration, sinon une vie hors des morts [zoè ek nekrôn] ? » (Rm 11, 15). Il n’y a pas deux Rédempteurs, l’un qui serait Israël – (politique), l’autre Jésus le Christ. Il n’y a qu’un rédempteur, Jésus. Oui, les prophéties se réaliseront toutes et Israël gardera sa place de peuple élu, mais en étant réintégré au cep vivifiant de Jésus le Christ, pas autrement. Le reste, c’est un messianisme politique qui fait le jeu de l’Antichrist.

            Par ailleurs, quand le magistère rejette l’idée que « le Christ Seigneur viendra pour régner en cette terre-ci visiblement avant le jugement final »[1], il rejette l’idée d’un règne par les contraintes visibles de ce monde, ce qui n’empêche pas de croire qu’il sera Roi dans le monde (ce qui est l’objet de la solennité du Christ Roi, en clôture de l’année liturgique).

 

Pourquoi l’heure n’est-elle pas connue (Ac 1, 7) ?

  1. Parce que l’Antichrist doit se manifester d’abord.
  2. Parce que les justes peuvent hâter l’heure (2P 3, 12).

 

L’Antichrist (2Th 2)

Commençons par lire quelques versets qui concernent la venue de l’Antichrist :

       « Vous avez ouï-dire que l’Antichrist doit venir ; et déjà maintenant beaucoup d’antichrists sont survenus : à quoi nous reconnaissons que la dernière heure est là » (1Jn 2, 18).

       « Alors l’Impie se révélera, et le Seigneur le fera disparaître par le souffle de sa bouche, l’anéantira par la manifestation de sa Venue » (2Th 2, 8).

            La Venue glorieuse du Christ n’anéantit pas le monde, c’est l’Antichrist (et les ennemis de la foi) qu’elle anéantit.

 

            « Les chrétiens prient, surtout dans l’Eucharistie (cf. 1Co 11,26), pour hâter le retour du Christ (cf. 2P 3,11-12) en lui disant : "Viens, Seigneur" (1Co 16,22 ; Ap 22,17 ; 22,20) » (CEC 671).

            Les chrétiens vivent dans l’espérance de « la civilisation de l’amour »[2] ; cependant, ils demeurent conscients que « l’Eglise n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection» (CEC 677). En effet, « la situation dramatique du monde qui "tout entier gît au pouvoir du mauvais" (1Jn 5,19, cf. 1P 5,8) fait de la vie de l’homme un combat: un dur combat contre les puissances des ténèbres passe à travers toute l’histoire des hommes; commencé dès les origines, il durera, le Seigneur nous l’a dit, jusqu’au dernier jour » (CEC 409).

            « L’imposture religieuse suprême est celle de l’Antichrist, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (cf. 2Th 2,4-12 ; 1Th 5,2-3 ; 2Jn 7 ; 1Jn 2,18 ; 2,22) » (CEC 675). « Cette imposture anti-christique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique » (CEC 676).

            Ainsi, de nos jours, une juste théologie des religions doit considérer les éléments qui sont des semences du Verbe, des préparations, et les éléments qui marquent un refus, un antichristianisme. (Je renvoie le lecteur à ce qui a été dit sur l’exemple de la postérité du maître de justice dans certains écrits de Qumrân, sur ceux qui rejettent le salut par le sang du Christ, et le vin eucharistique, etc.). La perspective du Messie Agneau de Dieu et rédempteur par sa souffrance est une perspective que même les Douze apôtres ont peiné à accepter (Mt 17, 23). Alors, il ne faut pas s’étonner que dans le temps qui a suivi l’Incarnation, la vieille idée messianique resurgisse. Ce sont chaque fois des contrefaçons de l’idée chrétienne d’un Rédempteur et d’un Salut universel.

            Par exemple, le communisme de Staline ou de Mao ont été des formes de messianisme. L’idéologie communiste reprend du christianisme l’idée qu’il faut sauver le monde, mais c’est sauver le monde sans le Christ (et avec plus de 50 millions de morts) et en persécutant l’Eglise. A petite échelle, le gourou d’une secte est aussi une forme de faux-messie. L’islam est un post-christianisme, et le Coran contient des éléments anti-christiques (Coran 9, 5) – je ne dis pas qu’il faille réduire l’islam à de tels versets.

            Chaque fois qu’ils produisent des œuvres de mort, des œuvres mauvaises, ces systèmes pèsent gravement sur le salut éternel de leurs adeptes puisque « Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient démontrées coupables » (Jn 3, 20)…

            Avant l’avènement du Christ, l’Eglise doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18,8 ; Mt 24,12). Doit venir l’apostasie « et se révéler l’Homme impie, l’Etre perdu, l’Adversaire, celui qui s’élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu ou reçoit un culte, allant jusqu’à s’asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu, se produisant lui-même comme Dieu. […] Dès maintenant, oui, le mystère de l’impiété est à l’œuvre. Mais que seulement celui qui le retient soit d’abord écarté. Alors l’Impie se révélera, et le Seigneur le fera disparaître par le souffle de sa bouche, l’anéantira par la manifestation de sa Venue. Sa venue à lui, l’Impie, aura été marquée, par l’influence de Satan, de toute espèce d’œuvres de puissance, de signes et de prodiges mensongers, comme de toutes les tromperies du mal, à l’adresse de ceux qui sont voués à la perdition pour n’avoir pas accueilli l’amour de la vérité qui leur aurait valu d’être sauvés » (2Thes 2, 3-12).

            Benoît XVI donne aussi cette réflexion :

« La violence n’instaure pas le royaume de Dieu, le royaume de l’humanité. C’est, au contraire, l’instrument préféré de l’Antichrist – même avec une motivation religieuse idéaliste. Elle ne sert pas à l’humanité mais à l’inhumanité. »[3]

 

            L’important dans le dialogue entre chrétiens et musulmans, c’est que les uns et les autres croient que le mal n’aura pas indéfiniment son emprise sur le monde et que la volonté de Dieu se fera. La recherche historique montre que Mohamed annonçait (comme un « prophète ») le Jour du Jugement, et surtout la redescente imminente de Jésus (Issa) sur la terre, mais cela corporellement, en exerçant une contrainte politique et militaire. A cette fausse eschatologie, génératrice de violence, il faut répondre en présentant la révélation chrétienne.

            Les ennemis de la foi et du bien devront être jugés.

            Ce jugement ne peut qu’être fait par le seul qui soit innocent, le Christ, et par ses anges. Donc seulement lors de sa Venue.

            Avant la moisson, dit Jésus, nous ne devons pas arracher nous-mêmes l’ivraie du champ ; on risquerait d’arracher aussi le bon grain (Mt 13, 40-43). C’est cette patience qui fonde la « tolérance ».

 

Hâter la Parousie (2P 3) ?

            A quoi servirait à Jésus d’anéantir l’Antichrist s’il n’y a personne sur la terre qui veuille le règne de Dieu ?

            C’est pourquoi il nous faut expliquons maintenant le passage de la 2° lettre de saint Pierre qui explique que nous pouvons hâter l’heure de la Venue glorieuse du Christ.

            Ce passage nécessite une traduction littérale pour être bien comprise :

« 10 Le jour du Seigneur viendra comme un voleur, et dans ce jour [qui est comme mille ans], les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre et ses travaux passeront[4]. 11 Ainsi, puisque tout cela est en voie de destruction, vous voyez quels hommes vous devez être, quelle sainteté de vie, quel respect de Dieu vous devez avoir, 12 attendant et hâtant la Parousie du jour de Dieu (ce jour où les cieux embrasés seront détruits, où les éléments en feu se fondront). » (2P 3, 10-12 – traduction littérale).

            La terre et ses œuvres, littéralement ses travaux, passeront. Quels sont ces travaux ? Nous lisons dans l’Evangile : « Ils lui dirent alors : "Que faut-il faire pour travailler aux travaux de Dieu ?" Jésus leur répondit : "Le travail de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé" » (Jn 6, 28-29). Le passage dans l’éternité implique la fin du « travail » de la foi. L’image des « éléments embrasés » (2P3, 10) n’a pas la signification négative d’une destruction du monde par un déluge de feu mais la signification positive d’une refonte de l’univers qui passe d’un état à l’autre, de la vie dans le temps chronologique à la vie dans l’éternité, et des hommes qui passent de la foi à la vision béatifique. Il n’y a donc pas à se demander comment quelques personnes pourraient survivre au déluge de feu !

            C’est tout cela qu’il ne faut pas « ignorer » (2P 3, 8). En effet, l’ignorance de cette dimension ouvre la porte à toute sorte de palliatifs où l’homme cherche à réaliser sur la terre ce qui ne peut se réaliser que dans l’au-delà de la Parousie. Saint Irénée dit : « Mais certains, qui passent pour croire avec rectitude, négligent l’ordre suivant lequel devront progresser les justes et méconnaissent le rythme selon lequel ils s’exerceront à l’incorruptibilité. Ils ont ainsi en eux des pensées hérétiques… »[5]

           

L’Apocalypse

            L’Apocalypse se présente comme une révélation : ajoute-t-elle à la révélation que Jésus a faite par son Incarnation, sa mort et sa résurrection ? Non, mais elle en déploie les conséquences.

            Le ton est donné dès le début par une perspective trinitaire, de grâce et de paix :

« Jean, aux sept Eglises d’Asie.

Grâce et paix vous soient données

par "Il est, Il était et Il vient",

par les sept Esprits présents devant son trône,

et par Jésus-Christ, le témoin fidèle, le Premier-né d’entre les morts, le Prince des rois de la terre » (Ap 1, 4-5).

 

            Par l’image de « sept Esprits » (Ap 1, 4-5), Jean fait référence à Zacharie. Zacharie a la vision du temple céleste avec son lampadaire d’or portant sept lampes (Za 4, 2). La raison pour laquelle Jean a accordé tant d’importance à ce texte obscur de Zacharie se trouve probablement dans le message central : « Ce n’est pas par la puissance, ni par la force, mais par mon Esprit -- dit le Seigneur Sabaot » (Za 4, 6).

            La référence à Zacharie continue lorsque Jean dit que les deux témoins sont deux « oliviers » (Ap 11, 3-4), l’image suggère qu’ils sont oints avec l’huile de l’Esprit. Et de la même façon, les sept Eglises sont représentées comme sept lampadaires d’or (Ap 1, 12.20) que les sept Esprits allument pour les envoyer en mission par toute la terre.

            Plus précisément, en comparant les deux témoins à « deux oliviers » qui se « tiennent devant le Maitre de la terre » (Ap 11, 4), l’Apocalypse fait référence au texte de Zacharie où « les deux oliviers » qui « se tiennent devant le Seigneur de toute la terre » (Za 4, 3-14) sont les deux oints dont Zacharie vient de parler : Josué et Zorobabel, autrement dit les deux chefs, civils (Zorobabel) et religieux (Josué) qui sont à la tête du peuple au retour d’exil. Le voyant de Patmos aurait-il vu une sorte d’équivalent pour le monde entier à la fin des temps ?

 

            Jésus est désigné comme Agneau au début de l’Evangile de Jean, par la bouche de Jean Baptiste (Jn 1, 36), et à la fin de l’Evangile, par le fait qu’on ne lui brise pas les os et à l’heure du sacrifice de l’agneau pascal (Jn 19, 31-37) : « Voici, il vient avec les nuées; chacun le verra, même ceux qui l’ont transpercé, et sur lui se lamenteront toutes les races de la terre » (Ap 1, 7)[6].

            Et puisque l’Evangile révèle en Jésus le Fils de Dieu, son Verbe incarné, et l’Agneau immolé, Jean, le voyant de Patmos, voit la liturgie céleste, avec l’honneur rendu au Père :

- « Tu es digne ô notre Seigneur et notre Dieu de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance, car c’est toi qui créas l’univers » (Ap 4, 11).

            Et l’honneur rendu au Fils, l’Agneau immolé :

- « Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nations » (Ap 5, 9).

 

            Le livre scellé contient l’explication de l’histoire du monde : un vaste Exode où des fléaux, tels les plaies d’Egypte, doivent libérer le peuple de Dieu pour le conduire au ciel.

            Un ange a appris à Jean combien étaient marqués du sceau du Dieu vivant : ils sont 144000 (Ap 7, 4) : 12000 de chaque tribu d’Israël. C’est un recensement de l’armée avant le combat. Mais pendant que Jean écoutait l’ange, il n’a pas vu une armée, il a vu les gens avec une palme à la main, une foule innombrable, de toutes nations, races et peuples, ils avaient lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’agneau (cf. Ap 7, 9. 14). Jésus n’a-t-il pas transformé l’attente d’un royaume militaire et humain en l’accueil d’un royaume spirituel dans lequel on entre en acceptant la croix ?

            Dans les divers cataclysmes, un tiers des gens sont morts, mais « ils n’ont abandonné ni leurs meurtres, ni leurs sorcelleries, ni leurs débauches, ni leurs rapines » (Ap 9, 21). Surviennent alors les deux témoins, qui sont deux oints, comme un chef civil (roi ?) et un chef religieux, prêtre (Ap 11, 4, cf. Za 4). Ils sont pénitents (vêtus de sacs) et meurent martyrs ; ils sont élevés au ciel, tandis que la terre tremble. Et c’est alors que « les survivants, saisis d’effroi, rendent gloire au Dieu du ciel » (Ap 11, 13). Ce que les fléaux n’obtiennent pas, les martyrs l’obtiennent.

            C’est un temps de lutte. La femme, enveloppée de soleil, enfante un Fils que le Dragon, Satan, veut dévorer. Mais son Fils est élevé aux cieux. Jésus, né de Marie, après sa Passion a été glorifié. « Alors, furieux contre la Femme, le Dragon s’en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus » (Ap 12, 17). Comme pour la Femme, le refuge est au désert.

            L’Exode se poursuit. « Je vis une mer de cristal… Et ceux qui ont triomphé de la Bête debout sur la mer. Ils chantent le cantique de l’Agneau » (Ap 15, 2-3).

            Babylone est prise en dégoût par la Bête qui l’a suscitée. Elle s’effondre (Ap 17). « Sortez, ô mon peuple, quittez-la, de peur que, solidaires de ses fautes, vous n’ayez à pâtir de ses plaies ! » (Ap 18, 4).

            Jésus, tel un cavalier fidèle et vrai, vient comme Roi des rois (Ap 19, 16). Son règne est le prélude de la fin, car bientôt tout est exterminé (Ap 19, 21).

            Commence alors un mystérieux millénaire qui a fait couler beaucoup d’encre alors qu’il est si simple de le considérer comme la transposition communautaire du jugement particulier (incluant la bonne nouvelle aux défunts), et comportant donc un certain « temps » qui est déjà « avec le Christ » avant une ultime tentation satanique (Ap 20).

            L’image temporelle du millenium est complétée par une image spatiale : la Jérusalem céleste descend du ciel, comme une fiancée (Jn 21). Daniel avait vu l’effondrement des empires symbolisés par l’or, l’argent, le bronze et le fer et l’argile : une pierre s’est détachée sans intervention humaine et elle était devenue une montagne[7] dominant le monde, le règne du Fils de l’homme. De la même manière, Jean voit la Jérusalem céleste descendre du ciel, elle est la demeure de Dieu parmi les hommes (Ap 21, 3), le lieu du passage dans l’éternité (Ap 22, 5).

            Tel est le message d’espérance que Jean envoie aux sept Eglises (Ap 1-2), c’est-à-dire aux Eglises de son temps et de tous les temps.

 

            La récompense à la fin des temps est « l’arbre de vie » (Ap 2, 7 ; 22, 14) une expression qui désigne le bois de la croix (l’Apocalypse utilise le mot « xulon », bois de charpente) d’où vient la rédemption, on peut aussi y voir Marie qui nous donne Jésus, le fruit de vie. La victoire sur Satan se réalise par la croix du Christ, tout au long de l’histoire et à la fin des temps. Au pied de la croix du Seigneur se tenait Marie, sa mère (Jn 19, 25-27), associée à sa lutte dans l’histoire, et associée à son ultime victoire.

 

            Enfin, n’oublions pas que le langage symbolique de l’Apocalypse est fait pour que nous puissions l’interpréter à divers niveaux :

  1. La vie et la mort individuelle de chacun d’entre nous ;
  2. La fin d’une génération avec ses tentations, son antéchrist, sa Babylone, ses fléaux… (décadences variées ; nationalismes ; communisme athée ; nazisme ; matérialisme hédoniste ; islamisme ; etc.) : c’est ainsi qu’à la fin de son discours sur les Fins dernières, Jésus déclara : « cette génération ne passera pas que tout soit accompli » (Mt 24, 34) et c’est aussi en ce sens que Vincent Ferrier (1350-1419) annonça la « fin du monde » pour sa génération…
  3. La fin du monde, pour la dernière génération, avec un combat spirituel spécial et une royauté spéciale du Christ (qui dans l’Apocalypse est toujours « l’Agneau » !)

 

 « Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme ; et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine; et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire » (Mt 24, 30).

            La venue du Fils de l’homme se fera sur « les nuées », symbole de l’Esprit Saint. Un saint parle d’un déluge d’amour qui convertira jusqu’aux Juifs (cf. Rm 11)[8].

 

Conclusion et rôle de Marie

            Depuis saint Augustin (du moins la pensée augustinienne tardive et moraliste -- le jeune saint Augustin[9] suivait encore saint Irénée), nous sommes habitués à parler de la fin des temps en identifiant le retour du Christ (la Parousie) avec les derniers temps (au sens où il n’y aurait plus rien après) et la fin du monde, tout cela ne formant qu’un seul instant avec le jugement dernier et l’entrée dans l’éternité.

Mais pour saint Irénée et les chrétiens d’Orient, la fin de l’histoire comprend « toute une histoire de la fin, une certaine succession »[10]. Dans une étude spécifique sur la venue glorieuse du Christ, je montre que la perspective de saint Irénée, avec son idée d’un « royaume des justes » contemporain à la Parousie et au commencement du jugement dernier, est certes très mystérieuse, mais beaucoup plus conforme à l’ensemble du Nouveau Testament.

Marie est la Vierge immaculée qui déjoue les séductions de l’Antichrist.

Elle est la Mère qui rassemble les disciples de Jésus, elle les console dans les persécutions des derniers temps et les soutient dans leurs luttes.

Elle est la Mère de Dieu qui éloigne les hérésies de la gnose ou du messianisme politique. Par elle le Verbe s’est fait chair, et par elle nous accueillerons la venue glorieuse du Christ. « [La Vierge Marie] étant la voie par laquelle Jésus-Christ est venu à nous la première fois, elle le sera encore lorsqu’il viendra la seconde, quoique non pas de la même manière »[11].

            Marie est la Reine immaculée de l’univers, « exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Ap 19,16), victorieux du péché et de la mort ». (Vatican II, Lumen Gentium 59)

 

 

 


[1] Saint Office, 21 juillet 1944, cf. DS n° 3839.

[2]PAUL VI, Homélie du 25 décembre 1975, clôture de l’année sainte

[3] JOSEPH RATZINGER, BENOIT XVI, Jésus de Nazareth, Éditions du Rocher, Paris 2011, p. 28

[4] En araméen : ne seront pas trouvées. En grec, traduisent « seront trouvées » (verbe eurisko), il y a différentes traductions qui montrent un sens général : la terre et ses œuvres passeront.

[5] Saint IRENEE, Traité contre les hérésies, V, 31, 1

[6] Cf. Za 12, 10-14, cf. Jn 19, 37

[7] Encore une montagne ! Au terme de notre parcours, « la montagne » a de très nombreuses résonnances : mont Moriah (Abraham), Mont Sinaï (Horeb), Mont Carmel (avec Elie), Mont Sion (Jérusalem), Mont des Béatitudes, Mont Thabor où Jésus apparaît transfiguré, Mont du Golgotha, Montagne de Galilée où le Ressuscité envoie ses disciples en mission…

[8] Saint LOUIS-MARIE DE MONTFORT, Prière embrasée § 7

[9] Saint AUGUSTIN, Sermon 259

[10] Cyril PASQUIER, Ibid., p. 90

[11] Saint LOUIS-MARIE DE MONTFORT, Traité de la vraie dévotion §50, 4