4° dimanche pascal (B)

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Voici pour mémoriser le texte de l'évangile de ce jour en vue d'une récitation orale avec reprises de souffles.

4e dimanche pascal jn 10 11 184e dimanche pascal Evangile Jn 10, 11-18 (84.11 Ko)

Podcast sur  : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#

Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30). 

 

Première lecture (Ac 4, 8-12)

Psaume (Ps 117 (118), 1.8-9, 21-23, 26.28-29)

Deuxième lecture (1 Jn 3, 1-2)

Évangile (Jn 10, 11-18)

 

Première lecture (Ac 4, 8-12)

En ces jours-là, Pierre, rempli de l’Esprit Saint, déclara : « Chefs du peuple et anciens, nous sommes interrogés aujourd’hui pour avoir fait du bien à un infirme, et l’on nous demande comment cet homme a été sauvé. Sachez-le donc, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant. Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle. En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. » – Parole du Seigneur.  

Pour commencer, il est bon de rappeler que Pierre a une importance particulière au sein du groupe des apôtres. Lors de la première rencontre de Jésus avec Simon, frère d'André,

« Jésus fixa son regard sur lui / et dit :
‘Tu es Simon, / le fils de Yona ;

toi, tu seras appelé : / Pierre [Roc].’ » (Jn 1, 42).

À Capharnaüm, Jésus va loger dans la maison de Pierre (Mc 1, 29) ; lorsque la foule se presse autour de lui sur les rives du lac, entre les deux barques qui y sont amarrées, Jésus choisit celle de Simon (Lc 5, 3) ; lorsque Jésus ne se fait accompagner que par trois disciples, Pierre est toujours rappelé comme le premier du groupe :  c'est le cas lors de la résurrection de la fille de Jaïre (cf. Mc 5, 37; Lc 8, 51), de la Transfiguration (cf. Mc 9, 2; Mt 17, 1; Lc 9, 28) et enfin, au cours de l'agonie dans le Jardin du Gethsémani (cf. Mc 14, 33; Mt 26, 37). Et c'est seulement pour lui qu'il prie afin que sa foi ne disparaisse pas et qu'il puisse ensuite confirmer en celle-ci les autres disciples (cf. Lc 22, 30-31).

Au jardin des oliviers, Pierre se trouve face à la souffrance et à l'humiliation, il voit de ses propres yeux comment le Fils de Dieu s'humilie, en obéissant jusqu'à la mort. Cette expérience constitua certainement pour lui l'occasion d'une maturation dans la foi, pour corriger l'interprétation unilatérale, triomphaliste de la Transfiguration :  il dut entrevoir que le Messie, attendu par le peuple juif comme un triomphateur, n'était en réalité pas seulement entouré d'honneur et de gloire, mais également de souffrances et de faiblesse. La gloire du Christ se réalise précisément dans la Croix, dans la participation à nos souffrances.

Cette maturation de la foi fut menée à bien par l'Esprit Saint lors de la Pentecôte.

Et l’on voit dans les Actes des apôtres, que Pierre, « rempli de l’Esprit Saint », répond aux chefs du peuple et aux anciens qui lui demandent comment l’infirme a été sauvé [guéri « ᵓetasī »] : « Sachez-le donc, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant [ḥlīm : fortifié dans toute son intégrité, on pourrait parler d’une guérison holistique] » (Ac 4, 10).

Ce n’est pas Pierre qui a guéri l’infirme, mais « c’est par le nom de Jésus le Nazaréen [il n’y a pas de différence, en araméen, entre Nazaréen ou Nazoréen], lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts [il est donc bien mort, contrairement aux idées docètes ou musulmanes], c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant » (Ac 4, 10) .

Pierre avait reconnu en Jésus « le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16, 15-16), et c’est par le Fils du Dieu vivant que le paralytique a été guéri. Personne n’a le salut-vivification sans contact avec le Sauveur, le Messie, le Fils du Dieu vivant, capable de vivifier « En nul autre que lui [Jésus], il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver [verbe vivre meḥḥā] » (Ac 4, 12).

En réponse de sa confession de foi, Jésus avait prononcé la déclaration solennelle qui définit, une fois pour toutes, le rôle de Pierre dans l'Église :  « Et moi, je te le déclare :  Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux :  tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16, 18-19) » Pierre sera le fondement rocheux sur lequel reposera l'édifice de l'Église et il pourra établir ou interdire ce qu'il considérera nécessaire pour la vie de l'Église, qui est et qui demeure au Christ. L’Église est toujours l'Église du Christ, et non de Pierre. Et le successeur de Pierre doit savoir affirmer, à la suite de saint Pierre : « En nul autre que lui [Jésus], il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver » (Ac 4, 12). Il est certain que, par définition, personne n’a le salut sans contact avec le Sauveur, et, ayant entendu l’évangile, chacun doit encore accepter Jésus comme Sauveur, donc accepter tout son enseignement.

L’Occident a du mal à entendre cette parole de Pierre parce qu’au Moyen Âge on a imaginé que les non chrétiens iraient en enfer, et tous, automatiquement, mais c’est oublier que l’on peut encore avoir un contact avec Jésus dans le passage de la mort puisque, et c’est aussi un enseignement de saint Pierre, « La Bonne Nouvelle a été également annoncée aux morts... » (1P 4,6). Ce que le catéchisme de l’Église catholique commente en disant : « La descente aux enfers [le séjour des morts] est l’accomplissement, jusqu’à la plénitude, de l’annonce évangélique du salut. Elle est la phase ultime de la mission messianique de Jésus, phase condensée dans le temps mais immensément vaste dans sa signification réelle d’extension de l’œuvre rédemptrice à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, car tous ceux qui sont sauvés ont été rendus participants de la Rédemption. » (CEC 634)

Ainsi, redisons sereinement avec saint Pierre : « En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. » (Ac 4, 12)

On peut encore observer de près le vocabulaire araméen :

« En nul autre que lui, il n’y a de salut » (Ac 4, 12). Ici nous avons le mot salut « pūrqānā », un mot qui vient du verbe praq, délivrer, racheter. L’idée de rachat rappelle que le péché doit être réparé et qu’il a un coût. Jésus seul nous a rachetés. Il y a aussi l’idée de délivrance : Jésus nous a délivré de l’emprise de Satan, c’est pourquoi le baptême comporte un exorcisme.

« Car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver » (Ac 4, 12). Ici, ce que nous avons traduit par sauver est en réalité, en araméen, simplement le verbe vivre meḥḥā [d-ḇēh wāle l-meḥḥā dans lequel il convient de vivre] . La vivification ne peut venir que du Créateur, l’auteur de notre vie. Jésus est le Fils de Dieu vivant, en lui Dieu nous visite, lui seul peut nous vivifier, et il convient que nous vivions en lui, avec lui, et pour lui, parce qu’en dehors de Jésus nous sommes comme des rameaux séparés du cep de la vigne, nous nous desséchons (Jn 15, 6), mais si nous demeurons en lui, nous portons beaucoup de fruit (Jn 15, 5). 

Pierre a guéri un paralytique (Ac 3, 1-11), et s’en explique. Notons que Paul réalisera une guérison analogue (Ac 14, 8-18). Paul suit l’exemple de Pierre, le roc sur lequel l’église est bâtie. Puissions nous aussi suivre l’exemple de Pierre est savoir qu’ « en nul autre que lui, il n’y a de salut » (Ac 4, 12).

Psaume (Ps 117 (118), 1.8-9, 21-23, 26.28-29)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour !

Mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ; mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les puissants !

Je te rends grâce, car tu m’as exaucé : tu es pour moi le salut. La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.

Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! De la maison du Seigneur, nous vous bénissons ! Tu es mon Dieu, je te rends grâce, mon Dieu, je t’exalte !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour !

Cette splendide hymne biblique appartient au petit groupe de Psaumes, allant du 112 au 117, appelé le "Hallel pascal", c'est-à-dire la louange psalmique utilisée par le culte juif pour la Pâque juive et également pour les principales solennités de l'année liturgique. Le rite de procession scandé par les chants alternés du soliste et du choeur, avec en arrière-plan la ville sainte et son temple, peut être considéré comme le fil conducteur du psaume 117. Une belle antienne ouvre et conclut le texte:  " Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour !" (vv. 1.29).

La liturgie de ce dimanche nous donne un extrait de ce psaume, avec deux versets importants.

Le verset 22"La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la tête de l'angle".

Ce verset reprend un oracle du livre d’Isaïe, au temps où les conseillers du roi jouaient l’alliance avec l’Égypte contre l’Assyrie. Isaïe leur demande de chercher le salut ailleurs que dans ces jeux qui ne mèneront qu’au désastre :

« C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu :  Voici que je vais poser en Sion une pierre, une pierre de granit, pierre angulaire, précieuse,  pierre de fondation bien assise :  celui qui s'y fie ne sera pas ébranlé » (Isaïe (BJ) 28, 16)

Il faut savoir qu’en hébreu, comme en araméen, le même mot signifie croire et s’appuyer sur. On s’appuie sur la pierre angulaire, on croit en Jésus le Messie. Isaïe ne parle pas d’un roi messie, mais il suggère que Dieu pose les fondements d’une nouvelle histoire.

Ce verset retentit dans le Nouveau Testament avec une nouvelle intensité. Cette phrase est citée par Jésus, qui l'applique à sa mission de mort et de gloire, après avoir raconté la parabole des vignerons homicides, ces vignerons qui maltraitèrent les serviteurs du maître : « ils battirent les uns, tuèrent les autres. 6 Il lui restait encore quelqu'un, un fils bien-aimé ; il le leur envoya le dernier, en se disant : Ils respecteront mon fils. 7 Mais ces vignerons se dirent entre eux : Celui-ci est l'héritier ; venez, tuons-le, et l'héritage sera à nous. 8 Et le saisissant, ils le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne. 9 Que fera le maître de la vigne ? Il viendra, fera périr les vignerons et donnera la vigne à d'autres. 10 Et n'avez-vous pas lu cette Écriture :  La pierre qu'avaient rejetée les bâtisseurs,  c'est elle qui est devenue pierre de faîte ; 11 c'est là l'oeuvre du Seigneur  et elle est admirable à nos yeux ?" »  (Marc (BJ) 12, 5-1, cf. Mt 21, 42).

Le Psaume 117 encourage ainsi les chrétiens à reconnaître dans l'événement pascal de Jésus le jour où la pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la tête d'angle.

La phrase est également rappelée par Pierre dans les Actes des Apôtres :  « Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle. En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver.» (Ac 4, 11-12).

On retrouve encore la même image chez saint Paul : « 20 Car la construction que vous êtes a pour fondations les apôtres et prophètes, et pour pierre d'angle le Christ Jésus lui-même. 21 En lui toute construction s'ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ; 22 en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l'Esprit » (Eph 2, 20-22).


Le verset 26 est proclamé par la foule le jour de l'entrée messianique solennelle du Christ à Jérusalem :  « Béni celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Mt 21, 9 ; cf. Ps 117, 26)…

Mais ce verset ne concerne pas uniquement Jésus.

La Didaché enseigne : « Quiconque vient à vous "au nom du Seigneur" doit être reçu (Mt 21, 9; Ps 117, 26) ; mais ensuite, après l'avoir éprouvé, vous saurez discerner la droite de la gauche : vous avez votre jugement. Si celui qui vient à vous n'est que de passage, aidez-le de votre mieux. Mais qu'il ne reste chez vous que deux ou trois jours, si c'est nécessaire. S'il veut s'établir chez vous et qu'il soit artisan, qu'il travaille et qu'il se nourrisse. Mais s'il n'a pas de métier, que votre prudence y pourvoie, en sorte qu'un chrétien ne soit pas trouvé oisif chez vous. S'il ne veut pas agir ainsi, c'est un trafiquant du Christ ; gardez-vous des gens de cette sorte. » (La Didaché 12, 1-5).

Le psaume s’achève par ces mots :

«  Tu es mon Dieu, je te rends grâce, mon Dieu, je t’exalte !
Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour ! » (Ps 117, 28-29)

Saint Augustin : « On ne saurait plus abréger la louange du Seigneur, qu'en nous disant : Parce qu'il est bon. Je ne vois rien de plus grand que cette brièveté ; car la bonté est tellement un attribut de Dieu, que le Fils de Dieu lui-même s'entendant appeler : ‘Bon maître’, par un homme qui ne voyait en lui que la chair, sans comprendre la plénitude de la divinité qui était en lui, et le croyait simplement un homme, lui répondit : ‘Pourquoi m'appeler bon ? Nul n'est bon que Dieu seul’ (Mc 10, 18)’.  le Psalmiste s'adresse à un peuple qui, pour nous figurer l'avenir, fut délivré de ton L labeur, de la captivité, de l'exil, et de tout mélange avec les impies, faveur qu'il obtint par la grâce de Dieu, qui non seulement ne lui rendait pas le mal pour le mal, mais lui rendait au contraire le bien pour le mal ; dès lors c'est avec raison que le Prophète ajoute: ‘Parce que sa miséricorde est éternelle’. » (Augustin, sur les Psaumes 118), ou bien, selon la traduction que nous avons ici : « Il est bon ! Éternel est son amour ! »

Deuxième lecture (1 Jn 3, 1-2)

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu.

Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables, car nous le verrons tel qu’il est. – Parole du Seigneur.

« Le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu ». Cette phrase implique que pour nous connaître, il faut connaître Dieu. Pour connaître l’homme, il faut connaître Dieu. L’homme se connaît à partir de la connaissance de Dieu. Ceci était déjà exprimé dans le premier récit de la création, où il n’est pas dit que l’homme soit créé selon son espèce (comme pour les plantes et les animaux), mais il est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Si l’on ne connaît pas Dieu, les motivations chrétiennes, les joies et les beautés de la vie chrétienne sont totalement inconnues, elles sont même insoupçonnées.

A notre époque, tout devient une marchandise, mais le monde ne connaît pas la valeur du monde humain ni de la nature qui nous environne. « Le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu ». Le Dieu argent est devenu l’idole universelle et la valeur de l’argent dépouille tout le reste de sa propre valeur. On atteint une absence de valeurs, donc une existence amorale. Rien n’a de valeur sauf l’argent, donc l’art du mensonge devient une science et une industrie. Et on le voit dans tous les domaines : un homme peut devenir une femme, et vice versa ; les accords signés avec un pays peuvent être balayés d’un revers de main sans aucun préalable. La réalité et la vérité sont niées,

Nous devons mesurer l’écart culturel qui nous sépare de la vision chrétienne. « Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. » (1Jn 3, 1). L’amour du Créateur voulait que « nous soyons appelés enfants de Dieu », donc héritiers : « nous lui serons semblables » (1Jn 3, 2) ! À l’inverse, le poète anglais John Milton publia en 1667 Le Paradis perdu où le héros, Satan, proclame :  « Mieux vaut régner en enfer que servir au ciel ». Ce poème fut appelé la « Divine Comédie du puritanisme », or les puritains ont fondé les premières communautés anglo-américaines à l'origine des États-Unis. Et l’on peut avec Max Weber s’interroger sur le satanisme qui inspire certains comportements capitalistes [1].

« Le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu » (1Jn 3, 1). Continuons notre réflexion à partir de la littérature anglophone. Le XIX°siècle américain a été marqué par l’influence de Ralph Waldo Emerson (1803-1882). Son œuvre « transcendantaliste » se situe aux confluents du puritanisme et du romantisme. Il croit en la bonté inhérente des humains et de la nature, autrement dit, il nie le péché originel et la nécessité d’un salut par Jésus le Sauveur. Cependant, il sait que les gens ne sont pas aussi bons que cela puisque, dans son livre Friendship (L'Amitié) [2], il conseille de ne pas trop voir en personne ses amis, mais d'entretenir des relations épistolaires avec eux, de manière à permettre à la meilleure partie de leur personne (leur intelligence) de s'exprimer, et à la partie accidentelle de leur personne (leurs faiblesses humaines) de s'estomper. Cette méfiance vis-à-vis du corps est commune à tous les courants gnostiques ; quant à nous, chrétiens, veillons à ne pas limiter nos communications à des messages uniquement en virtuel, engageons nos relations humaines dans le concret de l’existence. « Le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu » (1Jn 3, 1).

De plus, dans son célèbre essai, « La confiance en soi », Emerson conclue que «rien n’est finalement sacré sauf l’intégrité de votre propre esprit», autrement dit, seul votre propre esprit est sacré : le sacré, c’est vous-même, inutile de connaitre Dieu, car le sacré (« Dieu ») c’est vous-même.

Mais il y a une grande illusion à prétendre avoir un esprit intègre sans connaître Dieu.  L’homme, à l’image du Temple, est bâti et structuré pour communiquer avec son Créateur et il en reçoit une vie toujours fraîche et toujours nouvelle. Assumer ce que nous sommes, à savoir « enfants de Dieu », c’est justement la meilleure manière d’assurer l’intégrité de notre esprit, sans amputer notre personne de sa relation constitutive avec le Créateur (ce qui serait l’équivalent d’amputer le Temple du Saint des Saints).

Et quand nous sommes branchés sur l’amour de notre Créateur, Dieu notre Père, adviennent des surprises resplendissantes.

« Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté » (1Jn 3, 2).

En effet : « La vie nouvelle reçue dans l'initiation chrétienne n'a pas supprimé la fragilité et la faiblesse de la nature humaine, ni l'inclination au péché que la tradition appelle la concupiscence, qui demeure dans les baptisés pour qu'ils fassent leurs preuves dans le combat de la vie chrétienne, aidés par la grâce du Christ. Ce combat est celui de la conversion en vue de la sainteté et de la vie éternelle à laquelle le Seigneur ne cesse de nous appeler » (CEC 1426).

« Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est » (1Jn 3, 2).

Lors de la manifestation glorieuse du Christ, nous le verrons tel qu’il est, c’est-à-dire dans son union au Père, Jésus se caractérisant par l’union de sa volonté à la volonté du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé, toi, en qui je me suis complu [avec des nuances intraduisibles de la langue araméenne qui a ici le verbe vouloir à la forme passive ou réfléchie : toi, en qui je suis voulu, toi, en qui mon (divin) vouloir] » (Mc 1, 11).

La venue glorieuse du Christ ne sera pas une nouvelle révélation, mais ce sera une explicitation de la révélation déjà donnée.

L’Ancien Testament donnait à entendre une révélation concernant le Messie, mais ce fut autre chose quand on a pu le voir.

Le Nouveau Testament donne une révélation sur l’union du Christ à la volonté du Père, mais ce sera autre chose quand nous la contemplerons dans une lumière vivifiante, pénétrante et resplendissante. En voyant un si grand bien, l’âme invitera la volonté divine à vivre en elle-même et ainsi, nous deviendrons semblables à Jésus. Devenant stables dans l’union à la volonté divine, nous serons apparentés au Fils de Dieu à un degré encore jamais atteint, tout en demeurant des créatures, nous vivrons ce que les Orientaux appellent la divinisation.

C’est ce dont saint Jean parle lorsqu’il écrit : « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables, car nous le verrons tel qu’il est. » (1Jn 3, 2).

Évangile (Jn 10, 11-18)

C’est le discours du bon berger. J’ai traduit depuis l’araméen où nous avons l’expression « napšēh sāem » : le bon berger littéralement « [dé]pose son âme ». En latin, on a gardé ce mot « âme », anima, comme en grec, psyché, mais ces mots ne transmettent plus le sens du mot araméen, où l’âme, c’est la gorge, et l’image est parlante : le loup vient pour égorger les brebis, mais le bon berger se positionne de telle sorte qu’il place sa gorge à la place de celles des brebis. Comme il est difficile de rendre l’image en quelques mots, les traductions françaises usuelles sont correctes : le bon berger offre sa vie.

« Jésus déclara :

11 Je suis le bon pasteur !

Le bon pasteur / dépose son âme en échange de son troupeau !

12 Par contre, le salarié,

qui n’est pas le pasteur / et dont les moutons ne sont pas les siens,

lorsqu’il a vu le loup qui vient, / il lâche le troupeau et s’enfuit !

Et le loup vient ravir / et disperse le troupeau.

13 Or le salarié s’enfuit / parce qu’il est salarié,

et qu’il n’est pas soucieux du troupeau !

14 Je suis le bon pasteur !

Et je connais ce qui est mien, / et je suis connu de ce qui est mien ;

15 de la même façon que mon Père me connaît / et que, moi, je connais le Père.

Et je dépose mon âme en échange du troupeau.

16 Or, j’ai aussi d’autres moutons, / qui ne sont pas de cet enclos-ci

et, eux aussi, il me faut les faire venir, / et ils écouteront ma voix.

Et le troupeau tout entier sera un, / et un unique pasteur.

17 C’est pour cela que Mon Père m’aime :

car je dépose mon âme / et de nouveau je la reçois.

18 Ce n’est pas un homme qui me l’enlève !

Mais c’est moi qui la dépose, / de ma propre volonté !

J’ai autorité, en effet, pour la déposer, / et j’ai autorité, de nouveau, pour la reprendre,

car j’ai reçu ce commandement de mon Père. »

Nous entendons deux fois « Je suis le bon pasteur ! ». Certains commentateurs s’interrogent sur ces répétitions qui leur semblent inutiles [3], alors qu’elles servent à donner un rythme pour soutenir la mémoire dans une civilisation orale.

Jésus insiste : le vrai berger donne sa vie pour ses brebis (Jn 10, 11.15.17.18).

« Le don de la vie pour les brebis est absolument central dans le discours du pasteur. La croix constitue le centre du discours du pasteur, mais non pas comme un acte de violence qui s’abattrait sur lui de façon inattendue et qui lui serait infligé de l’extérieur, mais comme le libre don de soi-même » [4].

« Pour le brigand, pour les idéologues et les dictateurs, les hommes ne sont que des choses qu’ils possèdent. Pour le vrai pasteur par contre, ils sont des êtres libres, car orientés vers la vérité et l’amour. […] C’est pourquoi il ne les utilise pas, mais il donne sa vie pour elles » [5].

Dans le contexte où Jésus parle, c’est-à-dire à Jérusalem, les brebis ou moutons, qui ne sont pas de cet enclos-ci et que Jésus veut s’unir désignent ceux qui n’appartiennent pas au peuple d'Israël. Il ne s’agit pas d’unir dans une sorte d’Église universelle ceux qui refusent la foi chrétienne et les commandements de Jésus.

Les brebis sont de libres créatures de Dieu, chacune avec sa vocation, avec sa nouveauté et sa singularité devant Dieu. Les brebis lui appartiennent par une connaissance mutuelle, et une acceptation intérieure. La connaissance qui lie Jésus aux siens est placée à l’intérieur de la relation de Jésus avec le Père. « L’homme se connaît seulement dans la mesure où il apprend à se comprendre à partir de Dieu, et il connaît l’autre seulement dans la mesure où il voit en lui le mystère de Dieu » [6].

« Pour le pasteur au service de Jésus, cela signifie qu’il n’a pas le droit de lier les hommes à lui-même, à son petit ego. La connaissance de soi qui le lie aux brebis dont il a la charge doit viser à s’aider les uns les autres à entrer en Dieu » [7].

Observons bien les versets 17 et 18.

« 17 C’est pour cela que Mon Père m’aime :
car je dépose mon âme [j’offre ma vie] / et de nouveau je la reçois [nsab].

18 Ce n’est pas un homme qui me l’enlève !
Mais c’est moi qui la dépose, / de ma propre volonté !
J’ai autorité, en effet, pour la déposer, / et j’ai autorité, de nouveau, pour la reprendre [nsab],
car j’ai reçu ce commandement de mon Père. » (Jn 10, 17-18).

Aux versets 17 et 18 nous avons le même verbe « nsab » qui signifie - 1 recevoir - 2 prendre. Il convient de le traduire d’abord par « recevoir », car Jésus recevra la vie du Père lors de sa résurrection, et de le traduire une seconde fois par « reprendre » car Jésus étant Dieu, il a l’autorité sur la vie, et sa résurrection est un acte libre par lequel il se rend de nouveau présent au monde, par amour de ceux qui croient en lui. Les deux nuances du verbe « nsab » ne s’opposent pas, car, pour Jésus, reprendre sa vie est un acte filial conforme à un commandement du Père.

Jésus « a autorité » (Jn 10, 18). Nous avons l’adjectif šalīṭ, qu’il ne faut pas confondre avec le participe passif šlīṭ (être autorisé à). Même si Jésus reçoit un commandement du Père, il n’a pas à demander des permissions à Dieu le Père, d’ailleurs, Jésus vient aussi de dire qu’il agit « de sa propre volonté ». L’union à la volonté divine n’a rien d’un avilissement, au contraire, cette union communique le pouvoir divin, la noblesse divine, la puissance divine.cdd

Dans mon livre, F. Breynaert, Jean, l’évangile en filet (Parole et Silence 2020), je montre que ce passage de l’évangile fait partie d’un fil transversal, vertical, (que j’appelle le fil « D ») évoquant à la fois le Temple et le qūrbānā le sacrifice, ici, c’est le sacrifice de Jésus lui-même.

Plus encore, l’ensemble de ce fil vertical comporte une dramatique spécifique qui oppose deux organisations différentes.

Le monde a une organisation pyramidale dominée par la puissance de l’argent et par César. On y voit des « vendeurs » (que Jésus chasse du Temple perle 1D), il a aussi des voleurs et des brigands, furtifs et rapaces (discours du bon pasteur perle 4D). Et finalement, les Juifs demandent la mort de Jésus en déclarant : « Nous n’avons pas d’autre roi que César » (perle 7D). Son universalité est celle d’un Empire dont le chef a le pouvoir de tuer, et auquel parfois on rend même un culte explicite.

Jésus propose une autre organisation. Le Temple tel que Jésus le relève (Jn 2, 19 perle 1D) ressemble à une vigne qui vivifie ses rameaux (Jn 15, 5 perle 6D). Son universalité n’a rien d’écrasant. Le chef sert et met en valeur les potentialités de chacun, comme le cep de vigne permet aux rameaux de porter du fruit, il en pose les conditions favorables. La société est vivifiée par l’Esprit Saint comme la vigne est nourrie par la sève. Et c’est particulièrement vrai pour l’Église dont Jésus est le bon berger.

 

[1] Max Weber, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme.

[2] L'amitié. Postface et trad. de Thomas Constantinesco, Éditions Aux forges de Vulcain/Essais, 2010.

[3] Raymond E. BROWN, Que sait-on du Nouveau Testament ?, Bayard, 2011 (1re éd. 1997), p. 379

[4] Joseph RATZINGER, BENOIT XVI, Jésus de Nazareth, tome I, Flammarion, Paris 2007, p. 306

[5] Joseph RATZINGER, BENOIT XVI, Ibid., p. 308

[6] Joseph RATZINGER, BENOIT XVI, Ibid., p. 309

[7] Joseph RATZINGER, BENOIT XVI, Jésus de Nazareth, tome I, Flammarion, Paris 2007, p. 309-310.