12° dimanche ordinaire (B)

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Voici pour mémoriser le texte de l'évangile de ce jour en vue d'une récitation orale avec reprises de souffles.

Evangile mc 4 35 41 12e dimanche ordinaireEvangile Mc 4, 35-41-- 12e dimanche ordinaire (55.85 Ko)

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Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30). 

 

Première lecture (Jb 38, 1.8-11)

Psaume (106 (107), 21a.22a.24, 25-26a.27b, 28-29, 30-31)

Deuxième lecture (2 Co 5, 14-17)

Évangile (Mc 4, 35-41)

Première lecture (Jb 38, 1.8-11)

Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit : « Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein primordial ; quand je lui mis pour vêtement la nuée, en guise de langes le nuage sombre ; quand je lui imposai ma limite, et que je disposai verrou et portes ? Et je dis : “Tu viendras jusqu’ici ! tu n’iras pas plus loin, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots !” » – Parole du Seigneur.

Ces versets du livre de Job donnent la parole au Seigneur. Il s’agit d’une révélation. La mer a « jailli du sein » (Jb 38, 8) ce qui se réfère, dans le livre de la Genèse, à l’abîme recouvert de ténèbres (Gn 1, 2). La mer n’est pas sortie de Dieu, mais elle est sortie de ce « sein » qui fait partie de la structure de l’univers. L’univers n’est pas figé, il contient une dimension cachée qui doit donc être révélée, cachée comme les entrailles, cachée comme l’abîme recouvert de ténèbres, et par laquelle l’univers est ouvert à l’action créatrice de Dieu. La mer a jailli de ce sein, et avec la mer une foison de potentialités cachées dans ses eaux.

Cette révélation s’oppose à la vision d’un univers qui s’épuiserait vers la décomposition et le refroidissement, d’ailleurs cette vision des choses n’est qu’une extrapolation indue que rien ne justifie. Explication.

Sadi Carnot (1786-1832) avait commencé par le fait évident que toutes les machines peuvent être considérées comme des systèmes fermés dont les pièces bougent lorsque du carburant est brûlé et que de la chaleur est créée. Carnot a observé que cette chaleur passera toujours irréversiblement du chaud au froid jusqu’à ce qu’un équilibre thermodynamique soit atteint. À ce moment-là, il faut ajouter du carburant. Cette situation est parfaitement raisonnable pour tout système fermé. Le problème est apparu lorsque certains mathématiciens ont décidé de l’étendre à l’ensemble de la création sous la forme d’une loi censée lier TOUT l’espace et le temps. Rudolph Clausius (1822-1888), dans un traité de 1865, a popularisé ce qui est devenu la “2e loi de la thermodynamique” (appelée l’entropie), en conséquence de quoi, on dira que l’univers sort d’un bing bang et s’achemine vers son refroidissement et sa mort. L’erreur vient du fait que l’univers n’est pas un système fermé comme l’est un moteur à combustion…

Ayons conscience aussi que cette théorie d’un univers soumis à la loi de l’entropie et évoluant vers la mort est sous-jacente à la doctrine sociale dominante. Thomas Malthus, dans la première édition de son Essai sur le principe de la population (1799), considéra que Dieu avait créé l’espèce humaine de manière si incompétente qu’il obligeait les élites à éliminer périodiquement les mangeurs inutiles pour résoudre la surpopulation. Malthus proposa d’entasser les gens dans les maisons pour faciliter le retour de la peste, ou de ne pas venir en aide aux nourrissons nés en dehors du mariage. Sa philosophie nourrit la culture de mort actuelle.

À l’inverse, Henry C. Carey, éminent homme d’État américain du XIXe siècle, a noté que l’on doit supposer que Dieu est soit irrationnel, inexistant ou carrément mauvais pour avoir créé une espèce si défectueuse qu’elle doit être périodiquement abattue par une classe d’élite pour la maintenir “en équilibre” avec l’équilibre mathématique de la nature. Il a exposé un système de perfectibilité infinie dans ses deux ouvrages les plus influents : Unity of Law et Harmony of Interests.

Nous voyons ainsi que la révélation biblique d’une structure de l’univers ouverte sur la créativité a des conséquences politiques !

Reprenons la lecture du livre de Job. L’action créatrice de Dieu est pleine de tendresse « quand je lui mis pour vêtement la nuée, en guise de langes le nuage sombre » (Jb 38, 9). Le Créateur est un Dieu d’amour à l’image duquel l’humanité a été créée.

Le Créateur pose aussi des limites, « ma limite » dit-il en parlant de la mer : « je lui imposai ma limite, et je disposai verrou et portes ? Tu viendras jusqu’ici ! tu n’iras pas plus loin, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots ! » (Jb 38, 11).

Cette limite doit se lire dans l’optique de l’harmonie. La lecture de ce dimanche aurait pu citer le verset 7 évoquant « le concert joyeux des étoiles du matin » (Job 38, 7). C’est par des analogies sur l’harmonie musicale que Johannes Kepler (1571-1630) a fait ses découvertes astronomiques. Les orbites des planètes doivent être disposées autour des soleils pour des raisons harmoniques, comme Kepler l’avait rigoureusement démontré dans son oeuvre de 1619 Harmonice Mundi (Harmonies du monde).

La mer a une limite au-delà de laquelle c’est la terre ferme, et il y a une harmonie entre la mer et la terre ferme. L’univers est harmonieux. La limite est celle que le Créateur pose : « ma limite » dit le Seigneur.

Les lois qui régissent l’univers ne sont pas uniquement, par exemple, la loi de la gravité ou la loi de l’entropie, il faut aussi prendre en compte l’harmonie [1]. Ceux qui s’en tiennent aux lois de la gravité ou de l’entropie ne peuvent envisager qu’un univers figé qui s’achemine vers son refroidissement, et, en corollaire, ils opteront pour une société dirigée par une oligarchie d’une manière despotique. Mais si l’on tient compte du fait que l’harmonie fait partie des lois de l’univers, les doctrines politiques changent radicalement.

Une science qui écarte le principe d’harmonie n’envisagera que l’exercice de forces mécaniques dans un espace vide (par exemple celle de Newton, qui, en son temps, était lié avec la banque d’Angleterre). On a ensuite projeté cette vision pour donner une autorité scientifique au système libéral basé sur le concept de “forces” du marché. Le principe d'harmonie est exclu, on ne perçoit que des gens qui ne cherchent qu’à maximiser le plaisir et à éviter la douleur. Au XVIII° siècle, Adam Smith développera sa vision d’une humanité bestialisée et exigera également l’existence de mains cachées magiques pour générer des richesses créatives sur un marché sans entraves.

À l’opposé, G.W. Leibniz (1646-1716) a voulu introduire dans la recherche scientifique le principe d’harmonie, et il fut un scientifique très fécond qui a jeté les bases des développements révolutionnaires ultérieurs de Carl Gauss en matière de géométrie non euclidienne et des travaux de Riemann sur les hypergéométries. Il s’est retrouvé à conseiller le tsar Pierre le Grand, qui a nommé Leibniz conseiller privé russe et lui a confié la tâche de réformer l’ensemble du système juridique russe, et l’empereur Charles VI, qui a nommé Leibniz conseiller privé du Saint Empire romain germanique. Leibniz n’était sans doute pas parfait, mais il nous montre qu’à l’époque moderne comme au temps de Job, il est fécond de fonder sa vie sur la foi en un Dieu Créateur intelligent et vivant, qui crée un monde harmonieux.

Eh bien, vivons nous aussi dans l’espérance fondée sur la foi en Dieu qui a créé le monde avec amour et harmonie, et cherchons à vivre en harmonie avec les autres. Que Dieu vous bénisse.

Psaume (106 (107), 21a.22a.24, 25-26a.27b, 28-29, 30-31)

Qu’ils rendent grâce au Seigneur de son amour, qu’ils offrent des sacrifices d’action de grâce, ceux qui ont vu les œuvres du Seigneur et ses merveilles parmi les océans. Il parle, et provoque la tempête, un vent qui soulève les vagues : portés jusqu’au ciel, retombant aux abîmes, leur sagesse était engloutie. Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur, et lui les a tirés de la détresse, réduisant la tempête au silence, faisant taire les vagues. Ils se réjouissent de les voir s’apaiser, d’être conduits au port qu’ils désiraient. Qu’ils rendent grâce au Seigneur de son amour, de ses merveilles pour les hommes.

Le commentaire sera en deux parties.

Dans la première partie, je vais souligner le contraste entre la sagesse de ce psaume, et certains aspects de la métaphysique ou théologie d’Aristote.

Dans la seconde partie, je vais mettre ce psaume en lien avec la sagesse carmélitaine et le père Marie Eugène de l'Enfant Jésus.

Première partie.

Aristote, un philosophe grec mort en l’an 322 av. J.-C, considérait que Dieu est immuable, c’est-à-dire impassible et immobile. Il ne crée pas le monde, et il ne le connaît pas, car connaître un monde changeant impliquerait en lui un changement. Il est esprit et intelligence et il est l’ordonnateur du cosmos, mais il s’en désintéresse. « Il est l’Acte pur d’intellection subsistante se contemplant elle-même » (Métaphysique livre XI, chap 9). L’expérience biblique est très différente puisque Dieu entend le cri des hommes : « Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur, et lui les a tirés de la détresse, réduisant la tempête au silence, faisant taire les vagues… Qu’ils rendent grâce au Seigneur de son amour, de ses merveilles pour les hommes. »

Et si l’on suit Aristote, puisque le Créateur est parfait en étant immobile et immuable, il s’ensuit que moins les choses changent, plus elles sont en harmonie avec ce Dieu. Il faut conclure qu’un rocher sans vie est plus parfait que les organismes vivants. Or rien ne change plus que l’espèce humaine en raison des actes de progrès scientifique, ce qui doit signifier que nous serions les plus imparfaits et les plus éloignés de Dieu de toute la création. On voit la conséquence : si seulement une sage élite pouvait reprogrammer l’humanité et nous remodeler pour être immuables, chosifiés, obéissants et donc « bons ».

La sagesse biblique est très différente puisque finalement, ce psaume encourage les gens à voyager, à progresser, même si le océans sont dangereux. « Ils se réjouissent de voir s’apaiser [les vagues], d’être conduits au port qu’ils désiraient. »

N’acceptons donc pas les plans selon lesquels une élite voudrait figer les gens dans des comportements définis par eux-mêmes, les gens sont faits pour pouvoir voyager, prendre des risques, braver les tempêtes, avec l’aide de Dieu.

Seconde partie.

À cause de la tempête, « leur sagesse était engloutie ».

Commençons par des observations familières. Avec des animations sonores dans les magasins et même à la plage, la radio dans la voiture, nous sommes emportées par le vent des ondes, par la chanson du monde, et ses vagues soulèvent les passions de nos cœurs.

Il y a aussi des moments de stress, de souffrance morale telle que notre sagesse est engloutie, c’est la nuit.

Prenons conscience aussi de la méthode de contrôle mental qui consiste à inonder les gens par des informations contradictoires, avec des sentiments hauts et bas se succédant rapidement, de sorte qu’on ne puisse plus réfléchir, la sagesse est engloutie…

Veillons donc au silence. Saint Jean de la Croix conseillait : « Si l'âme restait calme, sans se préoccuper de rien ni à l'extérieur ni à l'intérieur, elle sentirait la délicatesse d'une nouvelle nourriture intérieure. » [2]

De plus, en ces temps où beaucoup de gens ont des fragilités psychiques, écoutons l’expérience carmélitaine [3] : elle enseigne que la purification de l'esprit fait monter à la surface jusqu'à une prise de conscience douloureuse des tendances pathologiques qui existent à des degrés divers dans les facultés. Le comportement de l'âme et ses progrès seront appréciés non d'après la violence des crises ou leur retour périodique, mais d'après des critères d'ensemble saisis sur une large période.

La psychose ne détruit pas toujours, mais elle appauvrit régulièrement l'esprit et la personnalité. À l’inverse, une expérience comme celle de saint Jean de la Croix comme une progression constante, un enrichissement ininterrompu, une régularité de victoires journalières remportées dans les circonstances les plus difficiles.

La transformation réalisée, les incidents de route perdent du relief. L'âme s'étonne qu'elle ait pu y attacher tant d'importance.

« Le directeur se rend compte combien il eût pu retarder cette marche par ses hésitations ou ses recherches [...] étant donné que les moyens les plus efficaces de guérison se trouvent dans l'orientation vers Dieu seul, parfaite santé de l'âme » [4].

« Quelles que soient les profondeurs du sub-conscient où elle est enracinée, la tendance pathologique reste localisée dans les sens. Bien qu'intervenant dans l'activité de l'intelligence et de la volonté pour la faire dévier et en brouiller les manifestations extérieures, la psychose n'altère pas la santé de l'intelligence et de la volonté. À plus forte raison, faut-il sauvegarder l'inviolabilité du domaine surnaturel de la grâce. La maladie organique ou la psychose peuvent faire dévier l'exercice de la vertu surnaturelle en brouillant et faussant les perceptions du réel extérieur sur lesquelles elle s'appuie. Mais elles ne sauraient jamais atteindre les régions transcendantes où se situe la vie de la grâce. [...] Le malade prend conscience de sa maladie, des désordres auxquels elle le conduit, de la mésestime sinon du mépris qu'elle lui attire, de la suspicion qu'elle jette sur toute sa vie intérieure. Il chemine ici-bas dans l'humiliation qui paralyse son activité extérieure et sa liberté. S'il accepte l'épreuve et toutes ses conséquences, n'est-ce pas de l'héroïsme et du mieux caractérisée ? » [5]

Deuxième lecture (2 Co 5, 14-17)

Frères, l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux. Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. – Parole du Seigneur.

Comme dans le commentaire de la première lecture, nous allons faire intervenir le dialogue entre la science et la foi, et nous terminerons en donnant la parole aux chrétiens persécutés.

Être centré sur le Christ. C’est être centré sur quelqu’un qui nous aime jusqu’à mourir pour nous. Être centré sur le Christ, c’est être centré sur quelqu’un qui est ressuscité, qui est vivant et ressuscité pour nous, par amour pour nous. Être centré sur le Christ, c’est donc être centré sur la source de l’amour et de la vie.

Notre société est pervertie par des principes faux et auto-centrés, autoréférentiels. Nous sommes centrés sur nous-mêmes, nous sommes centrés sur un principe d’épuisement que nous appelons entropie et qui nous conduit à refuser de partager des richesses dont nous pensons qu’elles s’épuisent.

Bertrand Russell (1872-1970) a répandu l’idée de l’entropie comme loi fondamentale immuable de la science sociale, physique et économique. Les acolytes de Russell ont utilisé ses Principia Mathematica (publiés entre 1910 et 1913) pour jeter les bases d’une nouvelle science de la gestion de l’humanité comme si l’espèce et toute la création n’étaient que des systèmes fermés d’ordinateurs à l’intérieur d’ordinateurs.

Mais, en 1931, Gödel a publié son célèbre “ Incompleteness Theorum” démontrant que tous les systèmes fermés autoréférentiels présentent une faille : d’autres états supérieurs non contenus dans les paramètres du système fermé doivent nécessairement exister. Les implications de la preuve de Gödel ont non seulement libéré les mathématiques, mais ont également libéré la pensée scientifique humaine pour qu’elle explore à nouveau la nature créative d’un univers qui est à la fois en harmonie avec l’esprit et le cœur internes de l’humanité, mais qui peut toujours être connu de manière toujours moins imparfaite. Gödel a reconnu que cet univers n’était pas un lieu de lois rigides et froides dépourvues de moralité, mais qu’il était plutôt vivant, créatif et auto-perfectionné, sans aucune limite absolue.

Nous sommes appelés, nous dit saint Paul, à être centrés sur un principe de vie et d’amour, qui s’appelle Jésus-Christ mort et ressuscité.

« Frères, l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux ».

La révélation nous enseigne que la science sociale ne doit pas être construite sur un principe auto-réfenciel comme si les gens qui nous entouraient n’étaient pas aimés par le Christ, comme si le Christ n’était pas mort pour eux, comme si le Christ n’était pas ressuscité pour eux, comme si la puissance divine créatrice n’était pas active.

Un autre grand scientifique, Max Planck (1858-1947), pionnier de la physique quantique, a bien compris, comme ses amis Gödel et Einstein, que pour que les êtres humains soient faits à l’image vivante d’un Créateur, nous devions nécessairement être dotés d’une qualité de libre arbitre. L’existence du libre arbitre nous donnait le choix de développer ou non ces qualités de créativité et d’amour qui étaient innées chez nous à la naissance, mais auxquelles les robots et les animaux n’avaient pas accès. Les machines ne pouvaient faire que ce pour quoi elles étaient programmées par les hommes et les animaux ne pouvaient faire que ce pour quoi ils étaient programmés par Dieu, mais les êtres humains pouvaient désobéir à notre nature et devenir corrompus, matérialistes.

Nous chrétiens, nous savons que notre dignité d’être créatifs, créés à l’image de Dieu, a été restaurée dans le Christ, et « Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. »

Terminons par le témoignage contemporain d’un Indien, qui nous stimule à proclamer notre foi [6].

« Bien que chassé par sa famille suite à sa conversion, Hari (pseudonyme) a décidé d'étudier la théologie. Et il est revenu dans son village.

Les extrémistes hindous ont alors commencé à chercher un moyen d'arrêter Hari et les autres chrétiens. Mais le Seigneur veillait sur lui : « Ils ont fait pression sur la police locale et m'ont fait arrêter à deux reprises sous de fausses accusations de conversion forcée. Mais ils n’ont pu trouver aucune preuve et ils ont dû à chaque fois me relâcher », précise-t-il.

Puis la persécution s’est intensifiée : « Des extrémistes religieux et des policiers ont fait irruption dans l’église», raconte Hari. Ils lui ont demandé : « Qui vous a donné le droit de faire cela ?» Il a répondu : « La Constitution indienne, mais aussi la Bible et le Dieu que je vénère me donnent le droit de prêcher.»

«Je ne force pas les gens : ils écoutent ma prédication et s'ils l'apprécient, ils se joignent à l'église !». Mais les policiers n'ont rien voulu entendre. Hari raconte : « Ils m'ont interdit d'organiser des services religieux et devant la police, les extrémistes ont menacé de me tuer.» Puis ils ont fermé l'église et l'ont mise sous scellés...

«Nous nous réunissons maintenant en secret, en petit nombre, dans des maisons, explique-t-il. Nous prenons des précautions, mais même s'ils doivent me tuer, je veux continuer à servir le Seigneur. Il m'a donné sa vie et pendant toutes ces années, il m'a protégé de ceux qui me menaçaient.»

Malgré la fermeture de son église et les menaces constantes, Hari ne perd pas courage et continue de servir avec passion. Son histoire est celle de nombreux responsables d'église aujourd’hui en Inde, qui sont régulièrement arrêtés, menacés, voire attaqués.

Évangile (Mc 4, 35-41)

Toute la journée, Jésus avait parlé à la foule.

35 Et il leur dit, / en ce jour-là, le soir :
‘Passons de l’autre bord !’

36 Et il laissa les foules, / et ils le conduisirent.

Tandis que, lui, était dans le bateau, / d’autres bateaux aussi étaient avec eux.

37 Et il y eut une grande tempête, / et du vent,
et les vagues tombaient dans le bateau, / et il était proche d’être plein.

38 Or, lui,/ Jésus,
il était endormi sur le coussin, / à l’arrière du bateau.

Ils vinrent le faire se lever / en lui disant :

‘Notre Rabbi !

Tu ne t’inquiètes pas / de ce que nous périssions ?’

39
Et il se leva et réprimanda le vent / et dit à la mer :

‘Calme-toi ! / tais-toi !’

Et le vent se calma, / et ce fut une grande quiétude.

40 Et il leur dit :
‘Pourquoi êtes-vous apeurés ainsi, / et pourquoi n’y a-t-il pas en vous de foi ?’

41 Et ils craignirent / d’une grande crainte !
Et ils se disaient / l’un à l’autre :

‘Qui est-il donc, celui-ci, / pour que les vents et la mer lui obéissent ?

Il y avait une opposition politique entre les deux rives du lac depuis le temps d’Hérode le grand. Nommé roi de Judée en l’an 40 avant J-C, Hérode essaya de se faire reconnaître en Galilée, mais des brigands s’y opposèrent violemment, au motif que, même circoncis, Hérode n’était pas d’origine juive. Hérode fit alors s’installer avec divers privilèges une colonie de Juifs babyloniens sur les plateaux fertiles du Golân, à l’est du lac. « En schématisant, cela signifie que de part et d’autre du Lac, il y avait des milieux ruraux juifs de même culture, mais de perspective politique opposée. C’était une tentative pour les neutraliser » [7].

Jésus ne se rend pas sur les plateaux du Golân, mais plus au sud, à Gadara.

La tempête est tout autant matérielle que spirituelle : il est difficile aux disciples d’aller dans un territoire opposé au plan politique, ou opposé au plan religieux comme le démontre la présence des porcs quelques versets plus loin (Mc 5, 11).

35 Et il leur dit, / en ce jour-là, le soir :
‘Passons de l’autre bord !’

36 Et il laissa les foules, / et ils le conduisirent.

Tandis que, lui, était dans le bateau, / d’autres bateaux aussi étaient avec eux.

37 Et il y eut une grande tempête, / et du vent,
et les vagues tombaient dans le bateau, / et il était proche d’être plein.

Au moment de la tempête, les apôtres sont « apeurés », comme le remarque Jésus, mais, une fois que Jésus a totalement fait taire le vent et calmé la mer, les apôtres ont alors une « grand crainte » (c’est la même racine verbale que nous traduisons par peur ou par crainte). Cette fois, ce n’est pas une peur devant les éléments naturels, c’est une crainte devant la manifestation de la présence de Dieu. En effet, Moïse intercédait pour traverser la mer, mais Jésus, c’est sans invoquer Dieu qu’il vient de se faire obéir par le vent et la mer (Mc 4, 39) : il est donc au rang du Créateur !

Et, en Jésus, c’est Dieu lui-même qui veut rejoindre tous les hommes jusqu’au plus perdu. En effet, cet épisode est suivi par l’exorcisme du possédé de Gadara. Or l’épisode de la tempête et celui de l’exorcisme (Mc 5, 1-20) sont reliés par deux mots communs : Tout d’abord le vent [rūḥā] de la tempête (Mc 4, 39) qui menace de faire périr les apôtres, ou l’esprit [rūḥā] impur (Mc 5, 2) à cause duquel un homme n’habite plus que des chambres funéraires. Deuxièmement la crainte [racine dḥl] des apôtres (Mc 4, 41) et celle des gens du pays visité (Mc 5, 15).

Les deux épisodes sont donc fortement reliés, c’est Dieu, qui vient de se manifester présent en Jésus en commandant aux éléments, qui veut rejoindre tous les hommes, jusqu’au plus perdu d’entre eux.

38 Or, lui,/ Jésus,
il était endormi sur le coussin, / à l’arrière du bateau.

Ils vinrent le faire se lever / en lui disant :

‘Notre Rabbi !

Tu ne t’inquiètes pas / de ce que nous périssions ?’

39
Et il se leva et réprimanda le vent / et dit à la mer :

‘Calme-toi ! / tais-toi !’

Et le vent se calma, / et ce fut une grande quiétude.

40 Et il leur dit :
‘Pourquoi êtes-vous apeurés ainsi, / et pourquoi n’y a-t-il pas en vous de foi ?’

41 Et ils craignirent / d’une grande crainte !
Et ils se disaient / l’un à l’autre :

‘Qui est-il donc, celui-ci, / pour que les vents et la mer lui obéissent ?

Nous retrouvons dans cet évangile l’écho du psaume 106 qui s’applique aussi bien aux apôtres dans leur barque qu’au possédé dont la sagesse était engloutie par les flots infernaux : « portés jusqu’au ciel, retombant aux abîmes, leur sagesse était engloutie. Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur, et lui les a tirés de la détresse, réduisant la tempête au silence, faisant taire les vagues. Ils se réjouissent de les voir s’apaiser, d’être conduits au port qu’ils désiraient. Qu’ils rendent grâce au Seigneur de son amour, de ses merveilles pour les hommes. »

Nous avions alors dit que notre foi n’est pas celle d’Aristote considérant un Dieu immobile et impassible, indifférents aux hommes, mais un Dieu vivant et attentif à ses créatures. Nous ne croyons pas que la perfection réside dans une stase immuable, mais dans l’amour et la vie : nous croyons en un Dieu qui aime que l’humanité progresse à travers les tempêtes de la vie, et non pas réduite et chosifiée dans une société de programmation.

Nous avions aussi évoqué l’expérience du Carmel décrivant l’action de la grâce divine à travers les purifications de l’esprit, ces purifications font remonter les fragilités psychiques à travers des tempêtes intérieures, mais le lieu profond de l’âme où agit la grâce est inaliénable.

Nous retrouvons aussi dans cet évangile l’écho du livre de Job où Dieu se révèle le créateur plein d’amour qui crée un univers harmonieux : « Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit : « Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein primordial ; quand je lui mis pour vêtement la nuée, en guise de langes le nuage sombre ; quand je lui imposai ma limite, et que je disposai verrou et portes ? Et je dis : ‘Tu viendras jusqu’ici ! tu n’iras pas plus loin, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots !’ » (Jb 38, 1. 8-11)

Nous avions alors souligné l’importance de prendre en compte le fait que l’univers ne repose pas uniquement sur des lois mécaniques mais qu’elles reposent aussi sur une harmonie. De même, notre société ne peut pas être organisée uniquement par des calculs cybernétiques, même si cela peut aider à mieux organiser la production ou à économiser l’eau. Il faut aussi tenir compte de la finalité, de l’harmonie, de la beauté.

Dans la tempête que traverse actuellement notre monde, tandis que Jésus semble dormir, sachons ne pas être apeurés, sachons réveiller Jésus sachant très bien que sa divinité se soucie de nous avec beaucoup d’amour, et qu’il saura apaiser les flots en furie pour que l’humanité atteigne le but pour lequel elle a été créée, ce sera alors l’heureux temps de la Parousie, qui n’adviendra cependant qu’après le jugement de l’Antichrist et de ses suppôts lors de la venue glorieuse du Christ. Amen.

 

[1] On pourra s’intéresser à Laurence Bouquiaux, L’Harmonie et le chaos. Le rationalisme leibnizien et la ‘nouvelle science’, Louvain-Paris, Peeters, coll.« Bibliothèque philosophique de Louvain », 1994.

[2] Cf. Saint Jean de la Croix, Oeuvres spirituelles, Seuil, 1947, p. 512-520.

[4] Père Marie Eugène de l'Enfant Jésus, Je veux voir Dieu, Editions du Carmel, 1956, p. 805-807

[5] Père Marie Eugène de l'Enfant Jésus, Je veux voir Dieu, Editions du Carmel, 1956, p. 812.