Le cœur de la lettre de S. Jean-Paul II sur le Rosaire

Le pape Jean Paul II, dans la lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, nous dit le sens de la prière du Rosaire :

Se souvenir du Christ avec Marie.

Le souvenir n'est pas seulement une représentation du passé, mais une actualisation dans l'aujourd'hui des œuvres accomplies par Dieu dans l'histoire du salut. Cette actualisation se réalise en particulier dans la liturgie. Mais, si la liturgie est une action salvifique par excellence, « le rosaire en tant que méditation sur le Christ et sur Marie, est une contemplation salutaire » (Cf. Jean Paul II, Rosarium 13)

Apprendre le Christ par Marie.

Si Jésus est le maître par excellence, le révélateur et la révélation, « il ne s'agit pas seulement d'apprendre ce qu'il nous a enseigné, mais d'apprendre à le connaître lui. » (Rosarium 14). Dans cet apprentissage, personne n'est plus expert que Marie dès lors que « parmi les êtres humains personnes mieux qu'elle ne connaît le Christ ; nul autre que sa mère ne peut nous faire entrer dans une profonde connaissance de son mystère. » Méditer les scènes du rosaire c'est se mettre à l'école de Marie pour lire le Christ, en pénétrer les secrets, en comprendre la leçon de vérité. (Cf. Rosarium 14)

Se conformer au Christ avec Marie.

Cet apprentissage implique non seulement une connaissance théorique mais une expérience vitale du mystère de communion avec Jésus. C'est cette spiritualité chrétienne, qui la signifie conformation au Christ, avoir les mêmes sentiments que le Christ Jésus (cf. Phil 2,5), se revêtir du Christ (cf. Rm 13,14 ; Ga 3,27). Le Rosaire permet à Marie de nous éduquer et de nous former avec sollicitude maternelle jusqu'à ce que le Christ soit pleinement formé en nous. (cf. Ga 4,19). C'est l'expérience même du saint Père qui précise ainsi :

« Cette action de Marie, totalement enracinée dans celle du Christ est dans une radicale subordination à elle "n'empêche en aucune manière l'union immédiate des croyants avec le Christ, au contraire, elle la favorise."[1] Tel est le lumineux principe exprimé par le Concile Vatican II, dont j'ai si fortement fait l'expérience dans ma vie, au point d'en faire le noyau de ma devise épiscopale "Totus Tuus"[2].» (Rosarium 15)

Il est opportun de rappeler ici la doctrine mariale de L-M de Montfort, selon le quel, Marie étant la créature la plus conforme à Jésus-Christ, il s'en suit que parmi toutes les dévotions, celle qui consacre le plus une âme à notre Seigneur est la dévotion à Marie, sa sainte Mère. Plus une âme sera consacrée à elle, plus elle sera consacrée à Jésus-Christ.[3]

Supplier le Christ avec Marie.

La conformation au Christ implique une incessante vie de prière. Le rosaire soutien la prière des fidèles et l'insistante imploration de la Mère de Dieu s'appuie sur la confiance que Marie, comme à Cana, peut tout sur le cœur de son Fils. Le pape dit :

« Elle est "toute puissante par grâce", comme disait dans sa Supplique à la Vierge, le bienheureux Bartolo Longo, avec une audacieuse expression qu'il faut bien comprendre. C'est une certitude qui, partant de l'Evangile, n'a cessé de se renforcer à travers l'expérience du peuple chrétien. Le grand poète Dante s'en fait magnifiquement l'interprète quand il chante, en suivant saint Bernard : "Dame, tu es si grande et de valeur si haute / que celui qui veut une grâce et à toi ne vient pas / il veut que son désir vole sans ailes."

Dans le Rosaire, tandis que nous la supplions, Marie, Sanctuaire de l'Esprit Saint (cf. Lc 1,35), se tient pour nous devant le Père, qui l'a comblée de grâce, et devant le Fils, qu'elle a mis au monde, priant avec nous et pour nous. » (Rosarium 16)

Annoncer le Christ avec Marie.

Le rosaire, outre une prière contemplative, devient aussi la possibilité d'une « catéchèse significative. » De même que dans les siècles passés, le Rosaire fut utilisé pour défendre la vraie foi contre les hérésies, de même aujourd'hui, devant de nouveaux défis, il « conserve toute sa force et reste un moyen indispensable dans le bagage pastoral de tout bon évangélisateur. » (Rosarium 17)

Notes

[1] Vatican II, Lumen Gentium 60

[2] Radio message Urbi et Orbi, 17 octobre 1978

[3] Traité de la vraie dévotion n°120

Les indications pratiques

Le chapelet est un instrument qui sert à compter, il n'est pas à confondre avec une amulette ou on ne sait quel objet magique. Il est symboliquement une chaîne qui nous relie tous à la Vierge et au Christ (n°36).

L'énonciation de chacun des mystères doit permettre de planter le décor sur lequel l'attention va se concentrer (n°29). On la soutiendra par la proclamation de quelques passages bibliques relatifs au mystère médité (n°30).

On n'omettra pas de laisser un silence suffisant, avant la récitation vocale, pour que chacun puisse entrer dans la contemplation du mystère proposé.

Le Notre Père vient ensuite comme le fondement de la méditation christologique et mariale. C'est par la référence à ce Père qui est « nôtre » que la récitation, même privée, du Rosaire prend toujours une dimension ecclésiale (n° 32).

La récitation des dix Ave Maria nous fait participer, par son caractère répétitif même, à l'enchantement de Dieu devant le chef d'œuvre de l'Incarnation. Le nom de Jésus, charnière entre la première et seconde partie de l'Ave Maria peut-être utilement mis en relief par l'ajout d'une clausule évocatrice du mystère que l'on est en train de réciter (n°33).

Le Gloria qui conclut chaque dizaine doit bien être mis en valeur, par exemple par le chant. Il constitue en effet le sommet trinitaire de la contemplation (n°34).

Enfin la méditation de chaque mystère pourra s'achever par une prière destinée à obtenir les fruits spécifiques du mystère en question.

Le pape suggère la répartition hebdomadaire suivante des mystères :

- mystères joyeux le lundi et le samedi ;

- mystères lumineux le jeudi ;

- mystères douloureux, le mardi et le vendredi ;

- mystères glorieux le mercredi et le dimanche.