48. Jérusalem

48. Jérusalem (Soeur Françoise parle aux musulmans)

Commençons par un hadith. Le Prophète (~) a dit : « Six événements parmi les signes précurseurs de la fin des temps : ma disparition, la prise de la mosquée de Jérusalem, une épidémie… » (Al-Bukhârî)[1]. Un savant musulman explique : « La ville de Jérusalem est depuis des siècles le théâtre de conflits interethniques et religieux. Les musulmans ont à trois moments de leur histoire administré ces lieux: en 16/637, sous le califat de ‘Umar ibn al-Khattâb, en 582/1187, sous Salâh-ad-Dîn alAyyûbî [Saladin] de 1517 à 1916 par les Ottomans. Et ce haut lieu saint de l’islâm le sera une quatrième fois par le Mahdî. Un hadith désigne Jérusalem comme future capitale du califat, et cet événement inéluctable ne peut être confondu avec aucun autre, car jamais la terre bénie de Palestine [Coran 5, 21 et 17,1] ne fut la capitale d’aucun calife musulman » [2]. Les recherches historiques permettent de saisir d’où vient cet intérêt des musulmans pour Jérusalem[3].

Du point de vue de l’histoire des idées, le christianisme a apporté une idée très nouvelle : la possibilité d’un salut du monde, la possibilité d’une société délivrée du mal. Dans le christianisme, cette idée n’est pas séparable de la Rédemption en Jésus-Christ, Verbe de Dieu, incarné, crucifié, ressuscité, et qui reviendra dans la gloire.

Ceux qui n’acceptaient pas vraiment que le messie ait pu mourir crucifié enseignèrent que c’est par la suprématie d’Israël sur les nations que le mal serait banni de la terre. Selon ces messianistes, Dieu avait enlevé Jésus au ciel avant la crucifixion en attendant que des circonstances plus favorables permettent son retour et la réalisation des prophéties. On retrouve de telles idées dans le Coran : ‘Îsâ (Jésus) n’est pas mort, il a été élevé auprès de Dieu (Coran 4, 157-158) il reviendra à la fin des temps, mais la connaissance de l’Heure est une prérogative divine (Coran 7, 187).

C’est en vue de la réalisation de ce programme messianique qu’ils ont mené les deux « guerres juives », qui furent des cataclysmes : le Temple fut détruit en 70, puis la ville elle-même lors de la seconde de ces guerres insurrectionnelles (135). Il convient de souligner l’origine judéenne de ces messianistes, nous les appelons « judéonazaréens ».

Vers la fin du 6ème siècle, les judéonazaréens exilés en Syrie ont cherché à exploiter le potentiel militaire des tribus arabes, en commençant par leurs voisins arabes chrétiens. Ils se sont appuyés pour cela sur leur supposée parenté commune par Abraham. Les traditions musulmanes n’ont pu cacher le rôle de Waraqa Ibn Nawfal, un « prêtre nazaréen » qui aurait eu une grande influence sur Mahomet.

Malgré la reconstruction du Temple en 638, le « Messie Jésus » n’est pas revenu. Les Arabes se sont alors retournés contre leurs maîtres en religion. Les chefs militaires arabes conservent cependant la conviction messianiste d’avoir été choisis par Dieu pour dominer le monde, comme le montre selon eux la fulgurance de leurs conquêtes. S’ensuit alors une terrible lutte interne entre Arabes, pour la conquête du pouvoir et la légitimation religieuse de son exercice. Le calife ‘Abd al-Malik met fin à la guerre civile par sa force militaire. Il se pose en chef absolu des Arabes, lieutenant de Dieu sur terre et maître des autres croyants en affirmant la suprématie de l’islam sur les autres religions. C’est le sens de la construction du Dôme du Rocher et de ses inscriptions (vers 692).

Au cours du 8e siècle, le nom d’islam (soumission) sera choisi pour qualifier le mouvement politico-religieux nouveau. Ce changement de nom, sans doute lié au transfert du califat à Bagdad, correspond au fait que l’appartenance à « l’islam » n’est plus réservée aux seuls Arabes comme initialement, mais s’ouvre à l’universel.


[1] Mohamed BENCHILI, La venue du Mahdi selon la tradition musulmane, éditions Tawhid, 2009, p. 62

[2] Mohamed BENCHILI, Ibid., p. 63-64

[3] Cf. Edouard-Marie GALLEZ, Le Messie et son Prophète, Tome I et Tome II, éditions de Paris, 2005