47. Le scenario de la fin

Il est dit que la tradition sunnite distingue les grands signes et les petits signes :

Les grands signes : « La fumée, l’Antéchrist, la Bête, le lever du soleil à l’Ouest, le retour de ‘Isâ ibn Maryam, le déferlement de Gog et Magog, trois tremblements de terre, un incendie à partir du Yémen qui obligera les gens à se réunir au même endroit ».

Les petits signes : le premier est la disparition de Muḥammad ibn ‘Adb Allâh, le Prophète (~), et le dernier, la venue de son descendant, Muḥammad ibn ‘Adb Allâh, le Mahdî. Les autres petits signes sont le comportement amoral de l’homme : corruption, adultère, pornographie, violence, prouesses techniques, prolifération des conflits[1].

Il est intéressant de noter que l’islam ne confond pas le retour du Christ avec la fin des temps, ni l’Antichrist, ni le Mahdî : ce ne sont que des signes avant-coureurs. Mais de quoi au juste sont-ils le signe avant-coureur ? D’un Califat qui ne dure que 7 à 9 ans ?

 

Le retour de Jésus n’est pas un événement régional opérant un changement politique éphémère. C’est un événement universel qui répond à la question du mal dans le monde par le jugement de l’Antichrist. C’est un événement d’une portée incommensurable puisqu’il apportera la réalisation du but pour lequel le monde a été créé et rétablira l’homme au rang et à la noblesse où le Créateur a voulu qu’il vive.

Comme on l’a déjà dit, le Nouveau Testament enseigne que la venue glorieuse du Christ opère l’anéantissement de l’Antichrist (2Th 2, 8). Ce n’est pas encore la Fin du monde, c’est la « Parousie », ce que saint Irénée appelle le « royaume des justes », « le prélude de l’incorruptibilité, royaume par lequel ceux qui en auront été jugés dignes s’accoutumeront peu à peu à saisir Dieu »[2]. Les pères de l’Eglise résument l’enseignement du Nouveau Testament en parlant du 7° et du 8° jour : le 7° jour, qui est « comme mille ans », accomplira la création sur cette terre, et ensuite viendra le 8° jour, l’éternité.

Saint Augustin (354-430), dans sa première période (pré-moraliste), explique : « Le huitième jour figure la vie nouvelle qui suivra la fin des siècles, comme le septième désigne le repos dont jouiront les saints sur cette terre ; car le Seigneur y régnera avec ses saints […] A la suite de ce septième jour, quand on aura contemplé sur l’aire même cette belle récolte, la gloire et les mérites des saints, nous entrerons dans cette vie et dans cette paix dont il est dit que "l’œil n’a point vu, que l’oreille n’a point entendu, que dans le cœur de l’homme n’est point monté ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment." » (Saint Augustin, Sermon 259)

Malheureusement, à la fin de sa vie, saint Augustin n’en parlera plus (La Cité de Dieu)[3] ce qui a amené par la suite des possibilités d’erreur :

Oublier le 8° jour rend impossible une compréhension correcte du Paradis telle que l’enseigne la foi de l’Eglise, car cet oubli conduit à rêver d’un paradis matériel sur la terre éternellement ! (Témoins de Jéhovah ?)

Oublier le 7° jour (c’est la Parousie) rend impossible une compréhension correcte en la promesse contenue dans la prière du « Notre Père » : on cherchera à établir le « règne de Dieu sur la terre comme au ciel » par les seules forces humaines (militaires ? La charia ?), ou bien, autre solution, on sera cynique et nihiliste, oubliant la Parousie et imaginant que de toute façon le monde est voué à la disparition et qu’il n’y a aucune espérance à avoir pour ce monde qui passe…

Pendant des siècles, la dérive de l’augustinisme a empêché les chrétiens d’annoncer la véritable espérance pour le monde, et de dialoguer avec les musulmans sur le thème de l’espérance eschatologique, - pour le monde !

 


[1] Mohamed BENCHILI, La venue du Mahdi selon la tradition musulmane, éditions Tawhid, 2009, p. 56

[2] Saint IRENEE, Traité contre les hérésies, V, 32, 1

[3] Saint AUGUSTIN, La cité de Dieu, livre XX


 

Date de dernière mise à jour : 20/11/2019