38. Le rejet de l’annonce et ses conséquences

38. Le rejet de l'annonce et ses conséquences (Sr Françoise parle aux musulmans)

Les apôtres s’adressaient d’abord aux millions d’hébréo-araméens qui vivaient en Palestine ou surtout à l’étranger, principalement sur les routes commerciales de l’Orient et de l’Occident. Nombreux sont ceux qui ont suivi les apôtres, malgré les persécutions. Le christianisme parle aux peuples du sens de l’histoire, de l’espérance, de la motivation. L’épitre aux Hébreux nous dit : « Ainsi le Christ, après s’être offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude, apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut [la vie] de ceux qui l’attendent » (He 9, 28). Parce que la vivification est un processus, l’histoire de la fin comprend ce que saint Irénée appelle un royaume des justes sur la terre, « le prélude de l’incorruptibilité, royaume par lequel ceux qui en auront été jugés dignes s’accoutumeront peu à peu à saisir Dieu »[1].

Mais un certain nombre ont refusé l’annonce de l’Evangile. Tout d’abord dans l’entourage du roi Hérode Agrippa[2] qui finissait par s’exalter comme Messie[3]. Puis, cet esprit messianiste se répandit jusqu’à susciter en l’an 66 une rébellion contre le protectorat romain, qu’on a appelée la « première guerre juive ». Finalement, après 70, prenait forme la première doctrine messianiste, c’est-à-dire le premier projet d’asservissement du monde au nom de Dieu, séparant les humains en « bons » et « mauvais » et concevant le salut du monde par la soumission ou l’éradication physique des « mauvais »[4]. Après l’échec de la rébellion en 70, un groupe reprit le nom de « Nazaréens » tombé peu auparavant en désuétude au profit de l’appellation de « chrétiens » (c’est-à-dire disciples du Messie) – pour manifester leur opposition à l’enseignement des apôtres. Pour éviter les équivoques, nous privilégions pour ces premiers messianistes la dénomination de « judéo-nazaréens », qui a l’avantage de rappeler leur origine première judéenne.

De cette vision d’un monde à asservir, on trouve des échos jusque chez l’historien musulman Ibn Khaldun qui fait dire à ‘Umar (à l’occasion de la reconstruction de la ville de Kûfa) : « Faites… [mais] Gardez fidèlement les pratiques suivies par le Prophète (~) et vous garderez toujours l’empire du monde »[5]. Or on trouve littéralement une telle invitation divine dans le Coran : « Nous avons écrit dans le Psautier, après le rappel : Oui, ils hériteront de la Terre, mes serviteurs, gens de bien » (Coran 21, 105) - Pour un chrétien, de telles prophéties s’accomplissent à la Parousie, la Venue glorieuse du Christ. Ce messianisme dont nous parlons est porteur en lui-même d’une haine sacrée contre les ennemis de la Cause : « Ceux qui… s’efforcent au désordre sur la terre, leur salaire sera d’être tués ou crucifiés, ou que leur soit coupée la main et la jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés de la terre : voilà pour eux l’ignominie ici-bas ; et dans l’au-delà, il y a pour eux un grand châtiment » (Coran 5, 33 sourate Al Ma-ida La table servie).

On voit les enjeux politiques et militaires. Telles sont les conséquences du rejet de l’Annonce chrétienne.


[1] Saint Irénée, Contre les hérésies, V, 32, 1

[2] Né vers 10 av. J.-C. et mort vers 44 à Césarée, petit-fils d’Hérode le Grand, est le dernier roi juif de Judée.

[3] Flavius JOSEPHE rapporte cet émerveillement de la foule à la vue d’Hérode Agrippa : « Jusqu’à maintenant nous t’avons révéré comme un homme, mais désormais nous te reconnaissons d’une nature supérieure à celle des mortels ! » (Antiquités juives XIX, 345)

[4] On lit dans le Targum Jonathan sur Genèse 49, 10-12 (2ème siècle) : « (…) le temps où viendra le Roi Messie à qui revient la royauté et à qui seront soumis tous les royaumes (…). Qu’il est beau le Roi Messie qui doit surgir de la maison de Juda. Le Messie ceint ses reins et part pour le combat contre ses ennemis, et il massacre des rois et des princes. Il rougit les montagnes du sang de leurs tués et blanchit les collines de la graisse de leurs guerriers. Ses vêtements dégouttent de sang. Il ressemble à un fouleur de raisin ».

[5] Les prolégomènes, trad. De Slane, Paris, Geuthner, 1934, t.2, p.273


 

Date de dernière mise à jour : 14/10/2019