36. L’Assomption

Saint Paul enseigne 1Co 15, 42-44, qu’un corps ressuscité est - incorruptible, - glorieux (il transcende l’espace et le temps et peut apparaître), - fort (puissant en miracles), - spirituel (d’où le lien continuel entre Marie et l’Esprit Saint).

De plus, il y a pour Marie un privilège bien compréhensible. Lorsque Marie demeura chez Elisabeth environ 3 mois et qu’Elisabeth s’exclame devant elle « comment m’est-il donné que vienne jusqu’à moi la mère de mon Seigneur ! », on pense au voyage de l’arche d’Alliance qui demeura chez Obed Edom environ 3 mois et devant laquelle le roi David s’écria « Comment m’est-il que vienne jusqu’à moi l’arche du Seigneur ! »[1] L’arche d’Alliance était le lieu où Dieu descendait parler aux hommes. Marie est celle qui porte le Verbe de Dieu. De même que l’arche d’Alliance était faite en bois imputrescible[2], de même le corps de la Vierge est-il incorruptible, aux Cieux.

Le premier récit de l’Assomption de Marie, le « Transitus » remonte au 4-5ème siècle. Mais les informations qu’il contient autorisent un archétype au 3ème ou 2ème siècle, attribué à Leucio, disciple de l’apôtre saint Jean. Les pères de l’Eglise ont prêché sur ce thème sans qu’aucune polémique ne se manifeste. Le 1° novembre 1950, Pie XII proclame le dogme : « Nous affirmons, déclarons et définissons comme un dogme divinement révélé que : l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste »[3].

Ainsi montée aux Cieux, Marie intercède et peut apparaître. Et puis, il nous faut dire ici un mot des apparitions de Lourdes, un lieu choisi par la Très Sainte Vierge Marie en fidélité à un ancien musulman ! En effet, en 778, après sa fameuse campagne d’Espagne, Charlemagne se trouve arrêté le long des Pyrénées devant un château-fort occupé par un prince sarrazin nommé « Mirat » (ou Emir). Durant plusieurs mois Mirat résiste aux assauts ; à toutes les sommations de se rendre, à toutes les propositions d’être fait comte et chevalier de Charlemagne et de conserver toutes ses possessions s’il reçoit le baptême, etc.

Découragé, Charlemagne allait lever le siège quand son aumônier, l’évêque du Puy, implore avec ferveur Notre-Dame du Puy et obtient de monter à la citadelle en parlementaire. Arrivé près de Mirat, il lui dit : « Puisque vous ne voulez pas vous rendre à Charlemagne, le plus grand des princes, reconnaissez au moins pour suzeraine la plus noble Dame qui fut jamais, Sainte Marie du Puy, Mère de Dieu. Je suis son serviteur, soyez son chevalier ».

Sans hésiter, Mirat déclara qu’il était prêt à rendre les armes au serviteur de Notre-Dame et à recevoir le baptême, à condition que son comté ne relève jamais, soit pour lui, soit pour ses descendants, que d’Elle seule. Charlemagne confirma l’accord. Mirat reçut le baptême des mains de l’évêque du Puy. A son baptême, Mirat prit le nom de Lorda (« la rose » en arabe), qui s’est transformé en « Lourdes ». En choisissant le comté que Mirat lui avait donné, Notre Dame de Lourdes manifeste sa grande fidélité, à plus de 1000 ans d’intervalle. Plus encore, le titre « Immaculée Conception » répond à l’attente profonde d’un homme, qui, de par sa croyance musulmane, était préoccupé du salut du monde et de sa libération de l’emprise du mal.

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[1] Le récit de la Visitation (Lc 1, 39-56) est parallèle à celui du transfert de l’arche d’Alliance en 2Sam 6.

[2] 2Macc 2, 4-8 ; Ap 11, 19.

[3] PIE XII, Constitution apostolique "Munificentissimus Deus", 1° novembre 1950.